I.ES MINES ET LEURS TRAVAUX
Le règne minéral n'a rien en soi d'aimable et d'attrayant; ses richesses, renfermées dans le sein de la terre, semblent avoir été éloignées des regards de l'homme , pour ne pas tenter sa cupidité : elles sont là comme en réserve pour servir un jour de supplément aux véritables richesses . qui sont plus à sa portée , et dont il perd le goût à mesure qu'il se corrompt. Alors il faut qu'il appelle l'industrie , la peine et le travail , au secours de ses misères ; il fouille les entrailles de la terre , il va chercher dans son centre , aux risques de sa vie et aux dépens de sa santé , des biens imaginaires à la place des biens réels qu'elle lui offrait d'elle-même quand il savait en jouir. Il fuit le soleil et le jour, qu'il n'est plus digne de voir; il s'enterre tout vivant, et fait bien, ne méritant plus de vivre à la lumière du jour. Là, des carrières , des gouffres, des forges, des fourneaux, un appareil d'enclumes, de marteaux, de fumée et de feu , succèdent aux douces images des travaux champêtres. Les visages hâves des malheureux qui languissent dans les infectes vapeurs des mines, de noirs forgerons, de hideux eyelopes, sont le spectacle que l'appareil des mines substitue , au sein de la terre, à celui de la verdure et des fleurs , du ciel azuré , des bergers amoureux, et des laboureurs robustes, sur sa surface.
j.-j. rousseau. OEuvres posthumes.