LE PRINCE EUGENE
Des rives du Danube aux rives de la Seine, La renommée alors vantait le nom d'Eugène : Ce guerrier, du Germain guidant les étendards, Enchaînait la victoire au trône des Césars. Eouis, souvent trompé par quarante ans d'ivresse, Louis avec orgueil dédaigna sa jeunesse; Il ne crut voir en lui qu'une indiscrète ardeur, Et d'un héros naissant méconnut la grandeur. Un sujet dédaigné fut terrible à son maître : Eugène méconnu devint plus grand peut-être; Et son roi, sur un trône entouré de débris, Se repentit quinze ans d'un instant de mépris. Politique, guerrier, ministre, capitaine, Les dons les plus heureux s'unissaient dans Eugène; Terrible dans l'attaque, et ferme à résister, Sage pour concevoir, prompt pour exécuter, On admirait en lui, dans un jour de carnage, Ce calme redouté, ce tranquille courage, Ces secrets du génie et ces grands mouvements, Cet art qu'ont les héros de saisir les moments, Ce coup d'œil étendu qui mesure en silence, Et va fixer au loin le destin qui balance; Grand parmi les périls, et grand dans le repos, Joignant le goût des arts aux talents des héros. La fortune à son choix eût fait de ce grand homme Ou Colbert à Paris, ou Scipion à Rome s.
LK MÊME. Ibid.
~- C'est toujours Louis XIV qui parle. (N. E.)
4 Voyez, en prose, Caractères ou Portraits.
s François de Savoie , appelé le prince Eugène, générant» ime des armées de l'Empereur, naquit à Paris en 1663, et nourut à Vienne en 173G. (N. E.)
CARACTÈRES LITTERAIRES
L'enthousiasme habile aux rives du Jourdain, Aux sommets du Liban, sous les berceaux d'Éden
FONTANF.S.
Tel, du front de ces rocs où reposent les nues, Le Nil, précipitant ses vagues éperdues, Tombe, écume, bondit, se roule à gros bouillons, El, versant ses irésors sur les plaines fécondes,
De ses puissantes ondes Enrichit leurs sillons ;
Telle, et plutôt encore, une aigle au vol immense*
• sligle, employé au propre, est ordinairement masculin; on ne lui donne le genre Féminin qu'au figuré : l'aigle romaine. (N. E.)
Des cimes du Liban dans l'espace s'élance, Jusqu'au char du Soleil plane en s'ouvrant les cieux, Et, se couvrant des jets de la flamme opulente,
Revient étincelanle
De clartés et de feux :
Tel Isaïe, armé de ses ailes de flamme, Rapide, et plein du Dieu qui transporte son âme, S'élève jusqu'au trône où siège l'Eternel, Et revient, du génie étalant les miracles,
Proclamer les oracles
Qu'il ravit dans le ciel.
Ainsi chante Isaïe; et sa voix redoutable, Proclamant du Très-Haut l'arrêt épouvantable, Dans un style inspiré raconte l'avenir; A Tyr, encor vivante, ouvre une tombe antique,
Oir son chant prophétique
Sait déjà la punir1.
Mais, si jamais sa vive et poétique ivresse, Dans les modes sacrés exhalant sa richesse, A chanté sur un ton encor plus solennel , C'est lorsque, convoquant les pouvoirs de son âme ,
En traits d'or et de flamme,
Il nous peint l'Eternel.
0 vous! chantres fameux,vous qui, clans vos ouvrages, Vous disputez le prix de ces vives images Qui charment la pensée, ou ravissent le cœur, Montrez-nous des tableaux dont l'éclat poétique De ce chant prophétique Egale la vigueur !
Astre aux feux éternels, père de l'harmonie, Vieil Homère ! je sais admirer ton génie Et de tes nobles chants l'éclat mélodieux; Soit que, comme un éclair, ton vers hardi s'élance ,
Et dans l'espace immense
Suive le char des dieux;
Soit qu'au bruit éclatant de Neptune en furie , Le monarque infernal s'épouvante et s'écrie Au fond du noir palais qu'entr'ouvre le trident; Soit que le dieu des mers, sans y laisser de trace,
Effleure la surface
De l'abîme grondant.
Mais combien, fils d'Amos, plus vif et plus sublime Est le divin transport qui t'échauffe et l'anime! Quels feux inattendus brillent dans tes portraits! Telle, avant qu'on ait vu sa lueur homicide,
La foudre au vol rapide
Nous atteint de ses traits.
CIIÊnkuollÉ. Éludes poétiques.
Tel qu'un fleuveàgrand bruit tombantd'un roesau- Fier, elnourri des eaux, tribut d'un longorage, [vage, Croit, s'élève, franchit ses bords accoutumés : Tel Pindare, échappant d'une source profonde,
Bouillonne, écume, gronde, Roule, immense, à nos yeux éperdus et charmés.
CARACTERES OU PORTRAITS
Tous les lauriers du Pinde ornent son front lyrique ; Soit que, dans la fureur d'un chant dithyrambique, Il se laisse emporter à des nombres sans lois ; Ou qu'il mêle aux torrents d'une libre harmonie
Ces trésors du génie, Ces mots audacieux qu'il prodigue avec choix :
Soit qu'il chante les dieux et leur vaillante race , Ces rois qui du Centaure étouffèrent l'audace, Et la Chimère en feu vomissant le trépas ; Ou que son vers consacre un immortel trophée
Au mortel dont PAlphée Vit le ceste ou le char vainqueur dans ses combats :
Soit qu'il pleure un héros que la Parque jalouse, Hélas! vient de ravir à la plus tendre épouse ; Qu'il le venge en ses vers d'un trépas odieux; Que sa muse l'enlève aux bords de l'onde noire,
Et, tout brillant de gloire, Le place dans l'Olympe, au sein même des dieux.