‹ Leçons professées à l'École du Louvre (1887-1896) (volume 2)Chapitre 12 sur 140 · L'ÉLÉMENT GALLO-ROMA.IN · texte numérisé non relu

L'ÉLÉMENT GALLO-ROMA.IN

Messieurs,

Nous examinerons aujourd'hui l'élément ou coetricient celto-latin, presque purement latin qui est, vous le savez, l'un des plus importants dans le total général dont est formé l'art roman de la sculpture.

J'ai essayé, mercredi dernier, de vous donner, à l'aide de nombreuses citations' et d'une rapide esquisse, une idée générale de ce qu'était la civilisation romaine de la décadence et une appréciation de sa valeur morale.

J'espère que vous avez lu et médité les livres que je vous ai signalés et qu'après avoir été demander la lumière aux sources historiques, vous comprenez maintenant de quel poids insupportable et exécré la culture païenne antique pesait sur le monde, et en particulier sur notre pays, pendant les cinq premiers siècles de notre ère.

Vous comprenez maintenant, comme moi, comment la civilisation antique s'était compromise, et enfin pourquoi la Gaule aspirait par tous les moyens à sortir de l'effroyable geôle sociale, administra-

1. Une conférence supplémentaire avait été employée parle professeur à l'analyse et à la lecture des textes de Lactance et Salvien.

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tive et intellectuelle dans laquelle elle avait été enfermée par Rome.

Vous sentez que le terrain s'aplanit chaque jour de plus en plus durant plus de trois siècles, pour recevoir les deux forces nouvelles qui s'approchent : le christianisme et les Barbares, c'est-à-dire le relèvement mora/, d'une part, et, d'autre part, une modification politique et économique de la Société dans le sens des instincts personnels aux races- du Nord.

Lisez donc à ce sujet le beau livre qui résume une année de l'enseignement de M. GelTroy à la Sorbonne : Borne et les Barbares (Paris, Didier, 1874, in-1'2). Vous verrez que, dans ma petite sphère de l'histoire de l'art, je ne fais que suivre une ligne parallèle à celle qu'ont fermement et virilement tracée les esprits les plus distingués de ri'niversité.

Sans doute le Monde romain et la province gallo-romaine — car il n'y a plus de patrie celtique — le monde romain de l'extrême occident tremble devant l'inconnu, et recule momentanément devant la crise qui doit l'enfantera une vie nouvelle.

Il recule devant la guérison par le fer et par le feu ; mais, malgré lui, inconsciemment quelquefois, comme vous avez pu le voir dans Lactance et dans Salvien, ce monde aspire à une transformation. Il espère tout du Christ et de l'orientation nouvelle de la pensée vers le génie des races septentrionales.

Gomme on comprend bien alors que l'avènement du moyen âge a pu être, et a été effectivement, une révolution sociale ; que la féodalité, si défigurée par la suite, a été, elle aussi, à son heure un immense bienfait, une des formes historiques de l'évolution sociale, l'ceuvre librement poursuivie de toutes les races et de toutes les castes échappées à l'enfer de la décadence latine, réfugiées et groupées sous la protection de l'esprit aryen pur.

Comme on comprend bien cette vérité traitée jusqu'à présent de paradoxe : Le moyen âge c'était le progrès ! ou, si vous voulez, la possibilité du progrès.

Tout se tient dans une civilisation. Quel crime pour la mémoire de la royauté française et de presque toutes les aristocraties positives ou morales de l'ancien régime que d'avoir conspiré avec le régime latin contre le pacte originel d'où la société chrétienne et

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