‹ Leçons professées à l'École du Louvre (1887-1896) (volume 2)Chapitre 119 sur 140 · LANGUEDOC ET PROVENCE · texte numérisé non relu

LANGUEDOC ET PROVENCE

Mesdames, Messieurs,

II ne faut pas croire que le Midi resta uniquement imprégné de l'esprit latin, quand les autres parties de la Gaule étaient soumises à l'influence barbare. Au contraire, au contact permanent avec les Visigoths et les Lombards, la Provence fut une des premières régions où l'art oriental s'infiltra. Ce n'est qu'à propos de la Provence que VioUet-le-Duc a franchement et complètement admis le principe de la pénétration byzantine.

Les preuves abondent dans le Languedoc ; à l'église de Saint- Pierre de Reddes près Bédarieux (Hérault), bandes lombardes sur l'abside avec arcatures ; Saint-Guilhelm-du-Désert ; Saint-Martin de Londres , etc..

Dans les Pyrénées-Orientales, nombreuses églises à bandes lombardes et rapports fréquents avec l'art de source grecque qui se développe dans le nord de l'Italie. A Serrabone, on voit des moulures avec entrelacs orientaux tout à fait semblables à des monuments de Lombardie ; à Elne, ce sont des colonnes torses et striées ; un chapiteau d'un caractère oriental très prononcé est formé d'une de ces corbeilles treillagées qui ont pris naissance en Lombardie, à Saint-Vital de Ravenne et aussi à la porte dorée du palais de Justinien.

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On retrouve cette même forme, en allant vers TOrient, au Musée de Boulaq et même sur des objets assyriens d'une ancienneté incalculable.

A l'abbaye de Saint-Martin de Londres (Hérault) élevée en 1082, on remarque ces chapiteaux si simples, à pans rabattus et à treillages, qui n'ont rien de la décadence romaine; les crosses celtiques y sont également représentées.

Saint-Jacques-de-Béziers a aussi des chapiteaux ornés de lianes et de palmettes qui n'ont rien de commun avec la feuille d'acanthe. Le même genre d'ornementation à Saint-Guilhelm-du-Désert (et même sur une inscription d'Ainay qui, gravée aux temps mérovingiens, a été ornée après coup, au xi® siècle). Et que d'exemples encore, à Vienne, à Tournus, à Alet, etc..

Saint-Guilhelm-du-Désert fut fondé par un capitaine de Gharlemagne, Guilhelm d'Aquitaine, en 806, sous le nom d'abbaye de Gellone (.\cte de fondation, BoUandistes, Acfa sanctoriim, t. VI Anvers). Le changement du nom de Gellone en celui de Saint- Guilhelm, en mémoire des miracles opérés par les reliques du saint fondateur, eut lieu en 1138. L'église fut reconstruite, et dans un caractère tout à fait lombard (Gomparer avec Saint-Lazare de Pavie, Saint- Vincent in Prato de Milan, la façade du palais de Théodoric à Ravenne, et aussi le palais de Dioclétien à Spalato en Dalmatie). (Gf. Revue de t'arl chrétien, 1892, H^ et 2"= livraisons).

L'influence lombarde est donc certaine — à côté de l'influence antique — dans le midi de la France, en contact constant avec l'Italie et les corporations de Comacini qui propagèrent leur art à travers tout l'Occident.

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