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LA PROVINCE ET PARIS

Oui, j'habite, en effet, un singulier séjour; Cur on y dort la nuit, on y veille le jour. S'amuser n'est pas tout; on s'y fait un délice Du travail : promener * est même un exercice. Les fils, dans mon pays, respectent leurs parents ; On n'imagine pas tout savoir à vingt ans : On ne prodigue point non plus le nom d'aimable ; Et, pour le mériter, il faut être estimable. On ne dit pas toujours : « Ma parole d'honneur! » Il est moins dans la bouche, et plus au fond du cœur. Aimer de bonne foi n'est point un ridicule; De s'enrichir trop vite on se fait un scrupule; Sans briller, il suffit que l'on ne doive rien : On s'aime, on vil content, et l'on se porte bien.

Mais il est un Paris que J'estime, que j'aime, Que souvent je visite, où je me plais à voir Tout le monde attentif à remplir son devoir. Peu connue au dehors, même du voisinage, La femme vit, se plaît au sein de son ménage ; Soigne, instruit, et galment, l'enfant qu'elle a nourri ; Trouve tout naturel d'honorer son mari.

Celui-ci, plein de zèle, et s'agite et s'exerce : Heureux dans son état, son emploi, sou commerce, D'élever sa famille et de la soutenir ! Le soir, leur récompense est de se réunir. Tour à tour, promenade, ou spectacle, ou lecture : On n'est blasé sur rien , c'est partout la nature. Peut-être que pour vous c'est un monde inconnu : Vous ne m'en croyez pas ; mais, d'honneur, je l'ai vu.

COLLIN-D'IIARLKVH.I.E. Les Mœurs du Jour, aclc ii.se. il.

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