‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 596 sur 649 · ONT. SCÈ.NE DO GRONDEUR · texte numérisé non relu

ONT. SCÈ.NE DO GRONDEUR

M. GRICHARD , médecin; LOLIYE, son valet • ARISTE, son frère.

GRICHARD.

Bourreau ! me feras-tu toujours frapper deux heures à la porte?

LOUVE

Monsieur, je travaillais au jardin : au premier coup de marteau, j'ai couru si vile que je suis tombé en chemin.

GRICRARD.

Je voudrais que tu te fusses rompu le cou , double chien ! que ne laisses-tu la porte ouverte?

LOLIVK.

Eh ! monsieur, vous me grondâtes hier à cause qu'elle l'était. Quand elle est ouverte, vous vous fâchez ; quand elle est fermée , vous vous fâchez aussi. Je ne sais plus comment faire.

GRICUARD.

Comment faire?

ARISTE

Mon frère, voulez-vous bien...?

GRICHARD.

Oh! donnez-vous patience... (A Lolive.) Comment faire? coquin!

ARISTE

Eh ! mon frère , laissez-là ce valet , et souffrez que je vous parle de...

grichard, en l'interrompant.

Monsieur mon frère , quand vous grondez vos valets, on vous les laisse gronder en repos. ariste, à part.

Il faut lui laisser passer sa fougue.

griciiard à Lolive.

Comment faire? infâme!

LOLIVE.

Oh! çà, monsieur, quand vous serez sorti, voulez-vous que je laisse la porte ouverte?

GRICHARD.

Non.

LOLIVE.

Voulez- vous que je la tienne fermée'

DIALOGUES

GRICHARD.

Non.

LOUVE

Oui

Si faut-il,

monsieur...

Et

grichard , l'interrompant.

Encore! tu raisonneras, ivrogne!

ARISTE

Il me semble , après tout , mon frère , qu'il ne raisonne pas mal; et l'on doit être bien aise d'avoir un valet raisonnable.

GRICHARD.

Il me semble à moi, monsieur mon frère, que vous raisonnez fort mal. Oui, l'on doit être bien aise d'avoir un valet raisonnable, mais non pas un valet raisonneur.

lolive, à part.

Morbleu ! j'enrage d'avoir raison.

GRICHARD.

Te tairas-tu?

LOLIVE.

Monsieur, je me ferais hacher : il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée : choisissez; comment la voulez-vous?

% GRICHARD.

Je te l'ai dit mille fois, coquin! Je la veux... je la... Mais voyez ce maraud-là! Est-ce à un valet à me venir faire des questions? Si je te prends, traître! je te montrerai bien comment je la veux..-. (A Ariste.) Vous riez, je pense, monsieur le jurisconsulte?

ARISTE

Moi! point. Je sais que les valets ne font jamais les cboses comme on leur dit.

grichard, montrant Lolive.

Vous m'avez pourtant donné ce coquin-là.

ARISTE

Je croyais bien faire.

GRICHARD.

Oh! je croyais... Sachez, monsieur le rieur, que je croyais n'est pas le langage d'un homme bien sensé.»

ARISTE

Eli ! laissons cela , mon frère, et permettez que je vous parle d'une affaire plus importante, dont je serai bien aise...

GRicnARD, l'interrompant.

Non; je veux auparavant vous faire voir à vous-même comment je suis servi par ce pendard-là , alin que vous ne veniez pas après me dire que je me fâche sans sujet. Vous allez voir, vous niiez voir... (A Lolive.) As-tu balayé l'escalier?

LOLIVE.

Oui, monsieur, depuis le haut jusqu'en bas.

GRICHARD.

Et la cour ?

LOLIVE.

Si vous y trouvez une ordure comme cela, je veux perdre mes gages!

GRICHARD.

Tu n'as pas fait boire la mule?

LOUVE

Àh ! monsieur , demandez-le aux voisins qui m'ont vu passer.

" GRICHARD.

Lui as-tu donné l'avoine?

LOLIVE.

Oui , monsieur, Guillaume y était présent.

GRICHARD.

Mais tu n'as point porté ces bouteilles de quinquina où je t'ai dit?

LOLIVE.

Pardonnez-moi, monsieur, et j'ai rapporté les vides.

GRICHARD.

Et mes lettres, les as-tu portées à la poste? Hein?...

LOLIVE

Peste, monsieur, je n'ai eu garde d'y manquer!

GRICnARD.

Je t'ai défendu cent fois de racler ton maudit violon; cependant j'ai entendu ce matin... lolive , l'interrompant.

Ce matin! Ne vous souvient-il pas que vous me le mîtes hier en pièces?

GRICHARD.

Je gagerais que ces deux voies de bois sont encore...

lolive, l'interrompant.

Elles sont logées, monsieur. Vraiment, depuis cela j'ai aidé à Guillaume à mettre dans le grenier une charretée de foin , j'ai arrosé tous les arbres du jardin, j'ai nettoyé les allées, j'ai bêché trois planches, et j'achevais l'autre quand vous avez frappé.

grichard , à part.

Oh! il faut que je chasse ce coquin-là!... Jamais

valet ne m'a fait enrager comme celui-ci. Il mo

ferait mourir de chagrin... (A Lolive.) Hors d'ici'

lolive , à triste.

Que diable a-t-il mangé?

ariste, avec douceur.

H élire- toi.

CARACTERES POLITIQUES

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