LA JEUNESSE DU JOUR
Moi! je me garde bien de dire un mot; j'admire. Je sens que, pour s'instruire, il n'était pas besoin De tant se fatiguer, de prendre tant de soin. Oh! non , je reconnais que ces longues éludes N'étaient que sot ennui, que tristes habitudes; Je vois qu'à moins de frais il est de beaux esprits, Et même des savants , qui , n'ayant rien appris, N'ignorent nulle chose, et, des heures entières, Vont parler , discuter sur toutes les matières, Sur des points de science, en affaires de goût, Dans le monde, au spectacle, en famille et partout,
ET PARALLÈLES
S'érigent en censeurs, en arbitres suprêmes,
Et toujours, en un mot, sont très-contents d'eux-mêmes.
On est tout confondu d'un ton si décidé. Tu sais tout, à l'entendre ; et monsieur de Naudé Me disait même hier : Que de choses j'ignore! Mon ami , je vieillis en m'instruisant encore. . . . .... J'admire, ajoutait-il,
Et l'air de confiance, et l'éternel babil De ces messieurs à peine échappés de l'enfance; Car ils ont, d'un seul pas, franchi l'adolescence. Ils semblent tout savoir, à leur ton, leur maintien; Mais ils ne savent rien , n'apprendront jamais rien ; Parlent avec mépris de tout ce qu'ils ignorent, Et de leur nullité publiquement s'honorent. Êtres inconséquents , neufs et blasés, flétris, Tels que des fruits sans goût , avant le temps mûris : A quinze ans, les voilà déjà de petits hommes [mes. Plus forts, même plus vieux que tous tant que nous som-
COLUN-d'iiarleville. Le Vieillard et les Jeunes Gens, act. n, se. iv.
Si l'entretien languit, ne soyez point en peine; e la maison voisine arrive un érudit
* Voyez, 1" partie , Caractères ou Portraitsî Espèce de crosse que portaient les prêtres de Kome. (N-E.) ïCe fut vers l'an G70 que le calife Omar, commaclant
Qui, dans les murs de Rome et de Sparle et d'Athène, Sait tout ce qu'ont fait, et tout ce qu'on a dit;
Son érudition profonde Vous dit d'où sont partis tous les peuples du monde. Il sait par cœur les noms des princes du sénat, Tous les Romains promus au grand pontiûcat,
Au rang d'édile , au tribunat ; Qui , sur la scène , a pris le premier masque ; Qui , chez les Grecs, porla le premier casque. Du casque il passe au bâton augurai,
Au lituus - pontifical; Puis viennent les extraits des poudreux antiquaires; Les temples, les tombeaux, les urnes cinéraires; Puis il vous mène au mont Capilolin,
Au Quirinal, à l'Esquilin, Au temple de la Paix, au vaste Colisée; Compte les chapiteaux de sa masse brisée;
Vous dit par quels heureux hasards Il vient de découvrir un vieux camp des Césars. Las des antiquités et romaines et grecques, Des Latins , des Gaulois , des Volsques et des Êques,
J'arrive enfin, quoiqu'un peu tard; A nos aïeux les Francs, à leurs premiers évêques; Menacé de subir les annales d'un czar,
D'un soudan ou d'un hospodar,
Je maudis les bibliothèques, Et suis près d'excuser l'incendiaire Omar 3.
delille. La Conversation.
des fidèles , fit incendier la bibliothèque d'Alexandrie ; Il disait : « Si ces livres s'accordent avec le Coran , ils sont Inutiles; s'ils ne s'accordent pas avec notre loi, il faut les dj^ truire. >> (N. E.J