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PENSÉES DE DIVERS AUTEURS

L'homme n'est qu'un roseau , le plus faible de la nature ; mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser. Une vapeur , une goutte d'eau suffit pour le tuer, Mais quand l'univers l'écraserait , l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu'il sait qu'il meurt ; et l'avantage que l'univers a sur lui, l'univers n'en sait rien. Ainsi toute notre dignité consiste dans la pensée. C'est de là qu'il faut nous relever , non de l'espace et de la durée. Travaillons donc à bien penser : voilà le principe de la morale. -

Diseur de bons mots , mauvais caractère.

Peu de chose nous console, parce que peu de chose nous afflige.

On ne montre pas sa grandeur pour être en une extrémité , mais bien en touchant les deux à la fois , et remplissant tout l'entro-deux.

L'homme qui n'aime que soi ne hait rien tant que d'être seul avec soi.

On se persuade mieux, pour l'ordinaire, par les raisons qu'on a trouvées soi-même, que par celles qui sont venues dans l'esprit des autres.

Ceux qui font des antithèses en forçant les mots sont comme ceux qui font de fausses fenêtres pour la symétrie.

La vraie éloquence se moque de l'éloquence.

Il y a plaisir d'être dans un vaisseau battu de l'orage, lorsqu'on est assuré qu'il ne périra point.

MORALE RELIGIEUSE

Les persécutions qui travaillent l'Église sont de celle nalure.

La propre volonté ne se satisferait jamais quand elle aurait tout ce qu'elle souhaite ; mais on est satisfait dès l'instant qu'on y renonce.

La piété chrétienne anéantit le moi humain , et la civilité humaine le cache et le supprime.

L'amour de Dieu est le bon sens de l'amour de soi.

Il est plus honteux de se défier de ses amis que d'en être trompé.

Le vrai moyen d'être trompé, c'est de nous croire plus fins que les autres.

Le vrai honnête homme est celui qui ne se pique de rien.

L'hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu.

Le trop grand empressement qu'on a de s'acquitter d'une obligation est une espèce d'ingratitude.

Ce n'est pas un grand malheur d'obliger des ingrats ; mais c'en est un insupportable d'être obligé à un malhonnête homme.

Louer les princes des vertus qu'ils n'ont pas, c'est leur dire impunément des injures.

Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement.

Le plus grand défaut de la pénétration n'est pas de n'aller point jusqu'au but, c'est de le passer.

Nos actions sont comme les bouts limés, que chacun fait rapporter à ce qui lui plaît.

L'esprit nous sert quelquefois à faire hardiment des sottises.

Rien n'empêche tant d'être naturel que l'envie de le paraître.

Nous gagnerions plus de nous laisser voir tels que nous sommes que d'essayer de paraître ce que nous ne sommes pas.

LA ROCHEFOUCAULD

C'est une grande misère que de n'avoir pas assez d'esprit pour bien parler, ni assez de jugement pour se taire.

Rien n'est moins selon Dieu et selon le monde que d'appuyer tout ce que l'on dit dans la conversation, jusqu'aux choses les plus indifférentes, par de longs et de fastidieux serments. Un honnête homme qui dit oui et non mérite d'être cru : son caractère jure pour lui, donne créance à ses paroles, et attire toute sorte de confiance.

Quelque désintéressement qu'on ait à l'égard de ceux qu'on aime, il faut quelquefois se con-

traindre pour eux, et avoir la générosité de recevoir.

Celui-là peut prendre, quigoûleun plaisir aussi délicat à recevoir que son ami en sent à lui donner.

11 y a du plaisir à rencontrer les yeux de celui à qui on vient de donner.

Il vaut mieux s'exposer à l'ingratitude que de manquer aux misérables.

Il faut briguer la faveur de ceux à qui l'on veut du bien , plutôt que de ceux de qui l'on espère du bien.

La moquerie est souvent indigence d'esprit.

Si vous observez avec soin qui sont les gens qui ne peuvent louer, qui blâment toujours, qui ne sont contents de personne, vous reconnaîtrez que ce sont ceux mêmes dont personne n'est content.

Il n'y a pour l'homme que trois événements , naître, vivre et mourir : il ne se sent pas naître, il souffre à mourir, et il oublie de vivre.

Deux choses toutes contraires nous préviennent également, l'habitude et la nouveauté.

Quand une lecture vous élève l'esprit, et qu'elle vous inspire des sentiments nobles et courageux, ne cherchez pas une autre règle pour juger de l'ouvrage : il est bon , et fait de main d'ouvrier.

Dans un méchant homme, il n'y a pas de quoi faire un grand homme.

Les grandes pensées viennent du cœur.

La servitude abaisse les hommes jusqu'à s'en faire aimer.

On ne peut être juste si l'on n'est humain.

Il est faux qu'on ait fait fortune lorsqu'on ne sait pas en jouir.

C'est êlre médiocrement habile que de faire des dupes.

Nous querellons les malheureux pour nous dispenser de les plaindre.

La clarté orne les pensées profondes.

Ceux qui se moquent des penchants sérieux aiment sérieusement les bagatelles.

Les sots admirent qu'un homme à talent ne soit pas une bête pour ses intérêts.

La nécessité de mourir est la plus amère de nos afflictions.

Newton, Pascal, Bossuet, Racine, Fénélon, c'est-à-dire les hommes de la terre les plus éclairés, dans le plus philosophique de tous les siècles , et dans la force de leur esprit et de leur âge, ont cru en Jésus-Christ; et le grand Condé, en mourant , répétait ces nobles paroles : Oui , nous verrons Dieu comme il est, sicuti est, facie ad faciem.

La solitude est à l'esprit ce que la diète est au corps.

OU PHILOSOPHIE PRATIQUE

Le bon sens est une qualité du caractère plus encore que de l'esprit.

Apprenons à subordonner les petits intérêts aux grands, même éloignés, et faisons généreusement et sans compter tout le bien qui tente nos cœurs : on ne peut être dupe d'aucune vertu.

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