LA VALLÉE DE CAMPAN
Deux vallons , dont le premier descend du Tourmale, et l'autre des montagnes de la vallée d'Aure, se perdent au bourg de Sainte Marie, dans la vallée, de Campan. Chacun de ces vallons y apporte le tribut de son torrent ; et l'Adour, formé de leurs eaux confondues, après avoir baigné les riches prairies de cette vallée, rencontrant à Bagnère les plaines du Bigorres, comme charmé des contrées qu'il abandonne et de celles qu'il va parcourir, semble lutter, par ses longs circuits, contre la commune destinée des fleuves, lorsque, rencontrant le Gave à Bayonne, né à côléde lui, il s'engloutit avec lui dansles gouffres de l'Océan.
Je ne peindrai point celte belle vallée qui le voit naître, cette vallée si connue, si célébrée, si digne de l'être ; ces maisons si jolies et si propres, chacune entourée de sa prairie, accompagnée de son jardin , ombragée de sa touffe d'arbres ;
les méandres de l'Adour plus vif qu'impétueux , impatient de ses rives, mais en respectant la verdure; les molles inflexions du sol onde comme des vagues qui se balancent sous un vent doux et léger; la gaielé des troupeaux et la richesse du berger; ces bourgs opulents, formés comme (orluilemenl , là où les habitations répandues dans la vallée ont redoublé de proximité ; Bagnères, ce lieu charmant, où le plaisir a ses autels à côté de ceux d'Esculape, et veut être de moitié dans ses miracles ; séjour délicieux, placé entre les champs du Bigorre et les prairies de Campan , comme entre la richesse et le bonheur; ce cadre, enfin, digne de la magnificence du tableau ; celte fière enceinte , où la nature oppose le sauvage au champêtre : ces cavernes , ces cascades, visitées par tout ce que la France a de plus aimable et de plus illustre ; ces roches, trop verticales peutêtre , dont l'aridité contraste avec la parure de ces heureuses vallées , ce pic du Midi , suspendu 6ur leurs tranquilles retraites, comme l'épée du tyran sur la tête de Damoclès... Menaçants boulevards, qui me font trembler pour l'Elysée qu'ils renferment.