CNÉIUS A PISON
Ah! parmi ces flatteurs, émules d'infamie, Une tête innocente est bientôt ennemie.
Quand sous le crime heureux tout languit abattu , Malheur aux citoyens coupables de vertu, Et dont la gloire offense, à Rome ou dans l'armée» Tibère impatient de toute renommée.
Les délateurs, vendant leur voix et leurs écrits, Viennent dans son palais marchander les proscrits; Lui seul des tribunaux fait pencher la balance; Le sénat le contemple, et décrète en silence; Les regards sont muets, les lois n'osent parler ; Tibère à ses genoux voit l'univers trembler; Et subissant lui-même un tyrannique empire , Éprouve, en l'ordonnant, la frayeur qu'il inspire. En ses yeux, qui toujours commandent les forfaits , Son ministre devine et prévient les arrêts; Et le ciel à la fois fait naître, en sa colère, Tibère pour Séjan , et Séjan pour Tibère. S'ils n'eussent divisé Germanicus et vous, Peut-être un jour plus pur luirait encor sur nous. Le peuple est fatigué du pouvoir despotique : Naguère, il m'en souvient, le nom de république A, jusque dans sa cour, effrayé l'oppresseur, Quand , des derniers Romains et la veuve et la sœur, La nièce de Caton, celle illustre Junie, A leurs mânes sanglants fut enfin réunie, Devant l'urne funèbre on portait ses aïeux : Entre tous les héros qui, présents à nos yeux, Provoquaient la douleur et la reconnaissance , lirulus et Cassius brillaient par leur absence. Que dis-je? le tyran ne peut dormir en paix. Quand la nuit sur nos murs étend son voile épais, Des regrets importuns fatiguent son oreille, Des Romains opprimés la douleur se réveille; Et leurs cris menaçants, par Tibère entendus, Vont lui porter ces mots : Rends-nous Germanicus. CHÉNIER. TLbCret act. 1er, se. Ira.
DIALOGUES