L'AURORE ET LE LEVER DU SOLEIL
Quel spectacle pour un amant de la simple nature ! Assis sur la pointe des rochers , je vois sous mes pieds une infinité de petites sojiqui se forment au gré du caprice des ruisseaux ; je vois tomber avec bruit leurs ondes du haut de la montagne ; et , se brisant dans leur chute , ils vont promener sur la plaine leurs erreurs et leur inconstance. Je crois être le dieu de la source qui bouillonne à mes côtés ; ce siège, revêtu de mousse , semble être le trône où la nature m'a permis de monter : elle veut sans doute que je règne sur ces lieux où elle triomphe elle-même. Quelle fraîcheur dans l'air! quelle odeur charmante dans les herbes qui s'élèvent autour de moi, et qui semblent percer le sein aride des rochers, pour les couronner ensuite de leurs feuilles ! Le jour commence à se mêler avec les ombres de la nuit ; mais l'ombre s'élève insensiblement : on dirait que le voile qui couvrait la nature commence à se replier. Déjà toute une partie du ciel s'éclaire : les astres qui y sont attachés pâlissent et semblent se reculer à l'approche du jour, tandis que, du côté du couchant, la nuit étend encore sous les voûles des cieux un voile semé de saphirs ; les étoiles brillantes qui l'éclairent semblent ranimer tout leur feu pour s'opposer au lever de l'aurore; mais leurs efforts sont vains: tout l'orient se pare des plus riches couleurs : la nature annonce son réveil à la terre par la voix de tous les animaux : un vent paisible frémit doucement entre les feuilles des arbres; et déjà, des cabanes voisines, je vois sortir des torrents de fumée, qui annoncent la fuite du repos et le règne du travail. L'étoile de Vénus dispute seule encore à l'aurore l'empire du matin ; mais, contente d'avoir combattu un moment, elle prévient sa défaite par une fuite lente, qui laisse la victoire indécise. Le triomphe de l'aurore est rapide. Image naturelle du plaisir, rien n'est si brillant que son approche, rien n'est si court que sa diirc's ! Un l'eu plus vif efface les couleurs tendres dont elle s'était parée : le roi des astres semble
s'élever en ligne droite du sein de la terre, et ses premiers rayons montent en colonnes vers le ciel : la tête des montagnes les plus reculées laisse, déjà voir la moitié de son globe, qui paraît être composé d'une lumière tremblante et bleuâtre dans sa circonférence, mais d'un rouge pâle dans son centre. L'astre monte et commence à former dans sa marche une ligne courbe : son globe se rétrécit, sa lumière s'épure, et ses rayons, plus prompts et plus ardents, vont bientôt sécher, par une chaleur modérée, et l'humidité de la terre et les présents de l'aurore : les vapeurs douces qu'ils enlèvent forment en l'air les nuages légers qui, portés sur l'aile de l'inconstance et des zéphyrs, ne laissent pas de former des contrastes réguliers dans le vaste tableau des cieux. Quels objets! Est-il possible que je sois peut-être le sçul en ce moment qui s'en occupe ! Que faut-il donc pour piquer la curiosité des hommes * ?