‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 70 sur 649 · LA VALLÉE DE TEMPE · texte numérisé non relu

LA VALLÉE DE TEMPE

Après avoir passé l'embouchure du Titarésius, dont les eaux sont moins pures que celles du Pénée , nous arrivâmes à Gonnus , distante de Larisse d'environ cent soixante stades. C'est là que commence la vallée, et que le fleuve est resserré entre le mont Ossa qui se trouve à sa droite, et le mont Olympe qui est à sa gauche , et don» la hauteur est d'un peu plus de dix stades 4.

La vallée s'étend du sud-ouest au nord-ouesl ;

» Voyez Narrations ou Descriptions en vers.

2 Dans l'Amérique septentrionale, au Canada.

3 11 y a probablement ici «ne erreur dans M. de Chateaubriand, qui aura écrit carcajoux pour kinkajoux. Le earcajou, ou blaireau du Labrador, ressemble tout à lait à notre blaireau, et par conséquent ne peut s'attacher par la queue

aux branches des arbres, tandis que le klnkajou, qui se rapproche beaucoup du singe, peut le faire trcs-aiséuient L'erreur de M. de chateaubriand est d'autant plus excusable qu'elle lui est commune avec d'autres écrivains. (N E) 4 Le stade, d'après le calcul de l'aubé liarlhébn:- 94 toises 1/2. (N.E )

sa longueur est de quarante siades, sa plus grande | largeur d'environ deux stades et demi ; mais- cette largeur diminue quelquefois au point qu'elle ne paraît être que de cent pieds.

Les montagnes sont couvertes de peupliers, de platanes, de frênes d'une beauté surprenante. De leur pied jaillissent des sources d'une eau pure comme le cristal ; et, des intervalles qui séparent leurs sommets , s'échappe un air frais que l'on respire avec une volupté secrète. Le fleuve présente presque partout un canal tranquille; et, dans certains endroits, il embrasse de petites îles , dont il éternise la verdure. Des grottes percées dans les flancs des montagnes , des pièces de gazon placées aux deux côtés du fleuve, semblent être l'asile du repos et du plaisir. Ce qui nous étonnait le plus , était une certaine intelligence dans la distribution des ornements qui parent ces retraites. Ailleurs, c'est l'art qui s efforce d'imiter la nature ; ici on dirait que la nature veut imiter l'art. Les lauriers , et différentes sortes d'arbrisseaux , forment d'euxmêmes des berceaux et des bosquets , et font un beau contraste avec des bouquets de bois placés au pied de l'Olympe. Les rockers sont tapissés d'une espèce de lierre , et les arbres , ornés de plantes qui serpentent autour de leur tronc, s'entrelacent dans leurs branches, et tombent en festons et en guirlandes. Enfin, tout présente en ces beaux lieux la décoration la plus riante. De tous côtés l'œil semble respirer la fraîcheur , et l'àme recevoir un nouvel esprit de vie.

Les Grecs ont des sensations si vives, ils habitent un climat si chaud , qu'on ne doit pas être surpris des émotions qu'ils éprouvent à l'aspect, et même au souvenir de cette charmante vallée. Au tableau que je viens d'en ébaucher , il faut ajouter que dans le printemps elle est tout entaillée de fleurs , et qu'un nombre infini d'oiseaux y font entendre des chants que la solitude et la saison semblent rendre plus mélodieux et plus tendres.

Cependant noussuivions lentement le cours du Pénée, et mes regards, quoique distraits par une foule d'objets délicieux, revenaient toujours sur ce fleuve. Tantôt je voyais ses flots étineeler à travers le feuillage dont ses bords sont ombragés ; tantôt, m 'approchant du rivage, je contemplais le cours paisible de ses ondes qui semblaient &e soutenir mutuellement, et remplissaient leur carrière sans tumulte et sans effort. Je disais à Amyntor * : Telle est l'image d'une âme pure et tranquille ; ses vertus naissentles unes des autres,

i Ce récit est mis dans la huuclie du jeune Anacliarsis Amyulor est un Tucssalien qui lui evail donne i'UojiHUUilû Ut nui l'aceomi>a?uail d*iw son voyage [R.E.)

elles agissent toutes de concert et sans bruit. L'ombre étrangère du vice les fait seule éclater par son opposition. Amyntor me répondit : Je vais vous montrer l'image de l'ambition , et les funestes effets qu'elle produit.

Alors, il me conduisit dans une des gorgas du mont Ossa, où l'on prétend que se donna le combat des Titans contre les dieux. C'est là qu'un torrent impétueux se précipite sur un lit de rochers qu'il ébranle parla violence de ses chutes. Nous parvînmes en un endroit où ses vagues, fortement comprimées, cherchaient à forcer un passage: elles se heurtaient, se soulevaient, et tombaient en mugissant dans un gouffre d'où elles s'élançaient avec une nouvelle fureur pour se briser les unes contre les autres dans les airs.

Mon âme était occupée de ce spectacle, lorsque je levai lesyeux autour de moi ; je me trouvai resserré entre deux montagnes noires, arides, et sillonnées dans toute leur hauteur par des abîmes profonds. Près de leurs sommets, des nuages erraient pesamment parmi les arbres funèbres, ou restaient suspendus sur leurs branches stériles. Au-dessus je vis la nature en ruine ; les montagnes écroulées étaient couvertes de leurs débris , et n'offraient que des roches menaçantes et confusément entassées. Quelle puissance a donc brisé les liens de ces masses énormes? Est-ce la fureur des aquilons? est-ce un bouleversement du globe? est-ce, en effet, la ^engeance terrible des dieux contre les Titans? je l'ignore : mais, enfin , c'est dans celte affreuse vallée que les conquérants devraient venir comlempler le tableau des ravages dont ils affligent la terre..

Barthélémy. yoyaged'Anarcharsis.

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