‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 92 sur 649 · LES ALLUMONS · texte numérisé non relu

LES ALLUMONS

Des eaux qui tombent sur les crêtes cl les sommets des montagnes, ou les vapeurs qui s'y con-

DESCRIPTIONS

densent, ou les neiges qui s'y liquéfient, descendent par une infinité de filets le long de leurs pentes ; elles en enlèvent quelques parcelles , et y marquent leur passage par des sillons légers. Bientôt ces filets se réunissent dans les creux plus marqués dont la surface des montagnes est labourée ; ils s'écoulent par les vallées profondes qui en entament le pied, et vont former ainsi les rivières et les fleuves , qui reportent à la mer les eaux que la mer avait données à l'atmosphère. A la fonte des neiges , ou lorsqu'il survient un orage, le volume de ces eaux des montagnes, subitement augmenté , se précipite avec une vitesse proportionnée aux penles; elles vont heurter avec violence le pied de ces croupes de débris qui couvrent les flancs de toutes les hautes vallées : elles entraînent avec elle les fragments déjà arrondis qui les composent ; elles les émoussent , les polissent encore par le frottement ; mais à mesure qu'elles arrivent à des vallées plus unies, où leur chute diminue , ou dans des bassins plus larges , où il leur est permis de s'épandre , elles jettent sur la plage les plus grosses de ces pierres qu'elles roulaient; les débris plus petits sont déposés plus bas, et il n'arrive guère au grand canal de la rivière que les parcelles les plus menues , ou le limon le plus imperceptible. Souvent même le cours de ces eaux, avant de former le grand fleuve inférieur, est obligé de traverser un lac vaste et profond, où leur limon se dépose , et d'où elles ressortent limpides. Mais les fleuves inférieurs , et tous les ruisseaux qui naissent des montagnes plus basses, ou des collines , produisent aussi , dans les terl'ains qu'ils parcourent , des effets plus ou moins analogues à ceux des torrents des hautes montagnes. Lorsqu'ils sont gonflés par de grandes pluies , ils attaquent le pied des collines terreuses ou sableuses qu'ils rencontrent dans leurs cours, et en portent les débris sur les terrains bas qu'ils inondent , et que chaque inondation élève d'une quantité quelconque ; enfin , lorsque les fleuves arrivent aux grands lacs ou à la mer, et que cette rapidité, qui entraîne les parcelles de limon, vient à cesser tout à fait , ces parcelles se déposent aux côtés de l'embouchure; elles finissent par y former des terrains qui prolongent la côte; et si cette côte est telle que la mer y jette de son côté du sable, et contribue à cet accroissement, il se crée ainsi des provinces, des royaumes entiers, ordinairement les plus fertiles , et bientôt les plus riches du monde, si les gouvernements laissent l'industrie s'y exercer en paix.

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