‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 610 sur 649 · LA MENDIANTE · texte numérisé non relu

LA MENDIANTE

Le jour fuit, la nuit tombe, et ses ombres glacée* Ajoutent leur tristesse a mes tristes pensées! Pour moi tout est besoin, souffrance, isolement; Mon feu s'éteint, mon corps languit sans aliment; J'ai froid, j'ai faim, l'ourlant du fond de mon asile J'entends le bruit joyeux des fêtes de la ville. Dans ces jours de folie et de brillants loisirs , Qui pourrait refuser à mes humbles désirs Le pain qui soutiendrait ma débile existence? Sortons, et des passants réclamons l'assistance :

Que du moins leur secours m'empêche d'expirer, Si je puis me résoudre, hélas , à l'implorer!...

Mon cœur bat, mes. genoux fléchissent, et ma bouche Craint de ne pas trouver un accent qui les touche!... Madame!... Ils passent tous... Monsieur!... Sur leur [chemin , Vainement le malheur tend sa tremblante main : A la pitié leur âme est à jamais fermée , Ou ma voix à prier est mal accoutumée ; Hélas!...

Quels doux concerts! quels sons pleins de gaieté! Dans ces salons où brille une vive clarté, Retentissent ces airs, doux signal de la danse; J'écoute en soupirant leur rapide cadence. Charmes de la jeunesse , accords jadis connus , Beaux jours de mes beaux ans, qu'êtes-vous devenus? Loin d'un monde orgueilleux, les fêtes du village, Un rustique instrument et le bal sous l'ombrage , Me donnaient des plaisirs qui valaient tous les siens : A ses loisirs pompeux je préférais les miens. 0 moments fugitifs de mon adolescence, Qu'embellissaient la paix, l'espoir et l'innocence, j'en atteste aujourd'hui votre doux souvenir, Je ne demandais rien au douteux avenir, Rien, que de me laisser sans regrets, sans envie, Suivre le cours obscur d'une paisible vie. Eh bien! fortune, amis, espoir, j'ai tout perdu. Quand je réclame en vain le bonheur qui m'est dû, Vous, favoris du sort, bercés par la mollesse, Vous osez m'étaler cet éclat qui me blesse ! Je vis dans la douleur, vous vivez dans les jeux; Pourquoi vous plus que moi? Pourquoi vous seuls [heureux?

Tandis qu'autour de vous tout respire la joie , Que vos ombres , glissant sur ces rideaux de soie , Décèlent vos plaisirs , moi , je soutfre et je meurs. Ah! du moins, que mes cris, mes sinistres clameurs, S'élèvent jusqu'à vous et troublent votre ivresse. Frémissez à l'accent d'une voix vengeresse! [ments Puissent ces gais concerts, ce doux bruit d'instru- Se transformer pour vous en sourds gémissements ! Qu'au fond de ces miroirs, brillants de vos images, La Misère et la Faim de leurs pâles visages Sur vos fronts consternés épouvantent les ris! Puissent sur vous enfin peser de tout leur prix Ces colliers, ces bandeaux, ces coûteuses parures , Dont le luxe odieux insulte à mes tortures... Allez, soyez maudits!... Je m'égare... grand Dieu! Qu'ai-je fait? qu'ai-je dit, hélas! et dans quel lieu? Cet amer désespoir, ces criminelles plaintes, D'un temple révéré souillaient les marches saintes !... J'essaye à me soumettre et je l'essaye en vain ; En vain un froid mortel se glisse dans mon sein ; Celte félicité , qui se cache à ma vue, Je ne veux point mourir sans l'avoir entrevue! Pardonnez-moi , Seigneur ! je suis faible ; ma voix S'élève encor vers vous une dernière fois; Parlez, Dieu tout-puissant! de ces biens de la vie Me rendrez-vous ailleurs la part qui m'est ravie?... Ce bonheur fugitif que j'espérai fongtemps , Je ne l'ai point goûté , Seigneur, e, je l'attends !

Mme AMABLF- TASTU.

Soudain des cris de joie, éclatant dans la nue, Raniment dans les cœurs l'espérance perdue :

Voilà que le désert, aux voyageurs surpris,

Déroule à l'orient de fortunés abris;

Une immense oasis , dans des vapeurs lointaines ,

Avec ses frais vallons, ses humides fontaines,

Son lac étincelant, ses berceaux de jasmin,

Surgit à l'horizon du sablonneux chemin.

Salut! belle oasis, île de fleurs semée,

Vase toujours charmé des parfums d'Idumée!

Cette nuit, Bonaparte et ses soldats errants,

Fouleront les sentiers de tes bois odorants ;

Et sur les bords fleuris de tes fraîches cascades ,

Sous la nef des palmiers aux mouvantes arcades,

Dans le joyeux bivac qui doit les réunir,

Des tourments du désert perdront le souvenir.

Doux rêves de bonheur ! l'oasis diaphane ,

Fantôme aérien , trompe la caravane ;

Les crédules soldats, qu'un prestige séduit,

Vers le but qui s'éloigne errent jusqu'à la nuit.

Alors , comme un jardin qu'une fée inconnue

De sa baguette d'or dissipe dans la nue,

L'île miraculeuse aux ombrages trompeurs

Se détache du sol en subtiles vapeurs ,

Disperse en variant leurs formes fantastiques,

Ses contours onduleux, ses verdoyants portiques,

Et des yeux fascinés trompant le fol espoir,

Mêle ses vains débris aux nuages du soir.

Ils sont tous retombés sur leur lit d'agonie.

BARTHÉLÉMY et MERY.

Aîmer, boire et chanter, voilà la vie humaine Chez les fils du Tyrol, peuple héroïque et fier! Montagnard comme l'aigle, et libre comme l'air! Beau ciel, où le soleil a dédaigné la plaine, Ce paisible océan dont les monts sont les flots, Beau ciel tout sympathique, et tout peuplé d'échos. Là siffle autour des puits l'écumeur des montagnes Qui jette au vent son cœur, sa flèche et sa chanson. Venise vient au loin dorer son horizon. La robuste Helvétie abrite ses campagnes. Ainsi les vents du sud t'apportent la beauté, Mon Tyrol , et les vents du nord la liberté.

Salut, terre de glace, amante des :

Terre d'hommes errants et de daims en voyage, Terre sans oliviers , sans vigne et sans moissons. Ils sucent un sein dur, mère, tes nourrissons; Mais ils l'aiment ainsi , sous la neige bleuâtre De leurs lacs vaporeux , sous ce pâle soleil Qui respecte les bras de leurs femmes d'albâtre, Et la ronce des champs qui mord leur pied vermeil.

Noble fille, salut ! Terre simple et naïve, Tu n'aimes pas les arts, toi qui n'es pas oisive. D'efféminés rêveurs tu n'es pas le séjour, On ne fait sous ton ciel que la guerre et l'amour. On ne se vieillit pas dans tes longues veillées. Si parfois tes enfants dans l'écho des vallées Mêlent un doux refrain aux soupirs des roseaux, C'est qu'ils sont nés chanteurs, comme de gais oiseaux.

Tu n'as rien toi , Tyrol , ni temples ni richesse Ni poètes ni dieux , tu n'as rien , chasseresse ! Mais l'amour de ton cœur s'appelle d'un beau nom : La liberté ! Qu'importe au fils de la montagne Pour quel despote obscur envoyé d'Allemagne L'homme de la prairie écorche le sillon? Ce n'est pas son métier de traîner la charrue; Il couche sur la neige, il soupe quand il tue; Il vit dans l'air du ciel qui n'appartient qu'à Dieu.

L'air du ciel! l'air de tous! vierge comme le feu! Oui , la liberté meurt sur le fumier des villes. Oui , vous qui la plantez sur vos guerres civiles , Vous la semez en vain, même sur vos tombeaux : Il ne croit pas si bas , cet arbre aux verts rameaux. Il meurldans l'air humain, plein de râles immondes; Il respire celui que respirent les mondes. Montez, voilà l'échelle, et Dieu qui tend les bras. Montez à lui, rêveurs, il ne descendra pas. Prenez-moi la sandale et la pique ferrée : Elle est là sur les monts, la liberté sacrée. C'est là qu'à chaque pas l'homme la voit venir, Ou s'il l'a dans le cœur, qu'il l'y sent tressaillir.

Alfred db Musset. Un spectacle dans un fauteuil.

JOIES nu CIEL.

Je n'avais que du ciel de l'un à l'autre bout, A ma gauche, à ma droite, autour de moi, partout; Du ciel , toujours du ciel pour contour et pour cime , Du ciel pour horizon et du ciel pour abîme; Si bien que sur la roche où j'étais transporté , On aurait dit, à voir l'esprit à mon côté, Deux enfants égarés des phalanges divines, Qui, le soir, oublieux de leurs saintes collines, Dans un vallon du ciel égarant leurs ébats, Causaient tranquillement des choses d'ici-bas.

Or, l'esprit incliné sur mon pâle visage Me peignait de l'Ëden le riant paysage. Quel bonheur, disait-il, d'être un beau séraphin, D'avoir la face blanche et six ailes d'or fin! Quel bonheur d'être un ange, et, comme l'hirondelle, De se rouler par l'air au caprice de l'aile , De monter, de descendre , et de voiler son front , Quand parfois, au détour d'un nuage profond, Comme un maître le soir qui parcourt son domaine. On voit le pied de Dieu qui traverse la plaine!

Quel bonheur ineifable et quelle volupté D'être un rayon vivant de la Divinité ; De voir du haut du ciel et de ses voûtes rondes Reluire sous ses pieds la poussière des mondes, D'entendre à chaque instant de leurs brillants réveils Chanter comme un oiseau des milliers de soleils! Oh ! quel bonheur de vivre avec de belles choses! Qu'il est doux d'être heureux sans remonteraux causes' Qu'il est doux d'être bien sans désirer le mieux, Et de n'avoir jamais à se lasser des cieux !

Puis il me prononçait le beau nom de Marie, Nom que j'aime d'enfance avec idolâtrie, Le plus doux qui , tombé des montagnes du ciel , Sur une lèvre humaine ait répandu son miel ; Nom céleste, créé du sourire des anges, Pour en parer un jour la fleur de leurs phalanges. Marie, ô nom divin! étoile du pêcheur, Rose de paradis, baume plein de fraîcheur, Qui parfume le monde et qui révèle aux âmes La femme la plus belle entre toutes les femmes'

DESCRIPTIONS

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