‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 74 sur 649 · LES TOMBEAUX AÉRIENS · texte numérisé non relu

LES TOMBEAUX AÉRIENS

La jeune mère se leva , et chercha des yeux , dans le désert embelli par l'aurore, quelque arbre sur les branches duquel elle pût exposer son fils. Elle choisit un érable à fleurs rouges , tout festonné de guirlandes d'apios , et qui exhalait les parfums les plus suaves. D'une main elle en abaissa les rameaux inférieurs ; de l'autre elle y plaça le corps de son enfant : laissant alors échapper la branche , la branche retourna à sa position naturelle , en emportant la dépouille de l'innocence , cachée dans un feuillage odorant. Oh ! que celle coutume indienne est louchante ! Dans leurs tombeaux aériens, ces corps, pénétrés de la substance élhéréc , enfoncés dans des touffes de verdure cl de fleurs, rafraîchis parla rosée, embaumés par les brises, balancés par elle sur la même branche où le rossignol a bâti son nid et fait entendre sa plaintive mélodie , ces corps ainsi exposés ont perdu loute la laideur du sépulcre. Mais, si c'est

TaDLEAUX.

la dépouille d'une jeune fille que la main d'un amant a suspendue à l'arbre de la mort; si ce sont les restes d'un enfant cliéri qu'une mère a placés dans la demeure des petits oiseaux, le charme redouble encore. Arbre américain , qui , portant des corps dans tes rameaux , les éloigne du séjour des hommes , en les rapprochant de celui de Dieu , je me suis arrêté en extase sous ton ombre! dans ta sublime allégorie, lu me montrais l'arbre de la vertu : ses racines croissent dans la poussière de ce monde ; sa cime se perd dans les étoiles du firmament, et ses rameaux sont les seuls échelons par où l'homme, voyageur sur ce globe , puisse monter de la terre au ciel *.

chateaubriand. Génie du Christianisme.

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