L'ART BYZANTIN
Messieurs,
Aujourd'hui et mercredi prochain nous étudierons les principales sources méridionales du style roman, au siège même de leur développement le plus considérable : en Asie Mineure, à Constantinople et à Ravenne. C'est l'histoire de la formation et de la divulgation de Vart byzantin que nous essaierons d'esquisser. La démonstration embrassera les deux entretiens du 1 1 et du 18 mars, sans qu'il soit possible de les séparer nettement.
Vous me verrez passer continuellement de l'art de la Syrie à l'art de Constantinople et à celsi de Ravenne. Une fois pour toutes, je déclare que ces trois arts sont des manifestations particulières d'un principe unique, à savoir, l'art né en Orient sur le vaste territoire à la fois asiatique et européen dont Byzance a été le centre politique et intellectuel à partir du iv" siècle.
Il faut se rendre compte d'abord de ce qu'était l'art g^réco-oriental dans son berceau, en Orient ; il faut se faire une idée juste de ses principes et de ses tendances, des vieilles civilisations dont il était l'expression collective, mélangée, complexe, altérée et renouvelée. Si vous y parvenez, plus tard vous comprendrez à quoi je me réfère quand je vous entretiendrai des rapports continuels de
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l'Orient avec lOccident. Tout l'art de l'époque carolingienne et une partie de l'art de l'époque romane primitive se Irouvei'ont expliqués. C'est une convention, un contrat que je désire former entre nous pour n être pas accusé de manquer de suite dans les idées et dans la marche de mon exposition. Les mots : Art gréco-oriental ; Art byzantin ; Art de Ravenne. sont trois termes à peu près synonymes dans ma bouche, à partir du v'' siècle de notre ère. Dans nos entretiens supplémentaires, je vous ai déjà démontré et je vous démontrerai encore leur identité. \'ous verrez aussi que celte opinion est partagée par tous ceux qui en ont parlé.
Monuments de Jérusalem et de la Jldée. — \'ous savez, par mes précédents entretiens, quels ont été les l'apports, fréquents^ directs et intimes, qui existèrent entre la Syrie et la Gaule, dès le v" et le xi'^ siècle de notre ère.
11 est indispensable que nous connaissions quel a été le style des monuments de Jérusalem, dont l'influence morale — quelle qu'ail été l'opinion vraie ou fausse qu'on s'en fît — a dû nécessairement être très grande dans tous les pays où la foi chrétienne s'est répandue. 1^'étude vraiment archéologique de ces monuments ne date que d'une vingtaine d'années et elle n'a pas encore exercé sur les idées la légitime action qu'elle doit avoir et qu'elle aura.
Autrefois tous les monuments de la Palestine passaient pour être juifs ou hébraïques et pour dater au moins du temps de Salomon, C'était un peu la doctrine des premiers travaux de M. de Saulcy. M. de \'ogûé a renversé cette légende. Il a démontré que les tombeaux antiques qui entourent Jérusalem elles grands soubassements du Temple appartiennent à l'époque hellénique et non à celle de Judée. Le Temple de Jérusalem, c est non pas le temple de Salomon, mais le temple d'Hérode.
Ce temple d'FIérode qui avait succédé au temple de Salomon, la France en a possédé des morceaux et elle les a laissé perdre. Je l'ai prouvé à l'aide d'un texte de Sauvai. Il y en a eu au Louvre sous Louis Xn'.
« On ne saurait, dit M. de \'ogué, hésiter longtemps sur la date du tombeau des Rois. C'est un monument d'imitation grecque, judaïque si l'on veut d'après noire définition, comme le tombeau de Scipion est romain par l'exécution beaucojip plus que par la
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comjDOsition. Tous les éléments pi'incipaux sont empruntés à Tarchitecture dorique du i*^"^ au ii'" siècle avant J.-C.
« Le tombeau des Rois a donc tous les caractères d'une œuvre d'imitation et d'un monument relativement moderne.
« Le tympan qui surmonte l'entrée du tombeau des juges est le spécimen le plus complet de l'art judaïque dans le sens que nous avons attaché à cette définition, c'est-à-dire de l'art né de la fusion de l'art grec et des anciennes traditions, ou plutôt de la traduction des formes grecques par des ouvriers indigènes. La seule sculpture d'ornement qui ait quelque analogie avec celle qui nous occupe, est celle des monuments chrétiens élevés en Syrie du iv" au vu'' siècle * . »
M. de Vogiié a établi péremptoirement la preuve du contact et, par moments, de l'identité du style byzantin avec l'art gréco-oriental de la Syrie.
Quel est l'apport précis? Quelle est la contribution de l'art de la Palestine et de la Judée(et par extension de la Syrie) à la composition de l'art byzantin, et, par suite, à celle de l'art roman? M. Auguste Ghoisy, dans VArt de hîitir chez les Byzantins (p. 161), s'est chargé de répondre à cette question.
« Il faut distinguer les éléments de construction de ceux qui touchent à l'ornement. Si on admet que l'art byzantin résulte d'éléments asiatiques incorporés à l'architecture romaine, la côte syrienne qui est, après celle d'Ionie, le grand entrepôt du commerce de l'Orient avec Rome, se présente, elle aussi, dans une situation topographique qui fait présumer une influence. Cette influence est réelle. Mais elle porte avant tout sur le côté décoratif de l'art. On a, dès longtemps, rapproché de la sculpture byzantine la sculpture juive du tombeau des Rois ou des portes du Temple ou même la sculpture gréco-syrienne des villes du Haut Oronte ^. «
La décoration sculptée, voilà l'apport probable des influences syriennes dans l'architecture byzantine.
M. Choisy pense donc comme M. de ^'ogûé. La décoration