‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 519 sur 649 · HOMÈRE · texte numérisé non relu

HOMÈRE

On dirait que, pour plaire, instruit par la nature, Homère ait à Vénus dérobé sa ceinture.

Son livre est d'agréments un fertile trésor : Tout ce qu'il a louché se convertit en or. Tout reçoit dans ses mains une nouvelle grâce: Partout il divertit, et jamais il ne lasse. Une heureuse chaleur anime ses discours. Il ne s'égare point en de trop longs détours. Sans garder dans ses vers un ordre méthodique, Son sujet de soi-même et s'arrange et s'explique : Tout, sans faire d'apprêts, s'y prépare aisément : Chaque vers, chaque mot court à l'événement. Aimez donc ses écrits, mais d'un amour sincère : C'est avoir profité que de savoir s'y plaire.

boileau. Artpoct., eh. m.

Homère! A ce grand nom, du Pinde à rHellespont Les airs, les cieux, les flots, la terre, tout répond. Monument d'un autre âge, et d'une autre nature, Homme! l'homme n'a plus de mol qui te mesure ! Son incrédule orgueil s'est lassé d'admirer, Et, dans son impuissance à te rien comparer, Il te confond de loin avec ces fables même, Nuages du passé qui couvrent ton poème! Cependant tu fus homme: on le sent à tes pleurs! Un dieu n'eût pas si bien fait gémir nos douleurs! 11 faut que l'immortel qui louche ainsi notre âme, Ait sucé la pitié dans le lait d'une femme ! Mais, dans ces premiers jours où, d'un limon moins vieux , La nature enfantait des monstres ou des dieux , Le ciel l'avait créé, dans sa magnificence, Comme un autre Océan, profond, sans rive, immense, Sympathique miroir qui, dans son sein flottant, Sans altérer l'azur de son ilôt inconstant, Réfléchit tour à tour les grâces de ses rives, Les bergers poursuivant les nymphes fugitives, L'aslre qui dort au ciel, le mal brisé qui fuit, Le vol de la lempèle aux ailes de la nuit, Ou les traits serpentants de la foudre qui gronde, llasant sa verle écume, et s'éleignant dans l'onde.

ET PARALLÈLES

Cependant l'univers, de tes traces rempli, T'accueillit comme un dieu... par l'insulte et l'oubli. On dit que sur ces bords, où règne ta mémoire, Une lyre à la main lu mendiais ta gloire... Ta gloire ! Ah ! qu'ai-je dit? Ce céleste flambeau Ne fut aussi pour toi que l'astre du tombeau! Tes rivaux, triomphant des malheurs de ta vie, Plaçant entre elle et toi les ombres de l'envie, Disputèrent encore à ton dernier regard L'éclat de ce soleil qui se lève si tard. La pierre du cercueil ne sut pas l'en défendre; Et de ses vils serpents qui rongèrent ta cendre, Sont nés, pour dévorer les restes d'un grand nom1, Pour souiller la vertu d'un éternel poison, Ces insectes impurs, ces ténébreux reptiles, Héritiers de la honte et du nom des Zoïles '; Qui, pareils à ces vers par la tombe nourris, S'acharnent sur la gloire et vivent de mépris.

de lamautink. Dernier chant du Pèlerinage de Childe-IIarold.

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