‹ Leçons orales de clinique chirurgicaleChapitre 60 sur 84 · ABCÈS DE L'AISSELLE · texte numérisé non relu

ABCÈS DE L'AISSELLE

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les muscles grand dorsal, trapèze, rhomboïde et grand dentelé, pour remonter derrière l’omoplate. Certains sujets ne présentent qu’une de ces particularités, tandis que d’autres les présentent presque toutes. J’ai vu un homme qui portait entre le rachis et le bord postérieur de l’épaule un premier foyer de pus, puis un second dans la fosse sus-claviculaire, et un troisième au-devant de la poitrine. Ces trois abcès communiquaient tous avec le dépôt primitif qui était dans l’aisselle. Chez un autre individu, il existait à la base de l’aisselle une fluctuation bien évidente, qu’on retrouvait à la partie inférieure du cou, immédiatement au-dessus de l’épaule. Il y avait un troisième foyer en avant; le flot du liquide repoussé de l’un se faisait aisément ressentir dans les deux autres; ils furent vidés tous les trois à l’aide d’une seule ouverture. En 1851, je vis à l’hôpital de la Pitié un jeune garçon qui avait sur la dépression scapulo- thoracique antérieure un abcès qui fut ouvert le lendemain : un orifice étroit et intermusculaire le faisait communiquer avec un second abcès situé entre le petit pectoral, la poitrine et le grand dentelé; une incision par le creux de l’aisselie le vida tout entier. A l’hospice de Perfectionnement, en 1828, il mourut une jeune fille qui avait sur la fosse sus-épineuse et derrière l’épaule deux abcès dont le foyer axillaire était incontestablement le point de départ, et qui communiquait avec lui par l’intervalle que laissaient entre eux le bord supérieur du grand dentelé, l’angulaire de l’omoplate, le rhomboïde et le trapèze. Du côté de la poitrine, ces dangereux dépôts peuvent aussi prendre plusieurs directions. Chez une vieille femme, le pus s’était porté de l’aisselle dans le haut du médiastin antérieur pour descendre le long de la face postérieure du sternum, et se faire jour au dehors, entre la cinquième et la sixième côte. Le jeune jardinier dont je vous ai parlé plus haut eut d’abord un abcès dans le sommet de l’aisselle, passantau-dessusdu petit pectoral; cet abcès vint en produire un autre au-dessus de la clavicule. Après une longue suppuration, le malade fut pris de tous les symptômes d’un épanchement dans le sommet de la cavité thoracique correspondante. Le pus avait disséqué la plaie dans son quart supérieur, et il était facile d’en suivre la traînée jusqu’au foyer axillaire. J’ai vu aussi deux fois les grands abcès de l’aisselle amener un épanchement pleurétique mortel par simple transmission médiate.

Rien n’est plus commun, Messieurs, que les conséquences les plus fâcheuses des abcès de l’aisselle, et cependant les auteurs gardent généralement le silence à cet égard. La mort en est souvent le résultat. Dans quelques recueils scientifiques, on en

i trouve néanmoins quelques exemples assez clairement exprimés. Le fils du célèbre J.-L. Petit a succombé à un pareil abcès. Fabrice de Hilden dit positivement qu’un enfant de dix-huit mois, pris d’un abcès à l’aisselle, mourut des suites de cet abcès qui avait décollé la plèvre des côtés et attaqué le poumon. La maladie avait commencéà l’âge de deux mois. On trouve encore quelques exemples de ces terminaisons des abcès de l’aisselle dans Ravaton, Delamotte, etc., etc.

Vous voyez, Messieurs, combien il importe de ne pas confondre les abcès des deux premières espèces avec ceux de la troisième, tant le danger est différent. Ce danger, du reste, est très-facile à concevoir, quand on se rappelle l’arrangement anatomique des parties; l’explication en est en quelque sorte mathématique.

Les auteurs ont émis des opinions très-diverses à l’occasion du traitement des abcès de l’aisselle. Il y a des chirurgiens qui recommandent de ne les ouvrir que le plus tard possible; tel est Sabatier, par exemple. Delamotte, au contraire, veut qu’on les ouvre de très-bonne heure. Le premier a raison, s’il ne s’agit que des abcès des ganglions; le second aussi, quand il est question des abcès de l’excavation axillaire. Quant à moi, je soutiens qu’à l’exception des abcès ganglionnaires, il faut ouvrir de très-bonne heure les abcès phlegmoneux de l’aisselle. Si on tient une conduite contraire, on s’expose à de grands inconvénients : dans le cas d’abcès superficiels, on prolonge inutilement les souffrances du malade, et on permet à la suppuration de s’étendre; on laisse s’opérer un décollement et un amincissement de la peau tels, qu’il en résulte souvent des fistules très di fficiles à cicatriser. Quand il s’agit d’abcès de la deuxième espèce, on s’expose à voir s’établir des fusées dangereuses; les abcès peuvent devenir profonds, et décoller au loin les téguments. Enfin il y a danger imminent à reculer l’ouverture des abcès de la troisième espèce, car ils ont une grande tendance à se porter au dedans et à s’étendre dans une foule de directions. Temporiser dans ces cas est une grande imprudence. Si on a ouvert ces abcès avant qu’ils ne soient parfaitement mûrs, cela a peu d’inconvénients, et peutêtre, comme je vous l’ai déjà dit plusieurs fois, il y a des avantages. L’engorgement inflammatoire se résout plus vite. D’ailleurs il est bon de savoir que, dans ces abcès de l’excavation axillaire, la fluctuation ne se fait sentir que très-tard, à cause de la profondeur et de la souplesse des tissus qui les supportent. A l’hôpital de la Pitié, en 1832, un fort de la Halle avait une douleur très-vive et une tuméfaction considérable dans l’aisselle; il y avait une fièvre très forte, tous les signes enfin d’un vaste

ARTICLE TRENTE-DEUXIÈME

abcès dans l’aisselle; mais on ne sentait point la j fluctuation, et il n’y avait aucun changement de 1 couleur à la peau. J’enfonçai un bistouri à plus de trois pouces de profondeur avant d’arriver au foyer qui contenait plus d’un verre de pus. En ouvrant ces abcès, il faut suivre le précepte de Delamotte, qui recommande de faire une large ouverture, car une petite incision ne permettant souvent pas à l’abcès de se vider complètement, le pus ne s’en creuse pas moins d’autres voies, amincit la peau, et stagne au fond du foyer. Lorsqu’on ouvre largement le foyer au contraire, il se vide sans obstacle, et se ferme ensuite du fond vers la peau avec une rapidité qui surprend. Je ne retire que des avantages de cette conduite, et c’est celle que je vous engage à suivre. Il faut sans doute aller avec prudence quand on porte l’instrument tranchant profondément dans une région où il existe tant de vaisseaux et de nerfs importants. Il suffit d’ailleurs,

pour se mettre à l’abri de tout danger, de porter le bistouri, tenu comme une plume à écrire, le dos tourné vers la face interne du bras, de manière que sa pointe soit dirigée en haut et en dedans, comme pour tomber sur la partie supérieure de la paroi thoracique; de cette manière, on peut inciser largement les abcès de l’aisselle sans crainte de blesser autre chose que les ganglions lymphatiques, les artères thoraciques externes ou postérieures, le nerf qui vient se perdre dans le muscle grand dentelé et les filets du plexus brachial.

Lorsqu’on a ouvert les abcès de l’aisselle, il est inutile, s’il est un peu vaste, d’employer la pression pour en faire sortir le pus; il vaut mieux abandonner le foyer à la propre rétractilité de ses parois. Si en effet on exerce une forte pression dessus, l’air s’y introduit ensuite en quantité plus ou moins considérable, altère, vicie le pus qu’il contient, et peut amener des accidents fâcheux.

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