LE PRESBYTÈRE
Une cour le précède, enclose d'une haie
Que ferme sans serrure une porte de claie;
Des poules , des pigeons, deux chèvres et mon chien
Portier d'un seuil ouvert ei qui n'y garde rieu,
Qui jamais ne repousse et qui jamais n'aboie , Mais qui flaire le pauvre et l'accueille avec jo.e ; Des passereaux montant et descendant du toit, L'hirondelle rasant l'auge où le cygne boit, Tous ces hôtes, amis du seuil qui les rassemble. Famille de l'ermite, y sont en paix ensemble; Les uns couchés à l'ombre en un coin du gazon, D'autres se réchauffant contre un mur au rayon , Ceux-ci léchant le sel le long de la muraille, Et ceux-là becquetant ailleurs l'herbe ou la paille; Trois ruches au midi sous leurs tuiles, et puis Dans l'angle sous un arbre, au nord, un large puits Dont la chaîne rouillée à poli la margelle, Et qu'une vigne étreint de sa verte dentelle; Voilà tout le tableau, sept marches d'escalier Sonore, chancelant, conduisent au palier Qu'un avant-toit défend du vent et de la neige, Et que de ses réseaux un vieux lierre protège ; Là, suspendus le jour au clou de mon foyer, Mes oiseaux familiers chantent pour m'égayer. Jusqu'ici, grâce aux lieux, au ciel, à la nature, Ton doux regard de sœur sourit à ma peinture; Ta tendre illusion dure encor, mais hélas ! Si tu veux la garder, ô ma sœur, n'entre pas! Mais non, pour vos deux cœurs je n'ai point de mystère, Pourrais-je devant vous rougir de ma misère? Entrez, ne plaignez pas ma riche pauvreté,
Ces murs ne sentent pas leur froide nudité! Des travaux journaliers voilà d'abord l'asile, Où le feu du foyer s'allume , où Marthe file ; Marthe, meuble vivant de la sainte maison, Qui suivit dans le temps son vieux maître en prisori, Pauvre lille, à ces murs, trente ans enracinée, Partageant leur prospère ou triste destinée, Me servant sans salaire et pour l'honneur de Dieu , Surveillant à la fois la cure et le saint lieu , Et qui voyant votre ombre, ô mon Dieuidans son maître Croit s'approcher du ciel en vivant près du prêtre : Quelques vases de terre, ou de bois, ou d'étain, Où de Marthe attentive on voit briller la main , Sur la table un pain noir sous une nappe blanche, Dont chaque mendiant vient diner une tranche; Des grappes de raisin que Marthe fait sécher De leur pampre encor vert décorent le plancher, La sève en hiver même y jaunit leurs grains d'ambre. De ce salon rustique on passe dans ma chambre ; C'est elle dont le mur s'éclaire du couchant : Tu sais que pour le soir j'eus toujours du penchant, Que mon âme un peu triste a besoin de lumière, Que le jour dans mon cœur entre par ma paupière, Et que j'aimais tout jeune à boire avec les yeux Ces dernières lueurs qui s'éteignent aux cieux. La chaise où je m'assieds , la natte où je me couche, La table où je t'écris, l'âlre où fume une souche, Mon bréviaire vêtu de sa robe de peau , Mes gros souliers ferrés, mon bâton , mou chapeau , Mes livres pêle-mêle entassés sur leur planche , Et les fleurs dont l'autel se pare le dimanche, De cet espace étroit sont tout l'ameublement.
Non : non ! ah ! j'oubliais son divin ornement Qui surmonte tout seul mon humble cheminée, Ce Christ, les bras ouverts et la tête inclinée , Celte image de bois du maître que je sers, Céleste ami qui seul me peuple ces déserts, Qui , lorsque mon regard le visite à toute heure , Me dit ce que j'attends dans celle âpre demeure, Et, recevant souvent mes larmes sur ses pieds, Fait resplendir sa paix dans mes yeux essuyés; Ce Christ! iule connais? C'est celui que ma mère
DESCRIPTIONS
Colla dans l'agonie aux lèvres de mon père, C'est celui que plus tard moi-même en un grand jour Au pur sang d'un martyr je teignis à mon tour ; D'autres lèvres encore il conserve la trace, Et Dieu sait de combien de pitié je l'embrasse!