ALPHONSE PICARD ET FILS, ÉDITEURS
Libraires des Archives Nationales et de la Société de l'École des Chartes S2, rue Bonaparte, 82
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Quelques semaines avant sa mort, comme je le pressais de mettre au point et de publier ses leçons de l'Ecole du Louvre, Courajod me répondit : « Où voulez-vous que j'en prenne le temps ? C'est vous, avec Lemonnier, qui vous en chargerez après ma mort. » Témoin quotidien de sa dévorante activité, trompé, comme tous sestamis, par cette vitalité puissante qui débordait de toute sa personne, je le plaisantais sur ses idées funèbres. (( Je vous parle très sérieusement, dit-il avec une sorte de solennité. Vous me permettrez même de prendre à ce sujet des dispositions testamentaires. »
La mort l'a foudroyé avant qu'il ait eu le loisir d'écrire ses dernières volontés. Il nous a semblé pourtant que nous avions le devoir de remplir le mandat que notre ami avait eu un moment la pensée de nous confier, et c'est pour accomplir son vœu, confirmé par sa famille, que nous publions ses manuscrits.
Si nombreuses et irréparables qu'en soient les lacunes, si évidentes en beaucoup d'endroits les traces de l'improvisation dans la forme, il nous a paru que ces pag-es conservaient sa ressemblance étonnamment vivante, qu'on 1'}' retrouvait tout entier avec l'allure impétueuse de sa pensée, et nous avons voulu le rendre à ses élèves et à ses auditeurs, tel qu'ils
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Font connu et aimé, dans la spontanéité et la vivacité de sa parole et presque de son geste.
Le lecteur est donc averti qu'il ne doit pas plus chercher ici l'œuvre définitive de Gourajod que Tintervention personnelle et critique de ses éditeurs. Ces leçons, telles que nous les publions, ne sont que des fragments. Il en avait écrit de sa main, — sinon définitivement rédigé — souvent la teneur entière, toujours des morceaux plus ou moins importants. Il est certain qu'il y eût apporté, s'il eût pu les publier lui-même, beaucoup de modifications, tantôt ajouté et tantôt retranché, supprimé les répétitions inévitables dans un cours oral^, émondé quelques redondances de style, corrigé quelques expressions, plus intimement fondu dans la trame de ses leçons du matin la substance de ces entretiens supplémentaires de l'après-midi où il commentait, — avec quelle verve et quelles trouvailles de mots pittoresques, — les monuments et documents qui circulaient entre les mains de ses élèves.
Il ne nous appartenait pas d'ess^er ce travail dont lui seul eût pu se charger. L'eùt-il jamais entrepris ? Il est permis d'en douter. Des recherches nouvelles l'entraînaient sans cesse. Le temps lui eût manqué sans doute pour revenir en arrière, rédiger et « refaire » à tête reposée ce qu'il avait ébauché dans les esquisses puissantes que nous avons recueillies et qu'il improvisait la plume à la main, le plus souvent la nuit, en pensant à ses auditeurs et comme s'il leur eût parlé. (( Quand je recommence à écrire mes démonstrations, je suis moins persuasif », dit-il lui-même dans une de ses leçons.
Tous ceux qui ne s'attacheront pas mesquinement à ce qu'il y a fatalement d'incomplet ou d'excessif dans le premier jet d'une pensée aussi ardente que celle de Gourajod pren-
1. On rencontrera même quelques fragments de leçons d'ouvertures, intégfralement reproduits çà et là au cours des leçons de l'année. Comme ils faisaient corps avec les développements au milieu desquels ils étaient intercalés, nous navons pas cru devoir les supprimer.
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dront à la lecture de ces pag-es inégales, mais si vivantes et souvent supérieures, un très vif intérêt. Ils y trouveront, à leur date, beaucoup d'idées qui, violemment discutées et encore controversées, n'ont pas laissé pourtant de se répandre et d'agir sur ceux-là mêmes qui les avaient combattues.
11 n'entre pas dans le plan de ce simple avertissement de caractériser la doctrine et l'enseignement de Louis Courajod. Cette étude, écrite par M. André Michel, trouvera sa place en tête d'un des prochains volumes de cette publication. II suffît d'indiquer aujourd'hui dans quelles conditions ces Leçons ont été éditées.
Il a paru d'abord qu'il convenait de rétablir l'ordre historique des matières, et de réserver pour le second volume les études sur les origines de la Renaissance, qui remplirent en réalité les trois premières années du cours de Técole du Louvre *. L'unité de pensée et la composition générale, si ferme dans ses grandes lignes en dépit de quelques indécisions de détail, en seront ainsi plus nettement dégagées.
Comme plusieurs dossiers des leçons sur les origines de l'art roman et gothique portaient, écrite de la main de Courajod, cette mention : « Communiquer au Père de La Croix », nous les avons remis à leur destinataire, en le priant de vouloir bien se charger de dépouiller et de classer tous les manuscrits de cette partie du cours et d'en préparer la publication. Nous lui exprimons ici notre vive gratitude pour le concours qu'il nous a donné. Nous nous sommes, d'un commun accord, appliqués à ne rien changer au texte ; tout au plus avons-nous fait disparaître ça et là quelques exagérations de langage ou quelques répétitions. Mais tout ce qui est affirmation de fait ou de doctrine a été scrupuleusement respecté. 11 en est de même pour les citations, références et notes bibliographiques que nous avons laissées telles que nous les
1. Le second volume comprendra : Les Origines de l.i Renaissance. — Le troisième : L'Ecole académique et les origines de l'art moderne.
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avons trouvées. Malheureusement, de nombreuses lacunes, surtout pour la dernière partie du cours, existaient dans les papiers de Gourajod. Nous nous sommes bornés à les combler, par de simples résumés, d'après les notes de ({uelques-uns de ses élèves.
L'un d'entre eux, M. Brière. a bien voulu se charger de dresser la bibliog-raphie des écrits de Gourajod, qui paraîtra dans un des volumes subséquents, et M. L. Ghérion a exécuté, à la demande du R. P. de La Groix, les dessins trop rares à notre gré qui illustrent quelques-unes de ces leçons.
André MICHEL, ÎIenuy LEMONNIER.