FONTENELLE
Tes jours comblés d'honneurs, et tissus de plaisirs,
Tes beaux jours, sage Fontenelle, Semés d'heureux travaux et de riants loisirs, Dont au gré de nos vœux le fil se renouvelle, Consacrent à jamais la raison éternelle Qui dirigea tes pas et régla tes désirs.
On vit un céleste génie T'apporter tour à tour le compas d'Uranie, La plume de Clio, la lyre des amours.
La gloire répandit ses rayons sur ta vie; Mais la seule raison en étendit le cours. Les martyrs de l'orgueil prodiguent sans réserve
Leurs jours pour saisir des moments; La Gloire, sur ses pas , fait périr ses amants,
El la Sagesse les conserve.
En s'éclairant soi-même, éclairer l'univers; Mériter un grand nom, sentir qu'il est frivole; Enlever sans effort ces lauriers toujours verts
Voyez Caractères ou Portraits, Iv partie.
ET PARALLÈLES
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Qu'emporte loin de nous la Gloire qui s'envole: Désirer d'être grand sans cesser d'être heureux; Enrichir son esprit en prolongeant sa vie; Mépriser la faveur et consoler l'envie ; Désarmer ses rivaux, régner sur ses neveux : Tel est l'objet du sage, et telle est ton histoire '. behnis. Épitre à Fontenelle.
De tableaux sérieux quelquefois rembrunie, L'Imagination, pour égayer sa cour, Permet aux Ris légers de paraître à leur tour. Un jour que de l'ennui les vapeurs léthargiques S'exhalaient d'un amas d'écrits soporifiques, D'insipides sonnets, d'odes sans majesté, De poèmes sans art, de chansons sans gaîté, Pour bannir les langueurs de la mélancolie, La déesse appela le Goût et la Folie, Et leur dit d'enfanter un prodige nouveau.
L'Arioste2 naquit : autour de son berceau, Tous ces légers esprits, sujets brillants des fées, Sur un char de saphir, des plumes pour trophées, Leurs cercles, leurs anneaux, et leur baguette en main, Au son de la guitare, au bruit du tambourin, Accoururent en foule, et, fêtant sa naissance, De combats de démons bercèrent son enfance. Un prisme pour hochet, sous mille aspects divers, Et sous mille couleurs, lui montre l'univers. Raison, gailé, folie, en lui tout est extrême; Il se rit de son art, du lecteur, de lui-même;
1 Voyez, l'c partie, Caractères ou Portraits. (N. E.)
2 Lodovico Ariosto, auteur de Roland furieux, né en 1475, mort en 1533. (N.B.)
Inspire un sentiment qu'il étouffe soudain; D'un récit commencé rompt le fil dans sa inaln; Le renoue aussitôt, part, s'élève, s'abaisse. Ainsi, d'un vol agile essayant la souplesse, Cent fois l'oiseau volage interrompt son essor, S'élève, redescend, et se relève encor, S'abat sur une fleur, se pose sur un chêne. L'heureux lecteur se livre au charme qui l'entraîne; Ce n'est plus qu'un enfant qui se plaît aux récits De géants, de combats, de fantômes, d'esprits; Qui , dans le même instant, désire, espère, trembl««> S'arrête , s'adoucit, pleure et rit tout ensemble. delille. L'Imagination.