LES PHILOSOPHES DE L'ANTIQUITE
Que de héros fameux! quels graves personnages! Que vois-je? la discorde, au milieu de ces sages! Et de maîtres, entre eux sans cesse divisés, Naissent des sectateurs l'un à l'autre opposés ! Nos folles vanités font pleurer Heraclite , Ces mêmes vanités font rire Démocrite.
Quel remède à nos maux que des ris ou des pleurs! Qu'ils en cherchent la cause, et guérissent nos cœurs. Habitant des tombeaux, que t'apprend leur silence? s Les atomes erraient dans un espace immense ; Déclinant de leur route, ils se sont approchés; Durs, inégaux, sans peine ils se sont accrochés : Le hasard a rendu la nature parfaite; L'œil au-dessous du front se creusa sa retraite; Les bras au haut du corps se trouvèrent liés ; La terre heureusement se durcit sous nos pieds : L'univers fut le fruit de ce prompt assemblage; L'être libre et pensant en fut aussi l'ouvrage. » Par honneur, Hippocrate, ou par pilié du moins, Va guérir ce rêveur si digne de les soins.
C'est^» l'eau dont tout sortqueThalès nous ramène ; L'air seul a tout produit, nous dit Anaximène ;
2 Scarron , poète burlesque, et Patru, célèbre avocat, ûvaicul tous Jeux sous Louis .\iv. (N E.J
Et l'éternel pleureur assure que le feu
De l'univers naissant mit les ressorts en jeu.
Pyrrhon, qui n'a trouvé rien de sûr que son doute,
De peur de s'égarer, ne prend aucune route :
Insensible à la vie, insensible à la mort,
Il ne sait quand il veille, il ne sait quand il dort.
Kl de son indolence, au milieu d'un orage,
Un stupide animal est en effet l'image.
Orné de sa besace, et fier de son manteau ,
Cet orgueilleux n'apprend qu'à rouler un tonneau.
Oui , sa lanterne en main , Diogène m'irrite ;
Il cherche un homme, et lui n'est qu'un fou que j'évite.
C'est assez contempler ces astres si parfaits; Anaxagore , enfin , dis-nous qui les a faits. Mais quelle douce voix enchante mon oreille? Tandis qu'en ces jardins Épicure sommeille, Que de voluptueux répèlent ses leçons, Mollement étendus sur de tendres gazons! Malheureux! jouissez promplement de la vie; Hâtez-vous, le temps fuit, et la Parque ennemie D'un coup de son ciseau va vous rendre au néant : Par un plaisir encor volez-lui cet instant. Votre austère rival , pâle, mélancolique, Fait de ses grands discours résonner le Portique. Je tremble en l'écoutant; sa vertu me fait peur; Je ne puis , comme lui , rire de ma douleur ; J'ose la croire un mal, et le crois sans attendre Que la goutte en fureur me contraigne à l'apprendre.
L'Académie, enfin , par la voix de Platon, Va dissiper en moi tout l'ennui de Zenon : Mais de Platon lui-même, et qu'attendre, et que croire, Quand de ne rien savoir son maître fait sa gloire? Incertain comme lui , n'osant rien hasarder, Il réfute, il propose, et laisse à décider. Par quelques vérités à peine il me console : Il s'arrête, il hésite, il doute, et me désole. Son disciple jaloux *, prompt à l'abandonner, Se relire au Lycée, et m'y veut entraîner : Mais à l'homme inquiet le maître d'Alexandre Du terrible avenir ne daigne rien apprendre. Que me fait sa morale, et tout son vain savoir, S'il me laisse mourir sans un rayon d'espoir? Loin des longs raisonneurs que la Grèce publie, Le mystique vieillard m'appelle en Italie "-. La mort, si je l'en crois, ne doit point m'alfliger ; On ne péril jamais, on ne fait que changer; El l'homme, et l'animai, par un accord étrange, De leurs âmes entre eux font un bizarre échange. De prisons en prisons enfermés tour a tour, Nous mourons seulement pour retourner au jour : Triste immortalité , frivole récompense D'une abstinence austère et de tant de silence ! iucine le (Ils. L:>. Religion, ch.in.