I.RS SOURCES DL' STYLE ROMAN
nécessairement l'un des facteurs vraisemblables de cette vaste conception architeclonique. Nous nous sommes réservé de consulter l'autorité doj^matique souveraine en cette matière, la Faculté, comme on aurait dit du temps de Molière, et. nous armant avec exagération contre les illusions de nos sens, nous sommes allés chercber avec ardeur la solution de la question dans l'étude acharnée de l'antique et dans l'exécution du style classique.
Sommes-nous devenus assez docilement latins ! Ne pas sentir que, pour une part notable, c'est le sang- et l'âme de la charpenterie qui animent la masse et circulent dans ce grand corps de pierre! Faudra-t-il plusieurs siècles d'élaboration préparatoire et l'accumulation de plusieurs milliers d'in-folio, rédigés dans des langues disparues, pour permettre d'introduire devant le tribunal de l'opinion publique l'examen du problème? Je ne le pense pas et je brusquerai le procès.
Sans l'existence et l'intervention de la charpenterie. jamais l'art gothique, comme l'art indien, comme l'art russe, comme tous les arts des races indo-germaniques ou caucasiennes, n'aurait reçu la définitive expression qu'il présente. C'est à la charpenterie et aux survivances de ses traditions qu'il doit un certain nombre de ses caractères. Le nier serait fermer les yeux à la lumière. La science historique, si hautaine et si aristocratifjue qu'on la veuille ou qu'on la. suppose. n"a pas le droit de rejeter le contrôle de nos sens ni d'en mépriser les indications; au contraire, elle a seulement le devoir d'en expliquer, d'en vérifier et d'en éclairer les perceptions ! Eh bien 1 la science historique, je ne crains pas de le dire, a manqué à son devoir, en commençant son étude synthétique de l'art gothique, sans tenir compte de cet élément puissant, de ce coefficient très digne d'intérêt, qui est l'œuvre de la construction en bois, cette œuvre du bois qui, avec l'art industriel du mobilier, a été longtemps dépositaire du trésor intellectuel de plusieurs des races dont s'est formée notre nationalité, jusqu'au jour où, par un phénomène d'atavisme, l'art gothique en a fixé dans la pierre quelquesuns des principaux traits.
J'estime qu'il est injuste et presque odieux d'avoir, dans la grande œuvre de la civilisation occidentale, méconnu la part magnifique de tous les fiers charpentiers nos ancêtres, d"avoir oublié tous
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ces legs successifs des ouvriers du bois, les Gaulois, les Francs, les Saxons, les Normands. Notre prétendu anoblissement latin nous a tourné la tête ; nous n'avouons que nos ascendants de la ligne méridionale, et c est volontairement que nous ignorons une partie de notre liliation véritable. Les chroniqueurs ont parlé, en elFet, des habitudes de construction des hommes du nord qui nous ont précédés sur le sol français. Ce n'est pas caresser une chimère, ni forger une hypothèse que parler de l'état par lequel nous prétendons que l'architecture a passé dans notre pays. Les principes inhérents aux tempéraments respectivement nationaux que cette architecture personniliait, n'ont pas tous péri. C'est à notre analyse à en retrouver les survivances et à restituer, par la pensée, les germes puissants dont la sève ne s'est pas éteinte au moment où elle a été absorbée par un corps nouveau. C'est une faute de l'archéologie contemporaine d'avoir laissé supprimer tout un rameau de notre généalogie intellectuelle et couper une racine de larbi'e de nos traditions.
On n'a jamais raisonné que sur l'œuvre de la pierre ; on n'a jamais supposé que l'œuvre de la pierre avait pu être influencée par l'œuvre du bois. On a cru que les deux arts juxtaposés étaient restés étrangers l'un à l'autre pendant leur long développement parallèle et que, l'un des deux a^ant totalement disparu aujourd hui, il n'y avait plus à s'en inquiéter, en un mot qu il était aussi impossible qu'inutile d'en rechercher les traces. A'ous verrez que c'est là une grave erreur.
Un moment est arrivé où la fragilité de Fart du bois, au milieu des ruines fumantes des invasions, découragea définitivement ses plus fermes adeptes, ses sectateurs obstinés, et où le goût de la construction en pierre se généralisa de plus en plus parmi les populations politiquement unifiées qui habitaient notre territoire. Jusque là une forte génération de constructeurs héréditaires, répandus dans toute la chrétienté, grecs d'Orient et byzantins chassés par les iconoclastes, italiens de Ravenne et de Milan, Lombards ou assimilés Comacini, avaient, eux et leurs élèves, suffi aux besoins relativement restreints des nations nouvelles de l'Occident, qui se contentaient, pour le reste, de leurs arts spéciaux comme de leur costume. En Gaule, après la disparition des légions et des ateliers