LE PESSIMISTE
Et mol..,, car à mon tour il faut que Je réponde, Et que par mille faits, enfin, je vous confonde , Je vous soutiens, morbleu! qu'ici-bas tout est mal, Tout, sans exception , au physique, au moral. Nous souffrons en naissant, pendant la vie entière, Et nous souffrons surtout à notre heure dernière. Nous sentons, tourmentés au dedans, au dehors, Et les chagrins de l'âme, et les douleurs du corps. Les fléaux avec nous ne font ni paix ni trêve; Ou la terre s'entr'ouvre, ou la mer se soulève. Nous-mêmes, à l'envi, déchaînés contre nous, Comme si nous voulions nous exterminer tous, Nous avons inventé les combats, les supplices.
C'était peu de nos maux , nous y joignons nos vices ; Aux riches, aux puissants, l'innocent est vendu; On outrage l'honneur, on flétrit la vertu. Tous nos plaisirs sont faux, notre joie indécente : On est vieux à vingt ans, libertin à soixante. L'hymen est sans amour, l'amour n'est nulle part ; Pour le sexe on n'a plus de respect ni d'égard, On ne sait ce que c'est que de payer ses dettes, Et de sa bienfaisance on remplit les gazettes. On fait de plate prose, et de plus méchants vers, On raisonne de tout, et toujours de travers; Et dans ce monde enfin, s'il faut que je le dise, On ne voit que noirceur, et misère, et sottise.
coLLiN-a'iiARLEViLLE. L'Oplimista, act. m, se ix.
lb rnoMuiicu.
Il se croit nécessaire au bonheur de l'Etat, Dit-on, ou bien plutôt au salut de la France. ii croit connaître tout : la guerre, la finance, Le commerce, les arts, et la prose et les vers; Il décide sur tout, et souvent de travers. A trouver tout mauvais déterminé d'avance, Ce qu'il ditn'estsouventrienmoinsquece qu'il pense. Jaloux de toute gloire , il blâme tel écrit Dont il voulait bien cher payer le manuscrit. Les grâces, la beauté, les Saphos de notre âge, Ne sont pas à l'abri de son humeur sauvage. Les égards qu'on leur doit lui semblent inconnus, lit, comme Diomède, il eût blessé Vénus. Au théâtre il refuse, en ses jours de colère, ATalina l'énergie, à Mars le don de plaire1. Ses burlesques arrêts n'excitent que les ris f
i TAima, le premier acteur «lu siècle ilans la tragédie : ttlU Bars, la première comCdiciiuç do notre à^o. (>'. >; )
Voilà ce qui s'appelle un tableau consolant! Vous ne le croyez pas vous-même ressemblant. De cet excès d'humeur je ne vois point la cause. Pourquoi donc s'emporter, mon ami, quand on cause? Vous parlez de volcans, de naufrage... Eli! mon cher, Demeurez en Touraine, et n'allez point sur mer. Sans doute autant que vous je déteste la guerre; Mais on s'éclaire enfin, on ne l'aura plus guère. Dien des gens, dites-vous, doivent : sans contredit, Ils ont tort; mais pourquoi leur a-t-on fait crédit? L'hymen est sans amour? Ma femme a la réplique. L'amour n'est nulle part? Consultez Angélique. Les femmes sont un peu coquettes? Ce n'est rien : Ce sexe est fait pour plaire, il s'en acquitte bien. Tous nos plaisirs sont faux? Mais quelquefois, à table, Je vous ai vu.gOD.ter un plaisir véritable. On fait de méchants vers? Eli ! ne les lisez pas : Il en parait aussi dont je fais très-grand cas. On déraisonne? Eh! oui, parfois un faux système Nous éyare... Entre nous, vous le prouvez vous-même.
CARACTÈRES OU PORTRAITS
Calmez donc voire bile, et croyez qu'en un mot, L'homme n'est ni méchant, ni malheureux, ni sot.
Je ne suis point aveugle ; et je vois, j'en conviens , Quelques maux, mais je vois encore plus de biens: Je savoure les biens ; les maux , je les supporte. Que gagnez-vous, de grâce, à gémir de la sorte? Vos plaintes, après tout, ne sont qu'un mal de plus. Laissez donc là, mon cher, les regrets superflus ; Reconnaissez du ciel la sagesse profonde, Et croyez que tout est pour le mieux dans le monde.
LE MÊME. Ibid-
Eh bien, madame, soit; contentez votre ardeur, J'y consens. Acceptez pour époux un joueur, Qui , pour porter au jeu son tribut volontaire, Vous laissera manquer même du nécessaire : Toujours triste ou fougueux, pestant contre le jeu, Ou d'avoir perdu trop, ou bien gagné trop peu. Quel charme qu'un époux, qui, flattant sa manie, Fait vingt mauvais marchés tous les jours de sa vie ; Prend pour argent comptant, d'un usurier fripon, Des singes, des pavés, un chantier, du charbon; Qu'on voit à chaque instant prêt à faire querelle Aux bijoux de sa femme, ou bien à sa vaisselle; Qui va, revient, retourne, et l'use à voyager Chez l'usurier, bien plus qu'à donner à manger; Quand, après quelque temps, d'intérêts surchargée, il la laisse où d'abord elle fut engagée, Et prend, pour remplacer ses meubles écartés, Des diamants du Temple ', et des plats argentés; Tant que, dans sa fureur n'ayant plus rien à vendre, Empruntant tous les jours, et ne pouvant plus rendre, Sa femme signe enfin, et voit en moins d'un an, Ses terres en décret, et son lit à l'encan!
regnard. Le Joueur, act. IV, se. Ire.