‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 603 sur 649 · CONJURATION DE MANLIUS · texte numérisé non relu

CONJURATION DE MANLIUS

.... Avec nous tout semble conspirer; A l'effet de nos vœux il n'est plus de remise. En arrivant chez moi , quelle heureuse surprise ! J'ai trouvé ceux du peuple à qui de nos projets Je puis en sûreté confier les secrets : Kux-mêmes ils venaient, au bruit du sacrifice, M'avertir qu'il fallait saisir ce temps propice.

Tout transporté de joie, à voir qu'en ces besoins Leur zèle impatient eût prévenu mes soins : «Oui ! chers amis, leurdis-je, oui, troupe magnanime, Le destin va remplir l'espoir qui vous anime : Tout est prêt pour demain : et, selon nos souhaits, Demain le consulat est éteint pour jamais. De nos prédécesseurs quelle fut l'imprudence, Qui, détruisant d'un roi la suprême puissance, Sous un nom moins pompeux se sont fait deux tyrans Qui , pour nous accabler, sont changés tous les ans , Et qui tous , l'un de l'autre héritant de leurs haines , S'appliquent tour à tour à resserrer nos chaînes ! »

Tels et d'autres discours redoublant leur fureur, Je crois devoir alors leur ouvrir tout mon cœur ; Leur marquer nos apprêts , nos divers stratagèmes , Appuyés en secret par des sénateurs mêmes ; Ce que devaient, dans Rome, exécuter leurs bras, Tandis qu'au Capitole agiraient vos soldats; Les postes à surprendre, et d'autres qu'on nous livre; Les forces qu'on aura , les chefs qu'il faudra suivre ; En quels endroits se joindre, en quels se séparer, Tous ceux dont par le fer on doit se délivrer; Les maisons des pcoscrils que , sur notre passage , Nous livrerons d'abord à la flamme, au pillage.

Qu'une pitié surtout , indigne de leur cœur, A nos tyrans détruits ne laisse aucun vengeur : Femmes, pères, enfants, tous ont part à leurs crimes, Tous sont de nos fureurs les objets légitimes. " Il faut qu'en ce repos où s'endort leur orgueil La foudre les réveille au bord de leur cercueil. Et, lorsqu'à nos regards les feux et le carnage De nos fureurs partout étaleront l'ouvrage, Du fruit de nos travaux tous ces palais formés, Par les feux dévorants pour jamais consumés; Ces fameux tribunaux où régnait l'insolence, El baignés tant de fois des pleurs de l'innocence, Abattus et brisés, sous la poussière énars; La terreur et la mort errant de lotîtes parts; Les cris, les pleurs, enfin loule la violence.

Où du soldat vainqueur s'emporte la licence; Souvenons -nous, amis, dans ces moments cruels, Qu'on ne voit rien de pur chez les faibles mortels ; Que leurs plus beaux desseins ont des faces diverses, Et que l'on ne peut plus, après tant de traverses, Rendre, par d'autre voie, à l'Etat agité L'innocence, la paix, enfin la liberté.

lafosse. Manlius, acte lu, se. V.

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