LA TOURAINE
d'autres, des lions de forme héraldique, des palmettes (Notre-Dame d'Esquay-sur-Saulles, Calvados; Nesle, Somme). Au musée de Caen est conservée une pierre où est sculpté un homme tuant un porc, scène qui deviendra la représentation du mois de décembre. — Mêmes exemples à Auxerre, Saint-Sauveur de Langeais, métopes de la tour de Saint-Porchaire à Poitiers, etc.
D'où venait l'inspiration de ces petites frises et de ces morceaux de sculptures disséminés sur les façades d'églises et dans les murs des clochers? Cela venait de l'habitude qu'on avait, aux temps mérovingiens, d'insérer dans les murs des basiliques, des bas-reliefs en terre cuite. C'était de la décoration à bon marché, à une époque où on ne savait plus ou pas encore sculpter la pierre.
Un bas-relief de la Basse-Œuvre de Beauvais, du xi* siècle ou antérieur au xi" siècle se rattache à ce système de décoration par des carreaux de terre cuite (V. Woillez, Archéologie des monuments religieux du Beauvaisisj.
Dans cette série de terres cuites, on trouve des représentations d'Adam et d'Eve (Musée de Saint-Germain, d'Angers, de Nantes). — Au revers de carreaux du vi** siècle représentant des scènes de chasse, on trouve le Chrisme; ce sont donc bien des pièces chrétiennes.
Au musée du Louvre, provenant de Tunisie, un sacrifice d'Abraham avec inscription. Tout cela servait à la décoration architectonique.
(Sur les carreaux en terre cuite de Carthage, cerfs, lions, etc. Cf. de. la Blanchère, I^erue archéologique, 1888) — à rapprocher de la série des lampes en terre cuite.
A Tracy-le-Val, un carreau mérovingien représentant Adam et Eve a été traduit en pierre.
On voit à'I'église de Selles-sur-Cher comme laboutissement de toute cette série mérovingienne et carolingienne, développée par l'induence latine (Bulletin archéologique, 1885, pi. VIII, p. 327).
DIXIÈME LEÇON 22 Janvier 1893
LA BOURGOGJNE
Mesdames, Messieurs,
La Bourgogne est une des provinces de France les plus riches en monuments de toutes les époques. Parmi ceux du xi*^ siècle, il faut citer tout d'abord la rotonde de Saint-Bénigne de Dijon.
Trois hommes concoururent à son édification; lévêque Bruno qui fit venir des colonnes précieuses pour l'orner ; le moine Hunald qui fut chargé de la sculpture et de la décoration, et, le plus célèbre de tous, l'abbé Guillaume qui établit le plan et dirigea les travaux (Conf. Le vénérable (hiillauine^abhé de Saint-Bénigne de Dijon^ par l'abbé Chevalier, 1875).
Depuis longtemps les historiens ont remarqué combien on trouvait de noms barbares et germaniques parmi les fonctionnaires civils et parmi les dignitaires religieux à partir des temps carolingiens. On en a conclu justement que TinHuence directrice était passée aux races barbares.
Les tendances politiques et sociales qui se formaient alors et qui se développaient devaient donner naissance à la féodalité.
Ce qui s'est passé dans Tordre administratif et dans l'ordre religieux s'est passé aussi dans le domaine des choses de l'art.
L'élément barbare a pris la direction des affaires. Fortunat, dès
508 LA uouHGor.M-:
les temps mérovingiens, avait constaté Texistence de ce mouvement, quand il célébrait en vers le succès du duc Lannebode à Toulouse, réalisant ce que les Romains étaient impuissants à produire.
Le mouvement s'accentua sous les Garoling'iens et continua aux temps romans, même quand la dvnaslie auslrasienne eut disparu de la France.
Le bienheureux Guillaume, d'après Raoul Glaber, moine de Cluny, qui avait pu le connaître à Cluny même où il avait séjourné, le bienheureux Guillaume était Italien de nation et par le lieu de sa naissance. Mais il était barbare de race ; il était sorti d'une famille d'origine f/olhi(/iie ou suédoise ou Scandinave. Son aïeul s'appelait Viho. Il élail Suédois et s'établit en Italie. La mère de Guillaume s'appelait Periaza. Elle était Lombarde et Lombarde de l'ace, car elle appartenait à la plus haute aristocratie de cette nation, nous apprend Raoul Glober.
Elu abbé de Saint-Bénigne à Dijon, en UDO, Guillaume, entreprit un voyage à Rome la sixième année de son élection : un certain nombre de moines italiens le suivirent lorsqu'il rentra en France.
Dès 1001, il résolut de reconstruire l'église de Saint-Bénigne. Même désir que celui que vous avez vu exprimer à Saint-Benoîtsur-Loire. On veut élever la plus belle basilique des (iaules.
La rotonde de Saint-Bénigne de Dijon, qui date des premières années du xi^ siècle était encore intacte au wuf siècle. Elle a été gravée pour l'ouvrage de Dom Plancher, Ilisloire c/énérale et parlieu Hère de Bourgogne, t. P'', p. 479.
Suivant \'iollet-le-I)uc, le plan de cet édifice ne fut qu'une imitation de celui du Saint-Sépulcre de Jérusalem.
Le bienheureux Guillaume porta certainement avec lui en Normandie, quand il alla régénérer l'abbaye de Fécamp, certains principes de la construction lombarde qu'il avait déjà importés à Cluny et à Dijon. — Je n'ai pas de preuves à Fécamp même, mais j'en trouve à Bernay et à Jumièges.
« La Chronique de Sainl-Bénigne de Dijon, dit M. Jean \'irey\ nous donne de précieuses indications sur... la Renaissance artistique qui se produisit dans celte province, grâce aux moines instruits
1, ISurvhilevtiire Uomune dans iancien diocèse de Mùion, p. 14-15.
LA BOIRGOGNE
i*amenés d' Italie par Tabbé Guillaume clans les dernières années du x" siècle.
w En peu d'années, l'abbaye de Saint-Bénigne était devenue, sous la direction du grand abbé, un foyer de sainteté et de civilisation visité par les évêqucs d'Orient et d'Italie ; et il est permis de croire qu'il se trouva parmi les moines des architectes et des sculpteurs pour la reconstruction de l'église et du monastère entreprise en 1001 ...
L'abbé Guillaume eut sur son temps une intluence considérable; il réforma beaucoup de monastères où il porta les idées lombardes ; il travailla à se faire des disciples qui pussent le remplacer ; le plus célèbre fut Ilunald, et, après lui, Héranger, Gauzlin, qui restèrent en Normandie et y continuèrent les principes de leur maître. Celui-ci mourut en 1031.
Il ne reste plus à présent de la rotonde que l'étage inférieur qui était en sous-sol ; les deux autres furent rasés au moment de la Révolution. Tout ce qui reste n'est pas de l'abbé Guillaume. On retrouve encore des fragments de la basilique mérovingienne qui fut remaniée au iV siècle, en 871, sous Charles le Chauve. On voit dans le mur de la crypte des débris de ces étals antérieurs et, notamment, des entrelacs carolingiens très caractérisés.
L'identité du plan de la rotonde de Guillaume avec celui de la rotonde d'Almenno en Lombardie saute aux yeux au premier abord {Cf. de Dartein, Architecture lombarde, p. 3i). L'influence lombarde n'est pas douteuse.
Quelques-uns des chapiteaux, probablement antérieurs à la rotonde, sont d'une sauvagerie remarquable ; des monstres et des serpents forment leur principale décoration de caractère nordique et Scandinave, en connexion étroite avec l'art des fU)ules. On y chercherait en vain la moindre trace de corinthien.
Ce n'est pas un art de décadence antique ; c'est un art absolument dilférent et tout à fait original.
Sur d'autres chapiteaux, on remarque des enroulements, des collerettes particulières au style lombard, des palmettes, des motifs by/.anlins, et toujours l'absence d'éléments latins. Un chapiteau porte les mêmes crosses qu'un chapiteau de la Couture du Mans.
Les chapiteaux de la cage centrale de la rotonde, très irréguliers