I.'lÎMÎMKNT GAU-O-ROMAIX
moderne était sortie! Quelle faute pour la Révolution que d'avoir voulu réformer en toute chose, sans tenir compte des antécédents ethnographiques ! Quelle erreur que d'avoir voulu rester sourde à la voix de certains instincts héréditaires et inextinguibles, et de n'avoir fourni à l'expansion de la nation réorganisée, d'autre moule et d'autre modèle que le moule et le modèle latins.
Arrivons aujourd'hui aux monuments. Vous connaissez déjà quelques sources : le Musée de Saint-Gernuiin que je vous ai recommandé de visiter et où de nombreux monuments gallo-romains ont été groupés en originaux et en moulages, et le Musée du Trocadero où se voient 16 stèles gallo-romaines, moulées d'après les originaux du Musée de Sens, ^'ous en trouverez d'informes photographies sur la table.
Gomme indication, vous avez encore la cirle de la. Commission des Monuments historiques, puis la liste des monuments historiques, chapitre spécial pour les monuments antiques. Enfin le Catalogue des Photographies de M. Mieusement qui contient une centaine de numéi'os concernant les monuments antiques.
Je vous signalerai maintenant en bloc les catalogues de tous les musées archéologiques de France. C'est la matière gallo-romaine qui forme le fond de tous ces musées. Je citerai particulièrement les catalogues des Musées de Lyon, Amiens, Angers, Nantes, Niort, Auxerre, Poitiers (Antiquaires de l'Ouest), Moulins, Toulouse, Aix, Marseille, etc.
Je ne peux pas vous donner lecture de la liste des monuments gallo-romains dont j'ai essayé de relever l'existence sur le sol français. Ce serait fastidieux.
Si quelqu'un d'entre vous. Messieurs, voulait entreprendre un travail sur la sculpture gallo-romaine, je lui communiquerai cette liste avec plaisir et en la complétant, car malgré sa longueur elle n'est pas complète. Elle ne sera jamais complète. On ne peut pas remuer le sol sans y trouver de nouveaux débris. Le nombre des monuments gallo-romains est effrayant. Rappelez- vous le mot de Quicherat pour qualifier le premier essor de la culture gallo-romaine. « La Gaule entra alors dans une ère de prospérité et de splendeur quelle n'a jamais retrouvée, même à l'époque modeiuie. »
En effet, ce fut une production folle. — La Gaule, si longtemps sans monuments, rattrapa le temps perdu. La bâtisse et la statuoma-
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nie firent rag'e. La A'ieille aristocratie gauloise vendue à Rome et la classe moyenne enrichie et anoblie par ses fonctions et dignités s'en donnèrent à cœur joie. Elles étaient protégées par les gendarmes et c'est le peuple qui payait. Lisez Lactance et Salvien.
Remarquez que la culture gallo-romaine fut essentiellement urbaine, citadine : elle ne pénétra pas le peuple des villages, des campagnes, des pa(/i, les pagani\ qui vivaient farouches au fond de leurs agrestes et rustiques retraites, tidèles aux ci'oyances et aux traditions nationales. Ceux-ci furent longtemps hostiles, d'abord à la religion romaine et au culte de Rome et des Empereurs divinisés, ensuite rebelles à la loi chrétienne reçue d'abord par les villes et débutant seulement par faire des prosélytes dans le prolétariat des grandes agglomérations. Ils attendirent le rude apostolat de saint Martin, pour entrer, avec leur tempérament original, dans la communion catholique.
Malgré tout, l'art de surface, Fart des fonctionnaires et des latinisés triompha et s'épanouit. Malgré son caractère essentiellement superficiel et aristocratique, la culture gallo-romaine fut momentanément dune extrême fécondité. Seulement, comme elle était factice et antipathique aux instincts nationaux, elle. ne parvint pas à gagner la campagne, ni à jeter des racines dans le petit peuple, et quand l'aristocratie gauloise eut été dévorée par la fiscalité et l'administration romaine, cette culture disparut complètement. Il n'y eut plus que des sauvages paysans, pagani, qui n'étaient latins que par la langue.
Voilà pourquoi vous avez déjà vu, et vous verrez encore, notamment sur les tombes chrétiennes du musée du temple Saint-Jean à Poitiei's, les principes de la décoration gauloise et les instincts celtiques se ranimer pendant les temps mérovingiens et lutter, dans certains centres, avec les doctrines de l'esthétique classique. Le sentiment national avait été conservé et sauvé parles habitants des campagnes que la culture latine n'avait pas entamés. Il put être ainsi communiqué au style roman et se transmettre par lui à l'art gothique.
Enumiîration des Momments gallo-romains. — Nous les diviserons en catégories : arcs de triomphe, amphithéâtres et théâtres, bains, temples, statues et bas-reliefs.
Les arcs de triomphe étaient placés à Tentrée des villes ou sur les routes. Ils étaient nombreux en Gaule, car il en est resté à Trêves, à Reims, à Besançon, à Langres, à Carpentras, à Cavaillon, à Saint- Remy, à Orange, à Saint-Ghamas et à Saintes. Gelui de Saintes a une date certaine; il remonte à Tibère et porte le nom de Germanicus (Voir la notice de M. Audiat). C'est un type. C'est le plus ancien daté.
Certains amphithéâtres pouvaient contenir des vingtaines de mille ou trentaines de mille spectateurs.
On peut faire le compte des localités existant encore en France qui ont conservé jusqu'à nos jours quelques traces des Ihéùlres et des cirques dont elles lurent dotées au temps de l'administration g"allo-romaine. Plus de cinquante. Voici les noms : Agen, Angers, Antibes, Arles (deux monuments), Autun (trois monuments), Bavay (deux monum.), Besançon, Béziers, Bonnée (Loiret), Bordeaux (un amphithéâtre appelé aussi Palais Galien), Bourges (deux monum.), Cahors, Chenevière (près Montargis), Dôle, Doué (Maineet-Loire), Drevent (Cher), Evreux, Fréjus (deux monum.), Gran (Vosges), Langres (deux monum.), Levroux (Indre), Lillebonne, Limog'es (deux monum.), Lisieux, Lyon (deuxmonum.), Mandeure, Le Mans, Marseille, Metz, Moissans (Jura), Narbonne, Néris, Nîmes, Orange (trois monum.), Orléans, Paris, Périgueux (deux monum.), Poitiers, Reims, Rodez, Saint-Bertrand-de-Comminge, Saint-Michel-de-Touch, Saintes, Saumur, Sceaux (près Montarg-is), Sentis, Sens, Soissons, Tintignac (près Tulle), Tours, ^'aison, ^'alog•ne, ^'ienne (quatre monum.).
Théâtres proprement dits : surtout Arles et Orange; celui d'Orange est le plus beau de tous ceux qui sont connus.
Toutes les eaux thermales ont été connues et exploitées par les Romains : Vichy, Neris, Pougues, Aix, Royat, Le Mont-Dore, Bourbon-l'Archambault. Partout des monuments.
Dans les grandes villes, thermes de grandes proportions. A Paris, le palais des Thermes aujouixl'hui l'Hôtel de Cluuy. Je vous en parlerai plus loin.
Lieux de réunion, de Casinos, villes de plaisirs, comme Sanxay, la ville découverte par le Père Camille de la Croix, près de Poitiers, et qui a fait tant de bruit il y a quelques années, (Aujourd'hui classé parmi les monuments historiques.)
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11 y en eut certainement beaucoup d'autres. On en trouve encore là où passe la charrue et où les forêts ont poussé.
Toutes les villes eurent des temples.
Sans parler de ceux de \'ienne, deNîmes, qui sont encore debout, on pourrait presque reconstruire ceux de Sens, de Saintes et du Puy. On en possède presque toutes les pierres, — notamment pour les fragments conservés au musée du Puy.
Voir le produit des fouilles de Saintes qui remplissent un Musée, et les fragments conservés à Dijon dans les substructions de l'église Saint-Etienne.
La statue était le rêve de tous les grands fonctionnaires. Sidoine, à la suite d'une longue série de vilenies, avait fini par mériter la sienne dans un édifice public. On trouve partout des morceaux de statues. Les bustes pendant les premiers siècles ont dû fourmiller.
Quant aux bas-reliefs, sans compter les frises des temples, les monuments funéraires et les enseignes de marchands nous en ont conservé les plus intéressants spécimens.
Il faut voir la salle XXII du musée de Saint-Germain, et il faut lire les pages 44, 45, 46 et 47 du catalogue de M. Reinach. Rien n'est plus curieux et plus instructif. Arrêtez-vous devant un marchand de pommes qui crie sa marchandise : Mala miilieres, mulieresmeœ\ voulez-vous des pommes, mesdames.
A Sens des stèles proviennent des murs romains de la ville, et ces murs peuvent être approximativement datés. Ils furent construits très probablement après la première invasion sérieuse des Francs et des Vandales en 275. Les édilices éloignés du centre de la ville furent alors abattus, et leurs n>atériaux employés à la construction des murailles de défense. En 356, ces murs étaient élevés et utilisables. Quand, cette même année 356, les Alamans et les Francs vinrent assiéger Sens, la ville, défendue par le César Julien, résista pendant trente jours et força les Barbares à se retirer.
La plupart des stèles qui nous sont parvenues et qu'on rencontre dans les musées de province peuvent être approximativement datées par le même procédé ; car elles ont presque toutes la même pro\enance et viennent des murs gallo-romains élevés autour des chefslieux de Civitales, pendant les ni'^' et iv*' siècles, avec tous les matériaux des édifices antiques démolis. Je vous ai expliqué dans la pré-
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cédenle leçon que la Gaule, affaiblie et épuisée par radniinistration et la fiscalité romaine, s'était endormie dans la mollesse et qu'elle avait eu un terrible réveil, quand les Barbares étaient venus l'envahir. Elle improvisa une défense, et construisit hâtivement des remparts avec les débris de ses palais et de ses temples et les inutiles instruments de sa vanité et de son luxe. Le même fait se passe dans toutes les grandes villes de la Gaule et notamment à Paris.
\'o}'ez le mémoire de Quicherat : La rue et le château de Hautefeuille à Paris' ;
L'Etude sur les textes de lois romaines expliquant la destruction des monuments dans les derniers temps de l'Empire d'Occident par M. de la Marsonnière^ ; dans le Bulletin monumental de 1878, un article de M. Henri Schuermans : A propos des remparts d'Arlon et de Tonç/res. Cet auteur fixe de "277 à 306 l'édification des remparts dans la plupart des villes de la Gaule.
A Auxerre, vers le milieu du iv" siècle, sous la menace des invasions barbares, des murs, dont on retrouve des vestiges à l'intérieur de la ville actuelle, furent construits avec les matériaux des temples et des édifices publics.
Ce mur de défense d'Auxerre était achevé en 386, puisque saint Amateur, à cette époque, fit reconstruire dans l'intérieur des fortifications la basilique fondée sur la rive droite de l'Yonne par saint Pellerin.
Sur le musée de Sens, il faut consulter trente planches de photogravures publiées par la Société archéologique de cette ville sous le titre de Musée gallo-romain de Sens. — Le Musée de Sens a été en outre l'objet d'un très bon article dans le Bulletin des Musées du 15 octobi-e 1890, signé de M. Maurice Prou.
Si les monuments abondent, ils ne sont pas faciles à classer dans un ordre chronologique. Rien n'est plus difficile à dater exactement qu'une sculpture gallo-romaine.
Quicherat a formulé cette vérité quand il a écrit dans un de ses rapports au Comité des travaux historiques •' à propos d'une communication faite par un des cori'espondants du Ministère :
J. Mélaii};es archéologie I, p. iiO-460.
2. Mémoires de la société des Antiquaires de l'Ouest, t. 24. Année 1857, p. 65.