‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 573 sur 649 · INCENDIE DE LA SUBARRA , QUARTIER DE ROME · texte numérisé non relu

INCENDIE DE LA SUBARRA , QUARTIER DE ROME

Mais un soldat gaulois qui a vu son camarade renversé à côté de lui , sous une large dalle lancée du haut d'un toit , fait un saut en arrière , et saisissant au coin d'un palais quelques brins de foin qui avaientservi de couche à un malheureux juif: « S'ils combattent comme des renards, s'écriet-il, enfumons-les dans leurs lanières. >Et se précipitant dans un vestibule enfoncé , où brûlait une lampe en l'honneur d'un dieu lare , il y allume le brandon qu'il agite, le montre à ses compagnons qui applaudissent, et pénètre dans la maison qu'il livre de tous côlés à la flamme. Le feu ! le feu ! répètent aussitôt les prétoriens , et , se saisissant des débris de meubles et de toitures dont les rues sont encombrées, ils en font des monceaux sous les portiques des palais , et y mettent le feu qu'ils

attisent , en vomissant d'horribles menaces contre un ennemi qui les force à ce genre de combat.

Ce fut un spectacle effrayant , sitôt que la fumée monta au faite des maisons, de voir celle multitude, qui s'y trouvait amoncelée, se regarder avec élonnement, s'interroger, pâlir cl pousser enfin d'affreux gémissements à chaque jet de flammes qui , se faisant jour à travers les ouvertures que ses propres mains avaienlpraliquécs, lui montrait dans toute son horreur le danger qui la pressait. Où fuir? Où se sauver ? Dans les maisons , le dévorant incendie ; dans les rues, les lances prétoriennes. On courait en foule sur les toits des palais où la flamme ne s'était pas encore montrée; et les flèches des soldats lancées contre une masse qui ne se cachait plus à leurs coups, car elle avait changé d'ennemi , harcelaient et décimaient cette foule, à laquelle ne restait plus aucun refuge. Pour comble de malheur, uh vent furieux qui souillait du même côté que celui par lequel s'avançaient les cohortes , vint s'emparer tout à coup du désastre qu'elles avaient commencé ; et, poussant l'incendie de maison en maison , semblait s'acharner, à son tour, avec ses nuages de flamme, contre ces misérables dont la moitié était ensevelie sous les décombres embrasés.

C'était un des plus beaux quartiers de Rome, celui de la Subarra ; c'eût été dans les provinces une ville entière, tant il y avait de palais et de temples. Les temples surtout étaient encombrés de peuple; mais l'incendie ne respectait rien , et les malheureux qu'il venait saisir au pied des aulels . y succombaient avec la douleur de douter de leurs dieux. Aussi , dans toute sa vaste enceinte, la grande Rome fut frappée d'une soudaine terreur, au bruit effroyable qui parlait de ce quartier désolé ; car les lamentations , les cris de rage , les écroulements des toitures , les sifllcmcnls de la flamme et des vents , les vociférations des soldats barbares, les hurlements des bêles du cirque que l'ardeur de l'embrasement épouvantait, sa confondaient en un seul cri, comme celui d'un volcan qui éclate ; et les vieillards se demandaient, en fuyant à travers la campagne , si Rome était livrée atfx Scythes et aux Sarmates , ou s'il y avait, au haut de quoique tour, un empereur qui , uue harpe d'or à la main , eût , de nouveau , besoin de s'inspirer à l'horreur d'un lel spectacle.

mes. GuiRAUO. Flavien.

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