‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 65 sur 649 · LE GRAND GÉNÉRAL ET SON ARMÉE, AU MOMENT D'UNE BATAILLE · texte numérisé non relu

LE GRAND GÉNÉRAL ET SON ARMÉE, AU MOMENT D'UNE BATAILLE

Quel moment qu'une bataille , pour un homme v,el que Catinat , déjà familiarisé avec l'art de vaincre , et capable de la considérer en philosophe , en même temps qu'il la dirigeait en guerrier! Quel spectacle que cette foule d'hommes rassemblés de toutes parts, qui tous semblent n'avoir alors d'autre âme que celle que leur donne le général; qui , agrandis les uns par les autres,

l Vidi et crudeles dantcm Salmonea pœnas, Dum flammas Jovis et sonitus imitatur Olyti

élevés au-dessuc d'eux-mêmes , vont exécuter des prodiges dont peut-être chacun d'eux, abandonné à ses propres forces , n'eût jamais conçu l'idée ! Ah! la multitude est dans la main du grand homme ; on n'en fait rien qu'en la transformant, pour ainsi dire , qu'en faisant passer en elle un instinct qui la domine , et qu'elle n'est pas maîtresse de repousser. Alors le péril , la mort , la crainte , les petits intérêts , les passions viles s'éloignent et disparaissent; le cri de l'honneur, plus fort, plus imposant, plus retentissant que le bruit des instruments militaires et que le fracas des foudres, fait naître dans tous les esprits un même enthousiasme; le général le meut, le dirige , l'anime , et ne le ressent pas ; seul , il n'en a pas besoin. La pensée du salut de tous le remplit sans l'agiter : elle occupe toutes les forces de sa raison recueillies. Tout ce qui se fait de grand lui appartient, et lui-même est au-dessus de cette grandeur. Son œil, toujours attaché sur la victoire , la suit dans tous les mouvements qui semblent l'éloigner ou la rapprocher ; il la fixe , l'enchaîne enfin, et, voyant alors tout le sang qu'elle a coûté , il se détourne du carnage , et se console en regardant la patrie.

la iiarpk. Éloge de Catinat.

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