LE SPECTACLE D'UNE BELLE NUIT DANS LES DÉSERTS DU NOUVEAU MONDE
Une heure après le coucher du soleil , la lune se montra au-dessus des arbres ; à l'horizon opposé , une brise embaumée qu'elle amenait de l'orient avec elle , semblait la précéder , comme sa fraîche haleine, dans les forêts. La reine des nuits monta peu à peu dans le ciel : tantôt elle suivait paisiblement sa course azurée , tantôt reposait sur des groupes de nues , qui ressemblaient à la cime des hautes montagnes couronnées de neige. Ces nues, ployant et déployant leurs voiles , se déroulaient en zones diaphanes de salin blanc , se dispersaient en légers flocons d'écume , ou formaient dans les cieux des bancs d'une ouate éblouissante , si doux à l'œil , qu'on croyait ressentir leur mollesse et leur élasticité.
La scène , sur la terre , n'était pas moins ravissante; le jour bleuâtre et velouté de la lune descendait clans les intervalles des arbres , et poussait des gerbes de lumière jusque dans l'épaisseur des plusprofondes ténèbres. La rivière qui coulait à mes pieds , tour à tour se perdait clans les bois, tour à tour reparaissait toute brillante des constellations de la nuit , qu'elle répétait dans son sein. Dans une vaste prairie, de l'autre côté de cette rivière , la clarté de la lune tlormait sans mouvement sur les çazons. Des bouleaux agiles par les brises, et dispersés ça el là clans la savane, formaient des fies d'ombres Bottantes, sur une mer immobile de lumière. Auprès, (oui était silence et repos, hors la chute de quelques feuilles, le passage brusque d'un vent subit, les gémissements rares el interrompus tic; la hulotte'2 ; mais au loin . par intervalles, on entendait les roulements solennels de la calaraclc de Niagara, qui, dans le calme de la nuit, se prolongeaient de désert en désert , et expiraient ù travers les forêts solitaires.
i Serpents îles déserts de l'Afrique septentrionale <|ii! se jlbtlngucnl par deux petites cornes pointues au-dessus des jeux, les charlatans des Gaules faisaient un cOiyisle d'un
La grandeur, l'étonnante mélancolie de ce tableau , ne sauraient s'exprimer dans les langues humaines; les plus belles nuits en Europe ne peuvent en donner une idée. En vain, dans nos champs cultivés, l'imagination cherche à s'étendre; elle rencontre de toutes parts les habitations des hommes ; mais, dans ces pays déserls, l'àmc se plaît à s'enfoncer dans un océan de forêls, à errer aux bords des lacs immenses, à planer sur le gouffre des cataractes, et, pour ainsi dire, à se trouver seule devant Dieu.
CIUTEAtlBBMND. Gênicdu Christtanis