‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 539 sur 649 · LES FAUX PHILOSOPHES · texte numérisé non relu

LES FAUX PHILOSOPHES

Ces messieurs parlent trop de leur philosophie, Et leur titre pompeux a perdu son crédit : Leur conduite dément tout ce qu'ils en ont dit. Ils bannissent loin d'eux les préjugés vulgaires ; Mais à ces préjugés, peut-être nécessaires, Qu'ont-ils substitué? De funestes erreurs. Discoureurs insolents, impérieux frondeurs, Ils prononcent des lois, ils dispensent la gloire; Tyrans illuminés, ils commandent de croire.

L'un, qui veut par orgueil confondre tous les rangs, Exige des petits ce qu'il refuse aux grands, Et sans doute se met par sa ruse profonde Seul au-dessus des rangs qu'il veut que l'on confonde; L'autre érige en courage, en force, en liberté, L'audace, la licence, et leur impunité.

Que dans un même lieu le hasard les rassemble, A peine une heure ou deux peuvent-ils vivre ensemble. L'envie est de leur cœur le premier élément; Ce grand ressort les met sans cesse en mouvement. Ils vantent leur amour pour la nature humaine ; Mais chacun d'eux pour l'autre est un objet de haine. II vaudrait mieux haïr les hommes en commun, Mais en particulier faire grâce à chacun. Il en est cependant , quoiqu'à peine on les nomme, Chezqui l'homme d'esprit estjoint à l'honnête homme: Peut-être je pourrais en trouver jusqu'à trois; Mais on risque beaucoup à se charger du choix. LE même. ibid.

Page 1