RÉVEIL D'UN CAMP
Épuisé par les travaux de la journée , je n'avais, durant la nuit, que quelques heures pour délasser mes membres fatigués. Souvent il m'arrivait, pendant ce court repos , d'oublier ma nouvelle fortune: lorsqu'aux premières blancheurs de l'aubet , les trompettes du camp venaient à sonner l'air de Diane , j'étais étonné d'ouvrir les yeux au milieu des bois. Il y avait pourtant un charme à ce réveil du guerrier échappé aux périls de la nuit. Je n'ai jamais entendu, sans une certaine joie belliqueuse , la fanfare du clairon , répétée par l'écho des rochers , et les premiers hennissements des chevaux qui saluaient l'aurore. J'aimais à voir le camp plongé dans le sommeil , les tentes encore fermées, d'où sortaient quelques soldats à moitié vêtus , le centurion qui se promenait devant les faisceaux d'armes en balançant son cep de vigne , la sentinelle immobile qui , pour résister au sommeil, tenait un doigt levé dans l'attitude du silence , le cavalier qui traversait le fleuve coloré des feux du matin , le victimaire qui puisait l'eau du sacrifice , et souvent un berger appuyé sur sa houlette, qui regardait boire son troupeau.
le même. Les Martyrs.