LA TOURAINE
Mesdames, Messieurs,
En Touraine, la collégiale de Saint-Ours de Loches contient des parties du xii® siècle, et d'autres, plus nombreuses, du xi'" siècle. On voit reparaître sur les chapiteaux la tète avec des cordons dans la bouche (type de la Couture du Mans). Autour du même chapiteau, d'aspect puissant et large, une frise d'animaux tout à fait barbare. — Sur quelques autres, c'est rélément végétal qui domine; la sculpture est plate, sans relief. A mesure qu'on entre dans le xii'' siècle, le sentiment de la ronde bosse saffîrme; et, il n'y a pas à le nier, l'influence gallo-romaine corrige la rudesse de l'inspiration barbare.
L'église Saint-Mexme de Chinon est aussi du commencement du xi" siècle. On l'a même datée quelquefois du x". L'appareil est très curieux, grand, très mélangé et revêtu parfois d'un faux réticulé.
A propos de cet appareil, comparer l'appareil de Lorsch, daté du VIII'' siècle avec Gravant, Saint-Generoux, Jouarre, et avec toutes les imitations postérieures des églises de la Loire. Quand bien même on n'accepterait pas que la construction actuelle de Lorsch soit individuellement carolingienne, on est forcé de remarquer combien ce système de construction ressemble, d'une part, à celui des murs
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romains de Cologne et, d'autre part, à celui de plusieurs édilices certainement pré-romans. On est en même temps forcé de constater que les premiers temps romans sont restés fidèles à la formule des premiers temps chrétiens, formule qui venait sans interruption des latins païens.
Fronton de l'église de Vieux-Ponl-en-Auge.
Église de Gravant. — Jusqu'à présent Gravant, depuis que Gaumont l'avait découvert et publié, était regardé comme un monument carolingien. En sera-t-il ainsi longtemps encore? Je ne le crois pas.
Fronton de l'église de Saint-Jouin-de-iVfarnes.
Fronton d'Azay-le-Rideau.
Fronton de Saint-Mexme de Ghinon.
Angers, Abbaye du Ronceray. Pierres taillées en losange dans l'appareil et jointoyées de ciment rouge apparent.
Nantes. Musée archéologique : carreaux de terre cuite destinés à être insérés dans une construction. Ges carreaux ont la forme de losange. Comparez avec la construction en opus reticnlalum et avec celle de toutes les constructions d'attribution mérovingienne et carolingienne. Gravant, Saint-Generoux , Lorsch, Temple Saint- Jean.
Germigny-les-Prés (Loiret). Un texte du ix** siècle, dit A. Ramé, [Bullel. (les (rar. hfsl., 188-2, p. 187-188) et un texte du x« attestent que le célèbre Théodulphe, évêque d'Orléans et abbé de Saint-Benoist, construisit à Germigny une église qui fut regardée comme une merveille. — L'édilice actuel a conservé à l'intérieur de l'abside une des inscriptions en mosaïque consignées dans l'ancien catalogue des abbés de Fleury publié par Baluze. Lue autre inscription gravée sur un tailloir, dont l'authenticité un moment contestée est aujourd'hui admise, conserve le souvenir de la consécration de l'éditice, le 3 janvier 806. L'origine carolingienne est donc certaine.
Revenons à Saint-Mexme de (Ghinon. Des pierres sculptées, sans doute antérieures à la construction, sont çà et là incorporées à la muraille. On y voit toute espèce d'ornements : marguerites, palmettes, arbres de vie, animaux et entrelacs, comme nous en avons déjà rencontré. Beaucoup d'églises du xi- siècle sont dans le même cas. Ge fut presque un système au xi'' siècle. On ne savait pas encore
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produire et Ton voulait pourtant j;arder un souvenir de Tancienne église peut-être détruite par les Normands. Quoi qu'il en soit, on n'a rien pris aux monuments antiques encore existants.
On remarque à Saint-Mexme de Ghinon des colonnes très particulières et qui ressemblent plutôt à des halustres faits au tour; le chapiteau est sans astragale ; le fût est annelé. Cela rappelle la construction en bois. A Saint-Alban (Angleterre), Ruprich Robert (I, <)9 et suiv., lig. 6, pi. 48 et 120) a signalé des colonnes semblables dont le galbe rappelle la décoration des églises saxonnes en bois. C'est une forme essentiellement septentrionale que l'on retrouve aussi dans les églises de Norwège; elle s'est répandue de Scandinavie jusqu'en Italie, où on la constate à Capri, avec le même chapiteau qu'à Chinon.
Dans le Berry, près du Cher, à Chabris (Indre), est une petite église du xi" siècle, reconstruite sur l'emplacement d'une autre, élevée au vni^ siècle par saint Fabié. L'appareil en est assez barbare, avec des grosses pierres noyées dans du ciment. Çà et là sont disséminées, comme à Chinon, des pierres sculptées, d'époque sans doute antérieure, représentant le plus souvent des animaux. On y voit même apparaître des personnages tracés aussi grossièrement que possible, ayant auprès d'eux cet anneau enlacé que l'on retrouve à cette époque aussi bien dans la décoration architecturale que sur les objets usuels, notamment les libules (v. Fleury, Antiqni'lés de I Aisne, fig. 316».
On voit encore sur cette muraille des animaux fantastiques, des entrelacs sans régularité qui ressemblent à de l'écriture arabe. Et ces motifs se voient aussi sur beaucoup de modillons de Normandie et de francs-quartiers comme à Gassicourt. Au xn" siècle, dans le Kent, on le retrouve encore.
L'église de Chabris n'est pas un exemple isolé. A Saint-Benoît-sur- Loire, on voit des chasses barbares et aussi à Graville-Sainle-IIonorine, au Ilâvre, à Saint-IIilaire de Poitiers, à Ainay de Lyon, à l'Ile liarbe, etc. Les personnages ont les oreilles écartées en forme d'anses, comme le bonhomme de Tournus. Une des pierres sculptées porte un animal indélinissable, sorte d'insecte monstrueux; d'autres, des vaches, des éléphants, des tortues. Sur quelques-unes est gravé le basilic comme sur la cuve baptismale de Neuve-Maison (Aisne); sur