‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 607 sur 649 · LE LION DE FLORENCE · texte numérisé non relu

LE LION DE FLORENCE

Près des murs de Florence une coutume antique Consacrait tous les ans une fête rustique. Le peuple des hameaux, dans les champs d'alentour, Vient, en chœur, du printemps saluer le retour. Mille groupes joyeux précipitent leur danse, Fidèles au plaisir plutôt qu'à la cadence : Quand tout à coup un cri terrible et menaçant Effraye au loin l'écho du bois retentissant. Un lion, l'œil en feu, se présente à sa vue. Tout fuit : dans le désordre, une mère éperdue

Emporte son enfant. Dieu! ce fardeau chéri,

De ses bras échappé, tombe, elle jette un cri,

S'arrête. Il est déjà sous la dent dévorante;

Elle le voit, frémit, reste pâle, mourante,

Immobile, les yeux fixes, les bras tendus.

Elle reprend ses sens un moment suspendus;

La frayeur l'accablait, la frayeur la ranime.

0 prestige d'amour ! ô délire sublime !

Elle tombe à genoux. «Rends-moi,rends-moi mon filslt

Ce lion si farouche est ému par ses cris,

La regarde , s'arrête , et la regarde encore.

Il semble deviner qu'une mère l'implore ;

Il attache sur elle un œil tranquille et doux,

Lui rend ce bien si cher, le pose à ses genoux,

Contemple de l'enfant le paisible sourire ,

Et dans le fond des bois lentement se retire.

millevoye. La Tendresse maternelle.

Laocoon (le sort l'appelait à l'autel) Immolait à Neptune un taureau solennel; Tout à coup, ô terreur! voilà que deux reptiles Partis de Ténédos sur les ondes tranquilles, S'allongent déroulés en immenses anneaux, Et d'un élan pareil gagnent le bord des eaux; Leur crête ensanglantée et leur haute poitrine Dépassent le niveau de la plaine marine ; Le reste de leur corps se recourbe en nageant, Et trace dans les flots un long sillon d'argent. Ils atteignent la rive en soulevant l'écume ; Leurs yeux gonflés de sang, que la colère allume, Font jaillir contre nous un flamboyant regard, Et leur gueule sifflante agite un triple dard. Nous fuyons pleins d'horreur ; eux, sur la même ligne, Droit vers Laocoon que leur rage désigne , S'avancent , et d'abord , collés à ses enfants , Les enlacent tous deux de leurs nœuds étouffants, Et plongent dans leur chair des gueules affamées ; Le père, à cette vue, accourt les mains armées; Mais déjà les serpents sur lui se sont étreints ; Deux fois autour du cou , deux fois autour des reins, L'un et l'autre ont serré leurs croupes arrondies, Et lèvent sur son front leurs deux têtes roidies. Lui, les bandeaux souillés de sang et de poison, Ecarte avec ses mains sa vivante prison, Et se tord de douleur dans ces longues spirales, En poussant vers les cieux des clameurs gutturales. Tel mugit un taureau dont la hache , en glissant, Sans abattre son front, a fait couler le sang. Enfin, les deux dragons, d'une fuite rapide Remontent vers le temple où Minerve préside, S'enfoncent vers l'autel et vont se replier Aux pieds de la déesse et sous son bouclier.

BARTHÉLÉMY. Éntide

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