AVRIL ET 29 AVRIL
r.'4RT BARBARE
(Suite)
Messieurî^,
La leçon d'aujourd'hui et celle de mercredi prochain auront la plus grande importance. Il s'agit de vous faire connaître toute une source large et profonde de l'art roman qui a été absolument méconnue. Les images vous expliqueront ce que vous n'avez pas saisi. Si vous parvenez à me comprendre, vous devinerez la révolution qu'il est urgent d'opérer dans les doctrines courantes.
Les fouilles des cimetières mérovingiens et carolingiens ont renouvelé la face de l'Histoire. La théorie de la genèse de l'art français est complètement à réviser.
On n'avait pas tenu compte, dans le total, de l'un des principaux coefficients de ce total. L'addition est à refaire.
1. Dans le dossier de la seizième leçon, nous n'a\'ons trouve que cette mention : '< La leçon s'est passée en exposition et en commentaires de photographies des Musées de Copenhague et de Mayencc ».
Voici, d'après les notes dun auditeur du cours, le résumé de cette leçon :
C'est sur le sol Scandinave que l'art barbare s'est développé le plus complètement ; c'est là qu'il a trouvé ses derniers défenseurs. Le musée de Copenhague contient un ensemble de monuments du plus grand intérêt.
Les divisions et classifications de \\'orsaie ne sont pas api)licables auxaulres
CorHA,ion. T^KÇfixs. li
194 l'art barbare
Je vous ai (expliqué, mercredi dernier, la haute valeur de Part industriel des Barbares au point de vue des renseignements qu'il peut nous transmetti'e sur le tempérament de ces peuples.
Il s'agit de savoir si, comme l'atlirme .un auteur déjà cité, le style des entrelacs est d'inspiration latine ; (Je suis en mesure d'allirmer, dit cet auteur, que ce sont les Romains qui ont fait de l'entrelac l'usage le plus étendu, le plus exclusif, et que les pavements en mosaïque sont le domaine dans lequel ce motif de décoration
pays de rEurope, el il ne l'aut i)as attribuer un sens absolu à la dénuniinatiun d'àj^e de 1er donnée par lui à la période comprise entre lère chrétienne et le commencement du xi" siècle et di%isée en trois époques :
1" de lère chrétienne à iâO en\ir()n.
2« de 450 à 700.
3"= de 700 à 1030.
Ces dates ne peuvent être que très approximatives. La dernière période, du viu' au xi" siècle, est dune importance capitale pour nous, car c'est à ce moment que les Normands ont couvert nos côtes septentrionales et occidentales : il importe de savoir ce qu'ils nous ont apporté.
Dans la i" époque du fer Jusqu'à 450 , l'influence de la civilisation grecque se lait encore sentir, les formes sont belles et se rapprochent de celles trouvées à Mycènes et à Tirynthe ^qui sont pouitant du vui" ou ix' siècle a\ anl Jésus- Chrisl^.On y remarque aussi des éléments de décoration celtique et la présence tlu Swastika.
Pendant la deuxième époque ^450-700), l'influence méridionale diminue et, à mesure que l'empire romain s'écroule, le sentiment barbare s'accroît. Les formes deviennent bizarres, contournées; les tètes d'animaux fantastiques apparaissent. Les monnaies, imitées d'abord des monnaies romaines, deviennent étranges: la forme n'est plus respectée. Le tempérament gei-manique el Scandinave s'exalte dans une ornementation où les foi-mes imaginaires et enchevêtrées (serpents, vers ou rubansy, les tètes fantastiques, les monstres ell'royables semblent con- V'ues dans le rêve ou le délire.
L'art Scandinave delà troisième péi-iode ^700 à 1030 environ, devient admirable ; il a des règles et une esthétique qui ne sont pas sans rapports a\ ec les liligranes arabes. Une modération l'clative s'introduit dans l'enclle^■ètrement et les enroulements des êtres fantastiques nés de l'imagination et qui ressemblent à ceux que jiroduit l'art chinois ou indien.
Viollel-le-Duc avait senti ces rapports de l'art Scandinave avec l'Inde.
Cet art a agi sur notre art national. Il ne faut pas oublier que dans le nord-ouest de la France on parlait danois aux xr et \u' siècles.
Les pièces allemandes, comme celles du Musée de Mayencc, présentent (juclques tlilleiences avec celles du Danemark. Elles sont ordinairement en fer élamé ou argenté. On y voit les traces des deux coui-anls générateurs de l'art germanique : l'un hindou ^cnu par le Nord, l'autre persan venu par le sud. Mais l'ornementation en est plus franchement orientale qu'à lîyzance même, et c'est une preuve que l'influence byzantine n'a pas été ici l'initiatrice.
La couverture du dossier de la dix-septième leçon portait cette mention ; «' La le(,'i>n s'est passée en piojections. »
l'art fi.VRBARi: 195
s'est maintenu le plus longtemps et avec la faveur la plus incontestable.) ou bien s'il n'est pas, au contraire, d'inspiration orientale et indo-germanique, si ce n'est pas un instinct de race comme l'avait très bien compris M"'' Marguerite Stokes.
C'est ce que nous allons étudier.
Gomme je vous l'ai dit dans notre dernière réunion, j'accepte provisoirement et otriciellement, pour les pays Scandinaves, la classification de M. Worsaae, et je remarque que dans les lîbules du moyen âge du fer, classées par M. Worsaae, on voit des entrelacs (voir fig. 11). C'est le principe de la décoration barbare. C'est le vibrion de l'ornement germanique et Scandinave. Nous l'examinerons au microscope.
L n moulage d'une fibule du musée de Mayence, dont l'original a été trouvé à Menzigen el est conservé au musée de Carlsruhe, peut donner une idée de l'art, du tempérament que les invasions des V et VI'' siècles ont apporté dans la Gaule. Identité de cette pièce avec celles qu'on trouve en Normandie el dans l'Ile-de-France, notamment dans la vallée de l'Uurcq, dans le département de l'Aisne.
La miniature irlandaise ou anglo-saxonne a aussi, pour l'étude des origines des entrelacs, une importance considérable. Un a voulu y voir une caractéristique de l'art celtique. Toute la calligraphie mérovingienne dérive des manuscrits irlandais et anglo-saxons.
La civilisation gréco-romaine disparaissant, le monde est repris par ses instincts originels. C'est la revanche des éléments aryens, du courant septentrional. Le caractère oriental reprend partout le dessus. Nous avons déjà vu cela dans le courant méridional luimême.
L'art occidental, et l'art français en particulier, est resté longtemps sous l'impression du style des entrelacs jusqu'à un moment très avancé du xir siècle. Preuves dans les fontes en bronze de Bernward en Allemagne à Ilildesheim. Plus tard les pieds de chandeliers, les flambeaux. Plus tard encore les petits bronzes de Limoges. Le dictionnaire du mobilier de Viollet-le-Duc en est plein.
Les entrelacs se rencontrent fréquemment dans les chapiteaux romans. On trouve également, surtout dans les églises romanes du Poitou, des pierres sculptées portant des entrelacs et enchâssées au milieu des appareils de maçonnerie. On suppose que ces pierres