‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 79 sur 649 · LES OISEAUX ET LES POISSONS · texte numérisé non relu

LES OISEAUX ET LES POISSONS

Jusque dans les derniers détails , l'économie tout entière des poissons contraste avec celle des oiseaux. L'être aérien découvre nettement un horizon immense ; son ouïe subtile apprécie tous les sons, toutes les intonations ; sa voix les reproduit : si son bec est dur , si son corps a dû être enveloppé d'un duvet qui le préservât du froid des hautes régions qu'il visite , il retrouve dans ses pattes toute la perfection du loucher le plus délicat. 11 jouit de toutes les douceurs de l'amour conjugal et paternel; il en remplit les devoirs avec courage : les époux se défendent , défendent leur progéniture. Un art surprenant préside à la construction de leur demeure; quand le temps est venu, ils y travaillent ensemble et sans relâche : pendant que la mère couve ses œufs avec une constance si admirable, le père, d'amant passionné devenu tendre époux , charme par ses chants les ennuis de sa compagne. Dans l'esclavage même, l'oiseau s'attache à son maître; il se soumet à lui et exécute, sous ses ordres, les actes les plus adroits, les plus délicats : il chasse pour lui comme un chien , il revient â sa voix du plus haut des airs ; il imite jusqu'à son langage, et ce n'esi qu'avec peine que l'on se décide à lui refuser une espèce de raison.

L'habitant des eaux, au contraire, ne s'attache point, n'a point de langage , point d'affection ; il ne sait ce que c'est que d'être époux, et père , ni que de se préparer un abri : dans le danger, il se cache sous les rochers de la mer, ou se précipite dans la profondeur des eaux ; sa vie est silencieuse et monotone ; sa voracité seule l'occupe, et ce n'est que par elle qu'on peut lui enseignei à diriger ses mouvements par des signes venus du dehors. Et cependant ces êtres, à qui il a été ménagé si peu de jouissances , ont été ornés par

Voyez, 2c liait., I: Papillon-

la nature de tous les genres de beauté : variété dans les formes , élégance dans les proportions , diversité et vivacité de couleurs, rien ne leur manque pour attirer l'attention de l'homme , et il semble que ce soit cette attention qu'en effet la nature ait eu le dessein d'exciter : l'éclat de tous les métaux, de toutes les pierres précieuses dont ils resplendissent , les couleurs de l'iris qui se brisent , se reflètent en bandes , en taches , en lignes onduleuses, anguleuses, et toujours régulières , symétriques , toujours de nuances admirablement assorties ou contrastées, pour qui auraient-ils reçu tous ces dons, eux qui ne peuvent au plus que s'entrevoir *lan<3 ces profondeurs où la lumière a peine à pénétrer; et, quand ils se verraient, quel genre de plaisir pourraient réveiller en eux de pareils rapports?

cuvier. Histoire des poissons , llv. n,ch. 1er.

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