‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 615 sur 649 · LA CALOMNIE · texte numérisé non relu

LA CALOMNIE

voulons- nous remonter le long fleuve des âges? Partout la Calomnie a, de traits imposteurs, Du genre humain trompé noirci les bienfaiteurs. Contre leur souvenir elle ose armer l'histoire : Dans la nuit, sur le seuil du temple de mémoire, Elle veille, et combat l'auguste Vérité, Qui s'avance à pas lents vers la postérité. Aux intrigues de cour c'est elle qui préside : Souvent elle embrasa de sa flamme homicide Le tribunal auguste où dut siéger Thémis. 0 juges des Calas, vous lui fûtes soumis! Ses clameurs poursuivaient Abeilard sous la haire, L'Hospilal au conseil, Fénélon dans la chaire, Turenne et Luxembourg sous les tentes de Mars ; Denain même la vit sur les pas de Villars; Et Catinat, couvert des lauriers de Marsailles, Au lever de Louis la trouva dans Versailles. Les Cévennes longtemps ont redouté sa voix : Elle guidait Bâ ville; elle inspirait Louvois. N'est-ce pas elle encor qui , dans Athène ingrate , Exilait Aristide , empoisonnait Socrate ? Qui dans Rome opprimée égorgeait Cicéron , Ouvrait les flancs glacés du maître de Néron? Elle espéra flétrir de son poison livide La palme de Virgile et le myrte d'Ovide. Si l'arrêt d'un tyran fait massacrer Lucain , Chez un peuple asservi chantre républicain ; Du vulgaire envieux si la haine frivole A l'Homère toscan ferme le Capitole ; Si je vois du théâtre et l'amour et l'orgueil, Molière, admis à peine aux honneurs du cercueil , Milton vivant proscrit, mourant sans renommée, Et la muse du Tage à Lisbonne opprimée, Helvétius contraint d'abjurer ses écrits-; Le Pindare français , loin des murs de Paris Fuyant avec la gloire , et cherchant un asile ; Les cités se fermant devant l'auteur d'Emile : Sur l'éternel fléau de leurs jours malheureux, J'interroge en pleurant ces mortels généreux : Leurs mânes irrités nomment la Calomnie.

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