‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 66 sur 649 · MÊME SUJET SOUS UN AUTRE POINT DE VUE · texte numérisé non relu

MÊME SUJET SOUS UN AUTRE POINT DE VUE

S'il y a une occasion au monde où l'âme pleine d'elle-même soit en danger d'oublier son Dieu , c'est dans ces postes éclatants où un homme, par la sagesse de sa conduite , par la grandeur de son courage , par la force de son bras , et par le nombre de ses soldats , devient comme le Dieu des autres hommes, et, rempli de gloire en luimême , remplit tout le reste du monde d'amour, d'admiration ou de frayeur. Les dehors mêmes de la guerre , le son des instruments , l'éclat des armes , l'ordre des troupes , le silence des soldats, l'ardeur de la mêlée , le commencement, le progrès et la consommation de la victoire , les cris différents des vaincus et des vainqueurs, attaquent l'âme par tant d'endroits , qu'enlevée à tout ce qu'elle a de sagesse et de modération, elle ne connaît ni Dieu, ni elle-même. C'est alors que les impies Salmonées *, osent imiter le tonnerre de Dieu , et répondre par les foudres de la terre aux foudres du ciel : c'est alors que les sacrilèges Antiochus n'adorent que leurs bras et leur cœur, et que les insolents Pharaons , enflés de leur puissance , s'écrient : « C'est moi qui me suis fait moi-même! » Mais aussi la religion et

Démens! qui nimbos et non imitabile Culmcn, /Ere et coruincdum pulsu simulârat cquorum.

Virc. /Evita. ■ '. « 5»? (N E./

l'humanité ne paraissent-elles jamais plus majestueuses que lorsque dans ce point de gloire et de grandeur, elles retiennent le cœur de l'homme dans la soumission ctla dépendance où la créature doit être à l'égard de son Dieu.

hascarON. Oraison funèbre de M. de Turenne.

vniÈHE nu soin a bord d'un vaisseau.

I globe du soleil , dont nos yeux pouvaient alors soutenir l'éclat, prêta se plonger dans les vagues élincelantes, apparaissait entre les cordages du vaisseau , et versait encore le jour dans des espaces sans bornes. On eût dit , par le balancement de la poupe, que l'astre radieux changeait à chaque instant d'horizon. Les mâts, les haubans, les vergues du navire étaient couverts d'une teinte de rose. Quelques nuages erraient sans ordre dans l'orient, où la lune montait avec lenteur. Le reste du ciel était pur; et, à l'horizon du nord , formant un glorieux triangle avec l'astre du jour et celui de la nuit, une trombe chargée des couleurs du prisme s'élevait de la mer comme une colonne de cristal supportant la voûte du ciel.

II eût été bien à plaindre celui qui , dans ce beau spectacle, n'eût pas reconnu la beauté de Dieu ! Des larmes coulèrent, malgré moi, de mes paupières lorsque tous mes compagnons , étant leurs chapeaux goudronnés, vinrent à entonner, d'une voix rauque , leur simple cantique à Notre-Damede-Bon-Secours, patronne des mariniers. Qu'elle était touchante la prière de ces hommes qui, sur une planche fragile , au milieu de l'Océan , contemplaient un soleil couchant sur les flots ! Comme elle allait à l'âme cette invocation du pauvre matelot à la mère de douleur! Cette humiliation devant celui qui envoie les orages et le calme ; cette conscience de notre petitesse à la vue de l'infini; ces chants s'étendant au loin sur les vagues; les monstres marins, étonnés de ces accents inconnus, se précipitant au fond de leurs gouffres ; la nuit s'approchant avec ses embûches ; la merveille de notre vaisseau au milieu de tant de merveilles ; un équipage religieux , saisi d'admiration et de crainte; un prêtre auguste en prière : Dieu penché sur l'abîme, d'une main retenant le soleil aux portes de l'occident, de l'autre élevant la lune à l'horizon opposé , et prêtant, à travers l'immensité, une oreille attentive à la faible voix de sa créature : voilà ce que l'on ne saurait peindre et ce que tout le cœur de l'homme suffit à peine pour sentir *.

chateaubriand. Génie du Christianisme.

Voyez te meme sujet, :

LES INVALIDES AU Plr.D DES ALTEI.d.

Qui de nous n'a pas vu quelquefois ces vieux soldats qui, à toutes les heures du jour, sont prosternés ci et là sur les marbres du temple élevé au milieu de leur auguste retraite? Leurs cheveux, que le temps a blanchis, leur front, que la guerre a cicatrisé , ce tremblement , que l'âge seul a pu leur imprimer, tout en eux inspire d'abord le respect : mais de quel sentiment n'eston pas ému lorsqu'on les voit soulever et joindre avec effort leurs mains défaillantes, pour invoquei le Dieu de l'univers et celui de leur cœur et d- Ieur pensée ; lorsqu'on leur voit oublier, dans cette touchante dévotion , et leurs douleurs pré sentes et leurs peines passées ; lorsqu'on les voii se lever avec un visage serein, cl emporter dans leuràme un sentiment de tranquillité et d'espérance ! Ah ! ne les plaignez point dans cet instant, vous qui ne jugez du bonheur que par les joies du monde! Leurs traits sont abattus, leur corps chancelle , et la mort observe leurs pas ; mais celte fin inévitable, dont la seule image vous effraye , ils la voient venir sans alarmes : ils se sont approchés par le sentiment de celui qui est bon, de celui qui peut tout, de celui qu'on n'a jamais aimé sans consolation. Venez contempler ce spectacle , vous qui méprisez les opinions religieuses, et qui vous dites supérieurs en lumières; venez , et voyez vous-mêmes ce que peut valoir, pour le bonheur, votre prétendue science. Ah ! changez donc le sort des hommes, el donnez-leur à tous, si vous le pouvez, quelque part aux délices de la terre , ou respectez un sentiment qui leur sert à repousser les injures de la fortune; el, puisque la politique des lyrans n'a jamais essayé de le détruire , puisque leur pouvoir ne serait pas assez grand pour réussir dans cette farouche entreprise , vous que la nature a mieux doués, ne soyez ni plus durs, ni plus terribles qu'eux; ou si, par une impitoyable doctrine, vous vouliez enlever aux vieillards, aux malades et aux indigents la seule idée de bonheur à laquelle ils peuvent se prendre , parcourez aussi ces prisons et ces souterrains , où des malheureux se débattent dans leurs fers , et ferm jz de vos propres mains la seule ouverture qui laisse arriver jusqu'à eux quelques rayons de lumière.

nf.crer. Importance des opinions retlgfeuret

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