‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 616 sur 649 · LA LANGUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

LA LANGUE FRANÇAISE

0 langue des Français! est-il vrai que ton sort Est de ramper toujours , et que toi seule as tort? Ou si d'un faible esprit l'indolente paresse Veut rejeter sur toi sa honte et sa faiblesse? Il n'est sot traducteur, de sa richesse enflé, Sot auteur d'un poème, ou d'un discours sifflé , Ou d'un recueil ambré de chansons à la glace , Qui ne vous avertisse, en sa fière préface Que si son style épais vous fatigue d'abord, Si sa prose vous pèse et bientôt vous endort, Si son vers est gêné, sans feu , sans harmonie, Il n'en est point coupable : il n'est pas sans génie, Il a tous les talents qui font les grands succès : Mais enfin , malgré lui , ce langage français,

Si faible en ses couleurs, si froid et si timide ,

L'a contraint d'être lourd, gauche, plat, insipide.

Mais serait-ce Lebrun, Racine, Despréaux,

Qui l'accusent ainsi d'abuser leurs travaux?

Est-ce à Rousseau, Buflbn, qu'il résiste infidèle?

Est-ce pour Montesquieu , qu'impuissant et rebelle

Il fuit? Ne sait-il pas, se reposant sur eux,

Doux, rapide, abondant, magnifique, nerveux,

Creusant dans les détours de ces âmes profondes,

S'y teindre , s'y tremper de leurs couleurs fécondes?

Un rimeur voit partout un nuage, et jamais

D'un coup d'œil ferme et grand n'a saisi les objets;

La langue se refuse à ses demi-pensées

De sang-froid , pas à pas , avec peine amassées :

11 se dépite alors, et restant en chemin,

Il se plaint qu'elle échappe et glisse de sa main.

Celui qu'un vrai démon presse, enflamme, domine,

Ignore un tel supplice : il pense, il imagine.

Un langage imprévu, dans son âme produit,

Naît avec sa pensée, et l'embrasse et la suit;

Les images, les mots que le génie inspire,

Où l'univers entier vit, se meut et respire,

Source vaste et sublime et qu'on ne peut tarir,

En foule en son cerveau se hâtent de courir.

D'eux-même ils vont chercher un nœud qui les rassemble;

Tout s'allie et se forme, et tout va naître ensemble.

ANDRÉ CUÉNIER.

Il est sur ce rivage une race flétrie, Une race étrangère au sein de sa patrie ; Sans abri protecteur, sans temple hospitalier, Abominable, impie, horrible au monde entier. Les parias; le jour à regret les éclaire, La terre sur son sein les porte avec colère, Et Dieu les retrancha du nombre des humains Quand l'univers créé s'échappa de ses mains. L'Indien, sous les fleurs d'un soleil sans nuage, Fuit la source limpide où se peint leur image, Les doux fruits que leur main de l'arbre a détachés, Ou que d'un souffle impur leur haleine a touchés. D'un seul de leurs regards a-t-il reçu l'atteinte, Il se plonge neuf fois dans les flots d'une eau sainte : Il dispose à son gré de leur sang odieux ; Trop au-dessous des lois, leurs jours sont» ses yeux Comme ceux du reptile , on des monstres immondes Que le limon du Gange enfante sous ses ondes. Profanant la beauté, si jamais leur amour Arrache à sa faiblesse un coupable retour, Anathème sur elle, infamie, et misère!

Morte pour sa tribu, maudite par son père, Promise après la vie au céleste courroux, Un éternel exil la livre à son époux.

Eh bien ! mais je frémis! tu vas me fuir peut-être; Ami d'un malheureux , tu vas cesser de l'être; Je foule un sol natal à mes pas interdit; Je suis un fugitif, un profane, un maudit; Je suis un paria...

Casimir dki.avicne. Le Paria, acte i, seine l.

FABLES

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