‹ Leçons professées à l'École du Louvre (1887-1896) (volume 2)Chapitre 136 sur 140 · L\ BRETAGNE · texte numérisé non relu

L\ BRETAGNE

Quicherat établit que la décoration gauloise ou celtique a traversé impunément les temps g-allo-romains :

A propos de sculptures trouvées dans les Vosges, déposées au Musée d'Épinal, qui vous seront communiquées, il a dit :

a Je ne serais pas éloigné de penser qu'en mettant un corbeau sur la tête de notre personnage et une baguette dans sa main, on ait voulu indiquer qu'il avait exercé pendant sa vie la profession d'aruspice. »

Le corbeau jouait un rôle important dans les mytbes de la Gaule.

« La reproduction en gravure de la photographie envoyée par M. Laurent fera saisir au lecteur la portée d'une autre observation qu'il me reste à présenter, relativement au fronton qui couronne la même stèle. Il y a là un accouplem3nt de lignes et un Systems d'ornementation absolument étrangers à l'architecture romaine qui a été employée d'ordinaire pour le couronnement des tombeaux gallo-romains. »

Ce n'est que dans l'architecture des peuples de l'Ettrême-Orient ou mieux encore dans la décoration des manucrits irlandais du moyen âge, qu'on trouverait l'analogue de ce que l'on voit ici. Je ne doute pas qu'il n'y faille voir un échantillon de l'art décoratif des Gaulois, art dont la conquête romaine fit passer le goût, mais qui cependant put se conserver dans quelques provinces éloignées, faute d'ouvriers qui sussent faire autremsnt ou par l'obstination de ceux qui commandaient l'ouvrage à ne pas vouloir subir les modes nouvelles,

« La rouelle, dit Quicherat [Mélaiicjes^ t. I, p. 115), était un symbole pour les Gaulois comme la croix l'est pour nous. Ils l'ont représentée quelquefois sur la monnaie; ils l'ont surtout portée sur eux comme amulette. Ils lui ont donné toutes les dimensions, jusqu'à vingt centimètres de dianiètre et davantage. La rouelle se trouve dans les sépultures gauloises »

Les survivances au xi*' siècle des goûts et des rïistincts décoratifs des Gaulois d'avant la conquête romaine ont été signalées par ViDllet-le-Duc dans le tome Mil dn Diclionnaire raisonné^ à propos de Morienval.

Cette ornementation à survécu très longtemps en Bretagne. L'Église de Fouesnant possède de nombreux chapiteaux décorés de CouRAJOD. Leçons. 37

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lignes tantôt concentriques et tantôt elliptiques (A la Couture du Mans, on trouve aussi ces filets, mais moins réj^uliers ; de même en Bourgogne, à Saint-Julien du Val (Gôte-d'Or).

On pourrait être tenté de chercher un rapport entre ces espèces de crosses, ces enroulements de lignes gravées et les volutes du chapiteau ionique; il y a au contraire une grande différence entre les deux, car les filets sont disposés dans un sens exactement contraire à celui de la volute.

On a trouvé près de Gênes (Gattaneo, fig. 71) un fragment de stuc présentant dans sa décoration des influences ligures, très voisines des influences gauloises. Ge sont les mêmes lîlets enroulés, avec un. petit crochet spécial que l'on constate également sur un disque du trésor de Mycènes et sur les vases archaïques [Bulletin de correspondance hellénique^ 1893).

L'Armorique conserve cette ornementation dans toute sa pureté (cf. M. Bertrand, la. Gaule avant les (raulois, p. 153, 154, et moulages du musée de Saint-Germain).

Ges stries en ellipsoïdes ou spirales ont été considérées comme reproduisant les lignes de la peau de la main. En tout cas, elles sont restées dans l'habitude de l'ouvrier mérovingien et carolingien et elles persistent encore aux temps l'omans.

A côté des cercles concentriques et des spirales, on rencontre aussi le chevron qui est un ornement très gaulois. A Loctudy, par exemple, sur les bases, à Breuil-le-Vert, sur le sarcophage de Saint- Erkembode à Saint-Omer, au musée de Trêves, à Gologne, sur les sarcophages mérovingiens d'Angers, de Poitiers, du musée Garnavalet, on en trouve de nombreux exemples. Les objets usuels (boucles de ceinturons, bouclier du guerrier gaulois d'Avignon) en portent constamment la trace. Les artistes carolingiens continuèrent à employer ce motif qui arriva, comme les cercles, jusqu'aux temps romans.

Un autre ornement bien gaulois et qui subsista longtemps est la crosse ou crossette. On voit sur beaucoup de chapiteaux (à Fouesnant, par exemple) un petit pei'sonnage tenant à la main une ou des crossettes; quelquefois les crosses sont l'unique décoration : base de Sainte-Groix de Quimperlé, chapiteaux de Ghivy (Aisne).

Les médailles gauloises portent aussi des crossettes. On en a

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trouvé une avec un petit personnage tenant une crossette à la main et dont les cheveux se terminent aussi en crossettes [Congrès archéologique d'Angers, 1871).

On peut dire qu'en Bretagne ce motif de la crossette est comme une obsession. Il y en a à Lannion, à Landévennec, à Loctudy, à Sainte-Marie (Loire-Inférieure) ; quelquefois, à Sainte-Marie, par exemple, une petite hache est représentée à côté des stries. C'est une habitude qui remonte aux temps mégalithiques.

A Perros-Guirec, ces crossettes semblent se rapprocher des volutes ioniques : mais elles vont en sens inverse.

Le signe en S est un signe symbolique que l'on voit représenté sur un grand nombre de chapiteaux ou de bases, à Sainl-Gildas de Rhuys, fondé au xi'' siècle par un moine de Saint-Benoît sur Loire, à Landévennec, à Chivy, etc., et sur les monnaies gauloises avant l'époque romaine. On le retrouve sur la stèle gallo-romaine d'Épinal, et sur des terres cuites gallo-romaines des musées de Douai et de Moulins. Une stèle de Mycènes en est couverte et quelques monnaies mérovingiennes le portent aussi.

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