‹ Leçons professées à l'École du Louvre (1887-1896) (volume 2)Chapitre 126 sur 140 · lJosiinu''e d'après les noies i)rises au cours · texte numérisé non relu

lJosiinu''e d'après les noies i)rises au cours

548 I.K SniSSONNAIS

Dans la même rég"ion, près de Morienval, un petit oratoire du XI* siècle dédié à sainte Berthe conserve un chapiteau orné dune manière tout à fait barbare. 11 est remarquable que. dans cette contrée, l'élément barbare a un accent de sauvag^erie, mais aussi de personnalité, bien plus marqué qu'en Auvergne par exemple. G était pourtant un pays riche et peuplé d'abbayes importantes et de châteaux ; mais c'était en même temps un milieu de race purement franque et ayant conservé sans altération ni mélanj^^e ses instincts primitifs.

A Saint-Leu d'Esserent, un chapiteau a la même ornementation primitive et barbare que celui de Sainte-Berthe, et l'on retrouve aussi cette ornementation sur la poterie mérovingienne et les bijoux.

L'église de Bruyères a une série de chapiteaux extrêmement curieux, avec des personnages incohérents et d'une telle extra\agance que leur inspiration barbare ne peut être niée.

A Saint-Léger de Soissons, chapiteau cubique décoré de palmettes que l'on retrou\'edans un grand nombre d'églises, comme celle de Saint-Thibault à Ghivy. Le système des feuilles traitées comme des rainures, que l'on constate à Saint-Marc de ^ enise et sur de nombreux puits vénitiens (conf. Cattaneo), se retrouve à Saint- Médard de Soissons, à Oulchy (plusieurs chapiteaux d'Oulchy ont été remis au point, mais sur des moulages!. L'élément monstrueux et grotesque (bras et têtes représentés en des attitudes et des expressions excentriques) abonde à Jouaignes et dans la contrée. A Saint-Bestilut, autre série de chapiteaux intéressants, un entre autre.' avec des oiseaux comme ceux des (îbules, et des palmetles. Sur un autre, la palmctte a une allure égy[)tienne et la facture semble procéder du travail du bois.

A Trucy en Laounais, les chapiteaux sont couverts de tètes d'animaux monstrueux ou étranges. Sur l'un d'entre eux est représenté le Jupiter gaulois armé de son marteau, le Dispater accompagné de sa déesse. L'expression ici est bien gallo-romaine, si l'inspiration est gauloise, et il est très curieux de constater, dans une église chrétienne du xi" siècle, la survivance de ces éléments pa'ïens. Ce chapiteau est accolé à un chapiteau à grandes feuilles de lotus nettement égyptien (Conf. Mém. de la Soc. des Antiquaires de Fj-ance, t. XLI sur le Dispater ; Musée de Saint-Germain., catalogue de Salomon Reinach ; musée de Dijon, stèle).

Page 1