‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 589 sur 649 · A I,A FEMME DE L'AMIRAL BRUEYS · texte numérisé non relu

A I,A FEMME DE L'AMIRAL BRUEYS

Au Caire, le 2 fruct. an VI (19août 1708).

Votre mari a été tué d'un coup cîe canon en combattant à son bord. Il est mort sans souffrir, et de la mort la plus douce , la plus enviée des braves.

Je sens vivement votre douleur. Le moment qui nous sépare de l'objet que nous aimons est terrible ; il nous isole de la terre ; il fait éprouver au corps les convulsions de l'agonie. Les facultés de l'âme sont anéanties ; elle ne conserve de relations avec l'univers qu'au travers d'un cauchemar qui altère tout. Les hommes paraissent plus froids, plus égoïstes qu'ils ne le sont réellement. L'on sent, dans cette situation , que si rien ne nous obligeait à la vie, il vaudrait beau-

coup mieux mourir; mais, lorsqu'après cette première pensée , on presse ses enfants sur son cœur, des larmes , des sentiments tendres raniment la nature, et l'on vit pour ses enfants. Oui, madame, voyez-les dès ce premier moment, qu'ils ouvrent votre cœur à la mélancolie : vous pleurerez avec eux , vous élèverez leur enfance, cultiverez leur jeunesse ; vous leur parlerez de leur père , de votre douleur, de la perte qu'eux et la république ont faite. Après avoir rattaché votre âme au monde par l'amour filial et l'amour maternel, appréciez pour quelque chose l'amitié et le vif intérêt que je prendrai toujours à la femme de mon ami. Persuadez-vous qu'il est des hommes, en petit nombre, qui méritent d'être l'espoir de la douleur , parce qu'ils sentent avec chaleur les peines de l'âme.

BON/tp/iDre.

DISCOURS ET MORCEAUX ORATOIRES

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