‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 535 sur 649 · L'AGIOTEUR · texte numérisé non relu

L'AGIOTEUR

Sa vie est un roman; il n'est point de carrière, De spéculation qui lui soit étrangère : On l'a vu médecin, comédien, soldat; Dans les vivres ensuite il a volé l'Etat. Possesseur aujourd'hui d'une fortune énorme , 11 s'est, à ce qu'il dit, jeté dans la réforme ; Il s'est fait bienfaisant, et, par humanité, Dégage les effets du mont-de-piété.

Du reste, il est toujours dans toutes les affaires, Il est dans les emprunts, dans les prêts usuraires, Et par mille moyens ingénieux , nouveaux, Fait produire vingt fois les mêmes capitaux. Il s'occupe de tout, de tout il fait ressource; Des salons au comptoir, du palais à la bourse, 11 porte son génie actif, intelligent; Enfin , il est parlout où l'on voit de l'argent.

Casimir bonjour. L'Argent, act. 1er, se.

LE JIETnOMANE.

Ce mélange de gloire et de gain m'importune; On doit tout à l'honneur, cl rien à la fortune.

i i.icn mi se n'unissaient à raris tous les brocanteurs, revendeurs , tic (N. E )

Le nourrisson du Pinde, ainsi que le guerrier, A tout l'or du Pérou préfère un beau laurier. L'avocat se peut-il égaler au poète?

De ce dernier la gloire est durable et complète. Il vit longtemps après que l'autre a disparu : Scarron même l'emporte aujourd'hui sur Patru *. Vous parlez du barreau de la Grèce et de Rome, Lieux propres autrefois à produire un grand homme! L'encre de la chicane et sa barbare voix N'y défiguraient pas l'éloquence et les lois. Que des traces du monstre on purge la tribune, j'y monte; et mes talents, voués à la fortune, Jusqu'à la prose encor voudront bien déroger; Mais , l'abus ne pouvant sitôt se corriger, Qu'on me laisse à mon gré, n'aspirant qu'à la gloire, Des titres du Parnasse ennoblir ma mémoire, Et primer dans un art plus au-dessus du droit, Plus grave, plus sensé, çlus noble qu'on ne croit. La fraude impunément, dans le siècle où nous sommes, Foule aux pieds l'équité, si précieuse aux hommes : Est-il , pour un esprit solide et généreux, Une cause plus belle à plaider devant eux? Que la fortune donc me soit mère ou marâtre, C'en est fait, pour barreau je choisis le théâtre, Pour client la vertu, pour loi la vérité, Et pour juges mon siècle et la postérité.

Infortuné! je touche à mon cinquième lustre Sans avoir publié rien qui me rende illustre ! On m'ignore ; et je rampe encore à l'âge heureux Où Corneille et Racine étaient déjà fameux! Ils ont dit, il est vrai, presque tout ce qu'on pense, Leurs écrits sont des vols qu'ils nous ont faits d'avance: Mais le remède est simple ; il faut faire comme eux*, lignons ont dérobé, dérobons nos neveux; Et, tarissant la source où puise un beau délire, A tous nos successeurs ne laissons rien à dire. Un démon triomphant m'élève à cet emploi : Malheur aux écrivains qui viendront après moi! piron. La Metromanie, act. m, se. vu.

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