‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 77 sur 649 · LE LYS ET LA ROSE · texte numérisé non relu

LE LYS ET LA ROSE

Pour me montrer le caractère d'une fleur, les botanistes me la font voir sèche , décolorée et étendue dans un herbier. Est-ce dans cet état que je reconnaîtrai un lis ? N'est-ce pas sur le bord d'un ruisseau , élevant au milieu des herbes sa lige auguste, et réfléchissant dans les eaux ses beaux calices plus blancs que l'ivoire , que j'admirerai le roi des vallées ? Sa blancheur incomparable n'est-elle pas encore plus éclatante quand elle est mouchetée , comme des gouttes de corail , par de petits scarabées , écarlates , hémisphériques, piquetés de noir, qui y cherchent presque toujours un asile? Qui est-ce qui peut reconnaître dans une rose sèche la reine des fleurs? Pour qu'elle soit à la fois un objet de l'amour et de la philosophie , il faut la voir, lorsque, sortant des fentes d'un rocher humide , elle brille sur sa propre verdure , que le zéphyr la balance sur sa tige hérissée d'épines, que l'aurore l'a couverte de pleurs , et qu'elle appelle par son éclat et par ses parfums la main des amants. Quelquefois une canlharide , nichée dans sa corolle , en relève le carmin par son vert d'émeraude : c'est alors que celte fleur semble nous dire que , symbole du plaisir par ses charmes et par sa rapidité, elle porte comme lui le danger autour d'elle , et le repentir dans son sein.

BERNARBTN DR S4INT-PIERUE. Études delà

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