‹ Leçons professées à l'École du Louvre (1887-1896) (volume 2)Chapitre 135 sur 140 · LA BRETAGNE · texte numérisé non relu

LA BRETAGNE

MiîsnAMES, Mkssieirs,

Pour répondre au tiésir exprimé par quelques personnes et pressé par le temps, j'abandonne ce qui me reste à dire de la Normandie, notamment de l'élément latin et f;allo-romain dont on peut remarquer la présence en cette province dans la décoration du xi" siècle.

J'abandonne aussi à regret ce que j'avais à vous enseigner au sujet de l'influence possible et probable du Bienheureux Guillaume de Dijon à propos de Bernay.

Nous allons aujourd'hui étudier la Bretaf,''ne et, au sujet de l'art de celle province, pendant les xi'' et xn« siècles, nous traiterons de l'inlluence exercée aux temps romans par les instincts des peuplades primitives et primordiales de la Gaule. Ces instincts sont un élément, un coelTicicnt, un l'acteur qu'on a eu tort de dédaigner et de considérer comme une quantité absolument négligeable.

Heureusement ce n'est pas moi qui ai parlé le premier de l'existence d'un élément gaulois, celtique, en un mot pré-romain, dans l'art du XI '' siècle.

Les personnes qui n'ont confiance que dans la lettre moulée, que dans la vérité imprimée, que dans le consentement d'autrui, que

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dans la pensée des autres, que dans la mulliplicilé et la concordance des lémoignag'es publiés, les amateurs de vulgarisation et de science vulgarisée, les esclaves du livre peuvent se rassurer.

Nous avons aussi des livres ou tout au moins des pensées imprimées de notre côté.

Nous aurions à parler d'abord de linfluence gauloise pré-romaine à propos des constructions en bois, à propos des couvertures dédifices en bardeaux.

Uappelez-vous ce que j'ai énoncé en vous entretenant de l'église de Caen dans le Calvados. \'ous savez ce que pensait Viollet-le- Duc à cet égard.

Je pourrais citer M. de Dartein à propos de son commentaire des lois lombardes dans son livre sur l'architecture lombarde : Mos Gallicus opposé au Mos Bomniius.

Les textes des historiens mentionnent fréquemment en matière de construction des habitudes qui sont qualifiées de gauloises.

On remarque dans certaines églises, sur les bases et sur les chapiteaux et sur quelques sarcophages, un décor de lignes concentriques et elliptiques qui rappellent celles des pierres de Gavrinis. Cette ornementation disparaît pendant l'occupation romaine (sauf dans les provinces éloignées ou réfractaires), et réapparaît de nouveau, ravivée par les Francs et les Normands.

\'iollet-le-Duc Fa observé à propos de Morienval, et Woillez à propos de lîreuil-le-^'crt.

« Quoi de plus curieux, dit Woillez (dans son livre, V Archéologie des moiiumenls religieux de Vancien liennvaisis, seconde partie, p. 30), quoi de plus curieux que ces sculptures en creux de Breuille-Vert qui ont, dans quelques détails, une analogie frappante avec rornementation grossière du galgal celtique de Gavrenniz, où l'on trouve des lignes imitant Vopiis spiculum et des entailles ellipsoïdes, parallèles et concentriques, dont on voit les analogues dans certaines figures ponctuées de notre église (de Breuil-le-\'ert) ? »

Jules Quicherat, lui-môme, Jules Quicherat qui n'est pas suspect de tendresse pour les théories anti-romanistes, a proclamé incidemment la possibilité de la transmission de l'influence gauloise. Il ne lui a manqué que de savoir élargir ses vues et de posséder l'instrument que je manie devant vous, la photographie et ses applications à l'enseignement de l'art.

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