Ibid., p. 793 et S
INFLCENCES ORIENTALES DANS L ART MEROVINGIEN
croisades et du xi". Mais elle fut beaucoup plus forte avant cette époque. Elle régna despotiquement dans l'œuvre de pierre en Occident du vi'' au x'' siècle. On doit à ce point de vue étudier l'hypogée de Poitiers à propos de ses ressemblances avec l'art byzantin oriental et syrien (lig. 24). Le monde chrétien n'avait pas attendu les croisades pour se préoccuper de la Palestine et de la Judée.
Fig. 24. — Fragment d'une sculptiwe de Ihypogée de Poitiers.
Il faut aussi comparer l'hypogée de Poitiers découvert par le P. Camille de la Croix, avec certains tombeaux de la Syrie centrale dessinés dans l'ouvrage de M. de Vogiié.
Il dut y avoir beaucoup de monuments semblables dans les Gaules. Alfred Ramé le reconnaît. M. le Blant en cite à Paris, 11 y en eut à Montmartre. La crypte de Saint-Laurent de Grenoble est de cette famille de constructions, ou, si ion veut, elle se rapproche des salles dassemblée des catacombes, ce qui, par certains côtés, est un peu la même chose.
Des mots syriaques se trouvent gravés sur l'hypogée de Poitiers: Si quis qui non hic amat adorare dominuni Jesiun Chrisluniet dis- Iriiit opéra ista sit Anathenia MARANA THA usque in simpiternum.
D'autres textes mérovingiens confirment l'existence de cette preuve de pénétration orientale'.
Le reliquaire de saint Mommole, commandé par cet abbé de
1. Voir Ed. Le Blant. Inscriptions chrétiennes, p. 297 et 292.
336 INFLUENCES ORIENTALES DANS l'aRT MÉROVINGIEN
Fleury-sur-Loire antérieurement à 679, l'entre dans cette caté^^orie'. Il trahit très nettement l'influence asiatique et syriaque.
La découv^erte de riiypogée de Poitiers avait fait une grande impression sur l'esprit de Jules Quicherat. Elle l'avait l'ait beaucoup réfléchir, comme les fouilles de Garanda dirigées par M. Moreau l'avaient fait également beaucoup méditer. D'autres témoignages se joindraient facilement au mien pour établir l'exactitude de cette appréciation. Au moment de sa mort, Quicherat était à la veille de modifier sa doctrine.
Il a dit en plein congrès des sociétés savantes, à la Sorbonne, en désignant du doigt le Père de la Croix : « A'^oilà un petit abbé qui est en train de révolutionner l'archéologie mérovingienne. »
Quicherat est mort sans avoir eu le temps de révéler les observations que lui inspirait la découverte de l'hypogée, et l'enthousiaste inventeur de ce monument se trouva en face d'une opinion publique, inquiète, qui ne savait pas s'il fallait sifller ou applaudir.
Cet ingénieux mais imprudent inventeur, avait eu la malencontreuse idéede compliquer le problème d'une question d'hagiographie, sur laquelle il était peut-être beaucoup moins préparé que sur le terrain archéologique. On l'attaqua sur cette question subsidiaire qui ne touchait en rien au fond de sa découverte ; et le principal de cette découverte, c'est-èi-dire l'expression particulière d'un certain art pratiqué en Gaule à une époque déterminée, fut méconnu ou passa inaperçu.
La découverte, avec les horizons nouveaux quelle ouvrait, avait été éclatante, dans le domaine spécial de l'archéologie où je me place, et dont je désire qu on ne me fasse pas sortir.
On mit un véritable acharnement à la ruiner dans son ensemble.
Il aurait suffi de distinguer la partie hagiographique de la partie archéologique.
Je vous ai décrit Y Etoile k six rais dans les monuments orientaux, je vais maintenant vous la montrer en Gaule mais dans un milieu d'éléments syriens :
1. Le reliriunire île saint Mommole, 658, 670, d'après Léon Fahislre, Bullelin monnmenlnl, 1880, vol. 46, p. 849.
INFLl'EXCÉS ORIENTALES DANS LART MÉROVINGIEN 337
" I Sur le tombeau de Boèce (fig. 25),
I évèque de Carpentras, mort vers le ; commencement du vu" siècle (V, Le Blant , Inscriptions chrétiennes^ t. II, pi. 67, pp. 239 et 240).
Les nombreux tombeaux en plâtre trouvés dans les cimetières mérovingiens de Paris portent presque tous l'Etoile à six rais(Z.e Cimetière Mérovingien de Montmartre, par Roliault de Fleurv).
A Poitiers, il y a beaucoup d'exemples dEtoiles à six rais : à l'hvpogée découvert par le P. de la Croix; à l'église Sainte-Hilaire sur le sarcophage dit de sainte Abre; au musée des Antiquaires de l'ouest (n° 165) ; dans un grand nombre des décorations extérieures du Baptistère Saint-Jean.
A Saint-Jouin de Marnes, près de la porte de droite, une plaque de pierre sculptée dans le goût mérovingien ; deux chapiteaux mérovingiens sans astragale, du vii*^ siècle, pareils à ceux de Saint-Laurent de Grenoble.
On voit à l'église de Mazerolles ' près Lussac (Vienne), un basrelief décoré d'une étoile comme les plaques sculptées du temple Saint-Jean de Poitiers (Voir fig. 9, p. 122).
Les Annales Bénédictines contiennent un texte qui sert à dater le monument de Mazerolles, partie intégrante de l'église, et, par contre coup, les monuments de Poitiers qui lui ressemblent-. C'est le texte du testament d'Ansoald daté de 696''.
1. V. Une Paroisse Poitevine, pai- M. de la Nicolicre. Bulletin de la Société arcl\éolo(jique de Nantes. 1S66.
2. Cf. Histoire ecclési,isti([ne iln Pititoii par Doni Cluimard, dans les Mémoires de la Société des Antiqnaires de l'Ouest. 2">« série, t. 12, p. 5.32.
3. Dom Fonteiieau. Texte du testament d'Ansoald. Mémoires de la Société des Antiquaires de l'Ouest, t. 37. p. 35. IS73.
GûLRAJoi». Leçons. 22
Fijï. 25.
Tombeau de l'évèque Boèce.