‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 614 sur 649 · DE LAMARTINE · texte numérisé non relu

DE LAMARTINE

Jeune femme , écoutez : au fond de cet asile Un autre infortuné, qu'un mal hideux exile, ' Souffre, s'enferme et meurt. Hier, demain, toujours, L'affreux dégoût de vivre empoisonne ses jours. On n'accorde à sa soif que l'étang solitaire , Ou le ruisseau qui roule inconnu dans les bois ; Autour de ce vivant on isole la terre, Et l'on conjure l'air infecté de sa voix. Sa voix sourde et brisée est une plainte aride; Son regard fait frémir qui l'ose rencontrer ; Mais la pitié, ma fille, est un ange intrépide ; Au malheur qui se cache elle court se montrer. Sous des lambeaux sanglants, il voile la colère Du fléau destructeur qui ravage son front; Allez-y contempler le châtiment sévère , Dont l'homme en son orgueil subit le long affront. A son livide aspect, la morne inquiétude

Dans la foule pour lui creuse la solitude;

Courbé sous l'anathème, il erre en soupirant :

Le plus beau jour s'éteint sur son œil expirant,

Quelquefois il rugit, il blasphème, il s'abhorre;

Il cherche sur le sable un rare et vain sommeil ,

Hon sommeil est l'enfer, l'enfer est sou réveil;

Son nom est le Lépreux... c'est notre frère encore.'

Je l'ai nommé mon frère, et j'ai touché sa main;

J'ai promis à sa honte une céleste gloire ;

L'infortune a besoin d'écouter et de croire!

Il croit, il se prosterne, il poursuit son chemin.

Chez l'homme qu'il effraye il n'a plus de patrie;

Il en pressent une autre, il s'y prépare, il prie : Dans son jardin désert, il cultive des fleurs : Elles daignent, dit-il, éclore sous ses pleurs.

Son souffle ne ternit leurs parfums ni leurs charmes, Pour ces frêles trésors portez-lui quelques larmes; Allez ! une voix triste est chère aux malheureux : Elle est de leur tristesse un écho douloureux. La pieuse corbeille à vos mains est offerte ; Elle brille à sa porte. Il la laisse entr'ouverte, Dans l'ardente espérance, il me l'a dit un jour, Que quelque enfant naïf, au seuil de son séjour Attiré par l'éclat de ces fleurs solitaires, Croyant lui dérober ses présents volontaires, Du silence éternel qui règne autour de lui Par quelques sonsfurlifs rompra l'affrehx ennui*

M™ DESBOBDES-VALMORE. Poiïiei

DEFINITIONS

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