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officiels de construction organisés par l'empire roniuin, une corporation étrangère d'ouvriers du bâtiment avait en etTet conservé le maniement du ciseau et le monopole presque exclusif de la décoration de tout édifice élevé en matière plus durable que le bois. Mais l'etFort de cette armée mobile de francs-maçons, opérant directement par sa main-d'icuvre ou indirectement par son influence, finit par s'alFaiblir et par s'épuiser. Le vieux personnel constructeur ne put subvenir aux incessantes et immédiates exigences de sa clientèle occidentale. Le temps vint où, dans certaines contrées, le monde barbare dut vivre sur ses propres ressources et n'eut plus pour architectes et pour artistes décorateurs que les charpentiers de la vieille souche nationale, à qui il se mit à demander des édifices de pierre. Que s'est-il passé alors?
A'oilà le moment psychologique par excellence que j attendais pour me renseigner par des observations, ^'oilcl l'heure que j'ai guettée pour savoir, comment et dans quelle mesure l'avenir de la construction en pierre avait pu hériter du passé septentrional. Il s'est fait indiscutablement alors une tradition, une transmission. Un corps de métier a succédé pour une large part à un autre corps de métier; une technique a succédé partiellement et localement à une autre technique; l'instinct d'une race a succédé à l'instinct d'une autre race ; une matière première a succédé à l'emploi d'une autre matière ; le fils des charpentiers gaulois, saxons, germains. Scandinaves, parqué jusque là dans sa spécialité, a succédé sur une foule de points comme architecte et comme sculpteur au fils des maçons byzantins, des lombards, des Comacini, ou tout au moins a travaillé à côté de lui. L'âme celtique, germaine, Scandinave, a pu respirer plus librement et manifester ses sentiments.
Une véritable révolution s'est faite nécessairement dans l'art de bâtir, le jour où on a cessé de construire en bois et où, clients et fournisseurs de cette architecture nationale barbare ont, sans abdiquer leurs instincts, changé la matière qu'ils employaient. Un principe nouveau s'était nécessairement introduit dans l'économie de l'architecture de la pierre, devenue l'architecture unique. Et les historiens de l'art n'ont pas daigné s'inquiéter des conséquences morales et matérielles de ce brusque changement ! Ils attendent patiemment la révélation d'un texte et relisent toujours V'itruve,
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Bien plus, ils ne se sont pas doutés de l'existence de cette crise. Ils ont cru que l'absorption, par Tart de la construction en pierre, do ce puissant corps de métier de la Charpenterie, avait pu se faire sans produire des résultats. Ces résultats, nous les examinerons avec soin, car ils ont laissé des traces si évidentes que, nofi seulement nous avons le droit d'affirmer que la charpenterie barbare est un des facteurs nécessaires de l'art gothique, mais encore, nous pourrons vous donner une idée de ce qu'était cette charpenterie. Nous retrouverons son empreinte sur la construction en pierre, qui lui a succédé, et les textes des historiens nous aideront à en compléter l'image.
Il ne faut pas que le ridicule où sont tombés les premiers essais des Lenoir, des Le Brigant, des la Tour d'Auverg;ne et des autres fondateurs de l'Académie Celtique, nous découragée des spéculations et des recherches dirig-ées dans le sens de nos orig^ines barbares, de nos filiations septentrionales, de notre g'énéalog^ie orientale. Il ne faut pas qu'un mauvais sentiment de respect humain éteigne en nous tous les bons et généreux instincts dont les pauvres archéolog'ues du commencement du siècle furent animés. Imitons le bel exemple de M. d'Arbois de Jubainville, qui n'a pas désespéré de la cause celtique et qui a repris, au nom de la science, un dossier et un procès en apparence abandonnés et définitivement classés. La situation, d'ailleurs, n'est plus la même qu'il y a cent ans. Quand les premiers ouvriers de l'archéologie française tentèrent de remonter aux orig-ines de nos arts nationaux et d'en définir la personnalité complexe, ils se trompèrent quelquefois grossièrement, parce qu'ils ne pouvaient pas encore comparer. Ils ne se trouvaient pas dans la position privilégiée que les progrès de notre temps nous ont faite et dont l'érudition a pour devoir de profiter. Ils ne purent pas, ce qui est aujourd'hui si facile, analyser le style roman, le disséquer, isoler chacune des parcelles et chacun des éléments de sa composition, en transcrire la formule comme celle d'un mélange chimique et d'un amalgame de laboratoire. Les fouilles des cimetières gaulois, mérovingiens et carolingiens, méthodiquement conduites, ne nous avaient pas encore édifiés sur la nature des différentes personnalités ethnographiques, sur les diverses civilisations, sur les divers tempéraments moraux et intellectuels, dont s'est formée la nation
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française. On n'avait pas encoi'e rapprociié ces lénioignages matériels des renseignements documentaires qui les éclairent et les rendent éloquents. Réduits à ne procéder toujours qu'au nom de l'intuition, par la méthode dangereuse de l'a priori, nos nobles prédécesseui's se livrèrent quelquefois aux conceptions les plus extravagantes. Maladroits et intempestifs avocats d'une cause juste, ils perdirent leur procès.
Depuis, une réaction violente eut lieu. La critique, très légitimement mécontente de leurs défaillances, justement indignée de leurs erreurs, répudia et condamna tous leurs ell'orts. En présence des l'ailleries méritées, auxquelles ils avaient donné trop de prise, elle rompit brutalement avec eux. Le rideau tomba brusquement sur ces perspectives trop hâtivement ouvertes et l'horizon fut tout d'un coup singulièrement rétréci, l ne doctrine historique, sévère, revêche, méticuleuse, impitoyablement littéraire, qui se croyait exempte de préjugés, parce qu'elle se bouchait les oreilles et fermait les yeux, succéda aux illusions des premiers et imprudents évocateurs de l'àme nationale. Elle bafoua, aux applaudissements de la foule, les apôtres insullisants du caractère primitif de l'art français.
Cette doctrine fut naturellement poussée à s'entourer de précautions, à s'armer de tous les procédés de la méthode exclusivement historique et à en exagérer les prescriptions. Les arguments sur parchemin, sur papier timbré et scellé, se virent seuls admis à la barre. Pour compter parmi nos ancêtres, il fallut, sous peine de déchéance, s'être fait inscrire en temps utile au greffe de l'histoire. Les peuples sans traditions écrites se trouvèrent écartés du débat et leur témoignage fut récusé comme inutile à entendre. On devine quel pouvait être le jugement après une pareille instruction. La tradition littéraire et l'humanisme continuèrent alors sans entraves leur œuvre néfaste et anti-scientiiique. Les routines pédagogiques, vieilles déjà de trois siècles, triomphèrent définitivement devant l'opinion publique et exultèrent de celte faillite des premiers révélateurs de la personnalité nationale. L'importance de l'élément méridional fut non seulement exagérée, mais encore cet élément, improprement déclaré latin, alors qu'il était grec, fut proclamé l'unique inspirateur de notre civilisation moderne dans le domaine
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de l'art. Au nom de la science, Rome n'apparut pas seulement comme Téducatrice des derniers siècles de la vie européenne, — ce qui est vrai, — elle fut encore rej^-^ardée comme l'initiatrice de notre art moderne dès ses premiers débuts et réputée, à travers une décadence, la mère de notre art gothique, — ce qui est faux.
Les conséquences de cette espèce d'erreur judiciaire furent terribles. Des industries recommandables, de libérales carrières, de très honorables fonctions, des institutions publiques, se fondèrent sur cette base devenue légale par la consécration de l'opinion savante. Ces industries, ces carrières, ces fonctions, ces institutions, ont vécu légitimement et vivront longtemps encore de l'exploitation de cette idée. Il y a là des droits acquis, respectables, si bien, qu'aujourd'hui, la croyance à notre pure et directe g-énéalogie romaine est, dans notre pays, un article de foi administrative, une véritable institution nationale, presque une loi de l'Etat. Cela fait partie du corps social actuel, tout au moins des traditions historiques de l'administration, ^'oilà la fiction contre laquelle, dans la liberté absolue et illimitée de ma conscience scientifique et sur le terrain exclusivement doctrinal, je ne crains pas de me dresser.
Je viens d'indiquer ce que nous répondront l'œuvre de la pierre et l'ccuvre du bois dès que nous les interrogerons. \'ous connaissez sommairement l'interprétation de leur esthétique respective. D'une part, nous avons trouvé, presque partout, la main de l'Orient et de la Grèce. D'autre part, nous avons senti qu'un fonds de principes spéciaux apportés et développés par les Barbares s'était, pendant trois siècles, amassé et capitalisé avant de venir alimenter l'art roman et de faire la fortune de l'art gothique. Quant aux allégations de la pédagogie classique, qui nous avait dépeint jusqu'ici le Iravail des vu", vin'", ix'^ et x" siècles comme étant exclusivement la continuation normale et régulière de la décadence latine, comme la
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conclusion nécessaire de l'art gallo-romain et le trait d'union entre lui et l'art roman, vous savez ce qu'il faut en penser.
Aveuglés par le culte exclusif de l'antiquité païenne, hypnotisés par un certain brillant de civilisation, les humanistes de la Renaissance n'ont pas supposé qu'il ait pu exister dans le monde une autre source de lumière, un autre foyer de chaleur. Ils ont donné à l'art moderne un faux point de départ.
Il est surprenant que la conclusion dernière à laquelle nous sommes conduits par l'étude a posteriori de la question soit précisément celle que le simple a pnori, ordinairement si dangereux, aurait pu dicter, en empruntant les conclusions de l'histoire généi-ale. Le christianisme a renouvelé le monde, le monde matériel comme le monde moral. C'est par 1 art antique redevenu grec et oriental, à la suite de circonstances qui s'appellent la formation de l'empire d'Orient et le mouvement chrétien ; c'est par l'art byzantin, c'est-à-dire par un art dont l'élément purement latin avait été assez sévèrement éliminé ; c'est par l'art gréco-asiatique qu'a pu se faire la transmission à l'avenir du passé de la civilisation méditerranéenne. Baptisé aux fleuves de la Syrie et de la Judée, cet art grec rajeuni a, concurremment avec l'art barbare dont l'esprit se révèle à partir du vie siècle, été le premier inspirateur de l'art moderne. Dans l'ordre des influences méridionales, c'est ce principe grec qui a été momentanément le point de départ unique de l'esthétique européenne, jusqu'au jour prochain où les éléments barbares septentrionaux survenus du dehors ou réveillés sur place le pénétrèrent et plus tard, parvenus eux-mêmes à la maturité, l'emportèrent en l'absorbant dans le tourbillon de l'art gothique.
Quant à l'art romain, à l'art latin, dans sa dernière expression gallo-romaine, il n'a été que le père nourricier d'abord, et ensuite il n'a été ({ue le tuteur, le pédagogue, le conseiller de l'art occidental moderne, cherchant toujours, à toutes les époques, à substituer ses doctrines personnelles aux instincts et aux sentiments naturels de son pupille, s'appliquant à faire mentir le sang. — comme la langue, hélas! sous l'inspiration du génie latin, avait trahi. En matière d'art nous ne sommes pas les fils, nous sommes seulement les élèves de l'antiquité latine.
L'éducation peut légitimement diriger, mais non pas combattre
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et proscrire les insLincLs dune race. Pourquoi l'école chez nous s'est-elle substituée à la famille el conspire-t-elle contre celle-ci, en ne poursuivant pas d'autre idéal que l'idéal latin, en ne visant pas d'autre but que la résurrection d'une civilisation morte?
Vous savez, par nos démonstrations de l'année dernière, quelle a été la nature de la première civilisation chrétienne et aussi quelle a été la nature du premier tempérament barbare. Le monde moderne, quoiqu'on puisse dire, est chrétien et barbare. C'est une double l'aute de lavoir l'ait sortir de la voie voulue par Dieu, que lui traçaient ses origines, et de lui avoir imposé une organisation artificielle, une civilisation compliquée d'archéologie rétrospective, un art factice en contradiction fréquente avec ses instincts et son tempérament, un art imposé par une minorité d'idéologues et d'antiquaires, un art non pas créé pour le servir, mais pour le gêner, et contre lequel il est constamment obligé de réagir et de se révolter. Un peuple n'est heureux qu'à condition d'obéir à sa destinée el de développer, normalement et sans interruption, ses facultés naturelles, suivant certaines lois providentielles, dans un moule social conforme à sa constitution physique, intellectuelle et morale. Ce peuple soulfre quand les fonctions automatiques de son organisme sont entravées, quand sa croissance spontanée est arrêtée, quand la sève sortie de ses i^acines est détournée des canaux naturels vers de parasites végétations, grelféessur lui, par les erreurs de l'histoire, pendant le cours d'une longue vie.
Le malaise actuel, dont on dit que gémit notre époque, ce qu on appelle la question sociale, n est peut-être pas autre chose. L'art aussi a sa question sociale. Auscultons-nous, peuples de l'Occident, l^tudions la constitution de notre esprit par l'analyse des divers éléments ethniques dont elle est formée.
Il nous faut un art rigoureusement conforme à notre tempérament et qui soit véritablement une fonction naturelle de notre activité, une manifestation sincère de notre conscience. Cet art, dans une harmonieuse combinaison d'éléments dont l'histoire et la psychologie fourniront la liste et les proportions, devra, pour renouer la chaîne des traditions, faire appel à toutes les énergies des principes ethniques qu'il renferme, faire chanter toutes les voix de l'âme populaire, faire vibrer toutes les fibres du cœur national et