DANS L'ART ITALIEN
Messieurs,
Dans notre précédent entretien, nous avons vu ce que devint l'Italie, sous l'intluence d'abord purement morale de la pensée gréco-syrienne et ensuite sous l'étreinte du pouvoir grec, pouvoir très positif, très effectif, puissance naturellement exprimée et parfaitement appréciable sur le terrain politique. La prépondérance de l'élément grec en Italie n'est donc pas une chose nuageuse, impalpable.
Ce que vous saviez déjà par l'étude des monuments gravés dans le livre de Cattaneo et par quelques projections de pièces décoratives que j'ai mélangées à dessein aux images que nous avons vues, c'est-à-dire par le reflet dans l'art de l'activité italienne, vous avez compris ce que fut, en quelque sorte, l'état d'âme de la péninsule du !*'■ au vu" siècle et durant le vu® et le viii" siècle. J'ai justifié par des considérants tirés de l'histoire les sentiments et les conclusions auxquels je vous avais amenés par V analyse des objets d'art.
Nous avons à examiner aujourd'hui ce que devint l'art italien sous l'action de courants directeurs qui succédèrent à ceux qu'avait
360 DES INFLl'ENCES BARBARES DANS l'aRT ITALIEN
créés la doniiiiation néo-g^reeque, domination d'abord purement morale, religieuse, comme je vous Tai démontré, et ensuite matériellement effective.
Aujourd'hui je ferai surtout mes preuves à l'aide d'arguments historiques et j'appuierai principalement ma doctrine sur des considérations politiques ou d'économie politique, et quand je parlerai d'art, je m'appuierai sur l'opinion des livres spéciaux et des auteurs clairvoyants. L'image ne viendra qu'après, quand vous serez préparés à la recevoir.
Je veux, en effet, varier mes procédés de démonstration dans la laborieuse explication que j'ai entreprise de la byzantinisation fatale^ nécessaire, inéluclable, de l'Occident, de l'Europe chrétienne. Je crains que vous ne compreniez pas l'image quand elle précède au lieu de suivre le texte qui la commente.
Nous traiterons aujourd'hui du caractère des arts chez les peuples barbares qui vinrent arracher l'Italie au pouvoir politique de l'Empire d'Orient. Nous examinerons s'il y eut, oui ou non, à ce moment, rupture dans la direction et dans l'omnipotence du byzantinisme.
L'Italie était grecque au vu" et au viii" siècle ; vous savez à quel degré inouï elle l'était. J'espère que vous n'avez pas oublié les résultats de notre dernière leçon. Rien n'avait pu l'arrêter dans cette voie où elle se précipitait ; rien, pas même l'arrivée des Barbares. Attention ici !
C'est même une chose très curieuse à remarquer. Ce premier contact avec les Barbares de race germanique qui venaient détruire l'Empire romain dont ils avaient été les éternels ennemis, ce premier contact avec les Barbares fut bien pour la civilisation occidentale le signal de l'affranchissement vis-à-vis de la formule exclusivement latine et romaine, mais ce ne fut pas, sous certaines réserves, un obstacle à la diffusion de la doctrine néo-grecque. Loin de là, ce premier contact eut lieu, dans une certaine mesure, au bénéfice de l'art néo-grec. Il est facile de le comprendre.
Rappelons en quelques mots quelle fut l'œuvre des Goths et de leurs congénères, Suèves, Vandales, Alains, dont je vous ai parlé l'année dernière et dont nous avons expliqué les origines septentrionales et orientales et la marche successive en avant.
DES INFLUENCES BARBARES DANS l'aRT ITALIEN 361
En 395, les Wisig-oths quittent la rive g-auche du Danube.
En 401, ils sont aux portes de l'Italie, veulent y pénétrer et échouent dans leur première tentative. Mais ils reviennent à la charge et dominent facilement l'Italie. Rome tombe au pouvoir des Wisigoths en 410.
Après la mort d'Alaric, Ataulf épouse Placidie et évacue l'Italie. Il se porte vers l'Espagne et vers le sud de la France.
L'art goth, ou l'art professé en Italie sous les Goths, a été profondément néo-grec ou byzantin.
L'idée que l'art goth, l'art des Goths, à Ravenne, est de source byzantine est une idée qui, après avoir été niée pendant bien longtemps, est aujourd'hui admise universellement. Elle a trouvé place même dans les livres de la plus courante vulgarisation, à l'étranger.
Voici ce que dit Reusens dans son Archéologie chrétienne :
u Dans deux monuments des orthodoxes, le Mausolée de l'Impératrice Gall et le Baptistère catholique, bâtis tous deux de 450 à 452 et, par conséquent, antérieurs de quatre-vingts ans à Sainte- Sophie de Constantinople, le problème de l'établissement des coupoles ou voûtes hémisphériques sur pendentifs est résolu pour la première fois. »
Or, puisque les coupoles ainsi établies forment le principal caractère distinctif du style byzantin, on peut dire que ce style se trouvait constitué à Ravenne, du moins en germe, près d'un siècle avant son évolution complète dans l'église de Sainte-Sophie.
Le tombeau de Placidie (449-450) est proclamé par M. Auguste Ghoisy comme un monument de l'art néo-grec.
« Il faut, dit-il, citer en première ligne le tombeau de Placidie [rArt de hàlir chez les Byzanlins,p\. XVIII, 2i, qui appartient sans conteste au v" siècle.
« Tout y est byzantin.
8 La voûte centrale consiste en une calotte sphérique sur pendentifs; les arceaux qui la supportent sont à la manière byzantine.»
Faites bien attention à ce monument. Il me servira beaucoup, plus tard.
Le premier art de Ravenne, de la première moitié du v*" siècle, est bien de l'art goth. Eh bien ! cet art est déjà sensiblement pénétré de l'esprit néo-grec ou byzantin, à un moment où les Grecs et les Byzantins ne sont pas politiquement maîtres de Ravenne.
362 DES INFLUENCES BARBARES DANS l'aRT ITALIEN
Que sera-ce après leur occupation?
J'invoque la preuve qui résulte de la décoration de nombreux sarcophages que nous avons étudiés Tannée dernière.
il est convenu dans la science d'appeler cela de l'art latin ou néolatin. Vous n'avez pas oublié qu'il y a beaucoup de grec et de byzantin dans ce néo-latin. C'est donc tout le contraire qu'il faudrait dire.
,, Ce qu'on vient de voir des Wisigoths peut se dire des Ostrogoths. Ils avaient, même avant les invasions, été assez pénétrés directement d'éléments byzantins.
Théodoric, né en 455, livré comme otage à Léon I*"", empereur d'Orient, avait été élevé à Constantinople. Rien d'étrange comme ce manège des empereurs d'Orient, qui se font garder et protéger par leurs ennemis naturels.
Théodoric est lancé par l'Empereur d'Orient sur Odoacre et il envahit l'Italie sous prétexte de la restituer à l'Empereur.
Et, en elfet, même au temps de la conquête la plus complète, le royaume des Ostrogoths ou du moins le roi des Ostrogoths demeure dans certains sentiments de vassalité morale vis-à-vis de l'Empire d'Orient.
Je suis heureux de pouvoir invoquer à ce sujet l'opinion déjà ancienne de Labarte :
« Une fois en possession de l'Italie, les princes Goths s'efforcèrent d'y rétablir l'ordre et d'y faire refleurir les lettres et les arts. Plusiey^s d'entre eux mirent tous leurs soins à arracher à une destruction complète les monuments de l'antiquité.
«Théodoric (mort en 526), après avoir vaincu Odoacre et s'être établi à Ravenne, s'appliqua à relever le vieil édifice politique et civil de l'Empire.
« Passionné pour les arts et les monuments de l'ancienne Rome, il voulait que les édifices élevés par les Romains fussent restaurés dans leur état primitif, et il ordonnait à cet effet, à l'architecte qu'il avait désigné pour le gouvernement de Rome, d'étudier avec soin les œuvres de l'antiquité ». — Les œuvres de l'antiquité... c'est-àdire des temps antérieurs au vi" siècle. Et ces temps antérieurs, s'ils comprenaient l'époque latine et gréco-romaine, comprenaient aussi l'époque postérieure à Constantin et à l'introduction de l'esprit byzantin dans l'art.
DES INFLUENCES BARBARES PANS l'aRT ITALIEN 363
« Lorsque Théodoric voulut faire construire de nouveaux édifices, il prescrivit de les élever d'après les principes de l'art antique. Le tombeau de marbre qu'il s'est bâti à Ravenne n'est qu'une imitation des mausolées d'Auguste et d'Adrien et tout à fait dans le goût romain. » (A part certains détails d'ornementation. Nous y reviendrons tout à l'heure).
« Du reste, ce prince, ayant obtenu de l'empereur Anastase les insignes de la royauté, avait pris la pourpre, l'habit romain, la chlamyde et la chaussure de couleur. Il fit aussi adopter le costume romain à ses principaux officiers. » Mais le costume romain était celui delà cour grecque de Byzance : les mosaïques contemporaines ou légèrement postérieures en font foi.
.le reprends le texte de Labarte : « D'après ces données que nous fournit l'histoire, on peut regarder comme constant que les Goths, dans l'ornementation des objets mobiliers, ne s'écartèrent en rien des traditions de l'antiquité, w
Mais toujours, quelle antiquité ?
Les Goths de Théodoric appréciaient certainement les œuvres de l'antiquité latine et gréco-romaine. Mais n'oublions pas que c'était avec une éducation déjà grecque et on peut dire qu'ils les voyaient à travers des lunettes grecques.
Parmi les monuments remarquables élevés à Ravenne, achevés par les Grecs au vi'' siècle, mais commencés par les Ostrogoths, il ■faut citer la basilique de Saint-Apollinaire in classe (534-549). Saint-Apollinaire in cittk existait avant 550 et il avait été commencé par Théodoric sous le nom de Saint-Martin au ciel\ c'était son monument de prédilection ; enfin le célèbre octogone de San- Vitale fut construit avant 542, c'est-à-dire dans un pays à peine soustrait à l'influence ostrogothe.
Aux chapiteaux du Palais de Théodoric à Ravenne, le dessin de l'ornementation, d'après M. Rahn, témoigne d'une influence incontestablement byzantine.
L'influence byzantine est signalée encore par M. Rahn au tombeau de Théodoric.
« Le plan du monument, dit-il, indique l'influence romaine et correspond à une époque jeune, barbare. La pensée de couronner l'édifice par la plus grande coupole en pierre du monde, l'ornemen-
364 DES INFI-L'ENCES BARBARES DANS l'aRT ITALIEN
tation indique aussi un élément étran|^er mélangé avec quelques souvenirs pris à la décoration antique, et révèle une inspiration incontestable de l'art byzantin ». Hubsch a prouvé le dernier point, l'influence byzantine par les profils. Comparez la porte de Saint- Apollinaire in classe et certains détails de l'église de Sainte- Sophie à Gonstantinople.
Rapprochements entre le motif de la décoration de l'armure d'Odoacre, à Ravenne, et l'ornement du tombeau de Théodoric.
Byzance dominait l'Italie par ses arts avant de l'avoir envahie par les armes.
Quand les Byzantins, quand les Grecs de Justinien, Bélisaire et Narsès, se mirent à reconquérir l'Ralie au point de vue politique, ils n'eurent pas à modifier beaucoup les idées qui, sous les Barbares, avaient régné dans l'art. Même, durant la conquête barbare, les Grecs étaient restés les éducateurs ou du moins les seuls inspirateurs de rUalie.
Veuillez suivre, je vous prie, la rigueur de ma démonstration.
Dans la leçon de mercredi dernier je vous ai fait un tableau de ce qu'a été la domination grecque sur l'Italie pendant le vil® et le viii*" siècle.
Je n'y reviendrai pas.
Mais je me suis aperçu que j'avais négligé de faire valoir deux arguments très importants, d'abord : l'hellénisation nouvelle de Rome par l'afflux dans la capitale de l'Occident des artistes chassés par les iconoclastes pendant le vin'' et le ix'' siècle. La persécution de l'art grec en Orient, c'était la diffusion du même art en Occident. Chez nous cet art ne perdit rien de son prestige.
Ensuite, j'ai oublié de vous signaler la preuve fournie par la langue, que nous pouvons interroger et forcer à déposer, qu'un g'rand nombre de termes étaient empruntés au grec.
Cependant nous savons que l'Empire politique grec ne put pas se prolonger au delà d'un siècle et demi sur l'Italie. L'esprit latin mélangé d'éléments barbares et appuyé de ces éléments barbares repoussa le joug byzantin. Rome, avec le pouvoir spirituel des papes qui prenait chaque jour plus d'importance, ne voulait pas rester la vassale de Byzance.
L'Italie s'associa encore aux Barbares pour se faire délivrer,
DES INFLUENCES BARBARES DANS l'aRT ITALIEN 365
politiquement et administrativenient parlant, quitte à se retourner après contre ses bienfaiteurs.
Examinons quel fut alors le premier libérateur et si l'alliance avec cet intrus pouvait être dangereuse pour cette influence néogrecque, qui. jusque là, avait persisté en Occident sous tous les régimes politiques.
Le peuple barbare à qui l'Italie s'ouvrait et par lequel elle se voyait pénétrer était la nation des Lombards. Ce peuple barbare allait-il apporter quelque chose de nouveau, un principe complètement personnel ou bien entièrement indemne de toute attache avec l'art néo-grec, allait-il rendre l'Italie à ses maîtres antérieurs, aux inspirations du génie romain et purement latin?
C'est ainsi que nous sommes amenés à parler de l'art lombard.
D'abord, qu'est-ce que les Lombards au point de vue ethnographique ? Les Lombards étaient une population de race germanique comme les Goths. Ils avaient probablement longtemps circulé dans l'Europe centrale. On les aperçoit sous Auguste, entre l'Elbe et l'Oder, vers les confins de la Prusse, de la Saxe, de la Pologne et de l'Autriche actuelles.
C'était la plus farouche des tribus germaniques. Ils étaient devenus un objet d'effroi pour leurs voisins.
Peu après ils descendirent vers le midi et parvinrent au Danube.
Là, comme toujours, la nation barbare entra en contact avec l'Empire romain (jui voulut s'en servir contre dautres barbares inassouvis et qui finit par être attaqué par elle. On avait déjà vu une première édition de cette comédie avec les Goths. C'est Justinien qui fit passer le Danube aux Lombards,
Après une lutte de trente ans avec les Gépides qu'ils anéantirent, ils se jetèrent sur l'Italie et en chassèrent les Grecs qui s'appelaient les Romains, car au point de vue du pouvoir ils s'en proclamaient les héritiers.
De 568 à 571, les Lombards s'emparèrent de presque toute l'Italie du nord, quoique Pavie ne soit tombée en leur pouvoir qu'en
Il faut étudier dans les livres d'histoire politique les vicissitudes des Annales des Lombards.
Je ne cite que les événements ayant à mes yeux un intérêt général.
366 DES INFLIENCES BARBARES DANS l'aRT ITALIEN
De 585 à 588, les Francs Austrasiens gagnés par les Grecs luttèrent avec les Lombards clans trois invasions qni furent repoussées. Il y eut donc contact entre les Francs et les Lombards dès la fin du vi« siècle.
Autharis. roi des Lombards, mourut en 590. Cette date est importante à connaître à cause des objets d'art ayant appartenu à sa veuve, remariée au duc de Turin, Agilulfe : c'était la célèbre Théodelinde. Ces objets d'art étaient conservés au trésor de la cathédrale de Monza.
.•\gilulfe embrassa le christianisme — sur les instances de Théodelinde — et la religion adoucit les mœurs farouches des Lombards. Gela à la date de 602.
Nous sommes au vu® siècle. Rolharis, dans la seconde moitié du vu*' siècle (après 640 environ), employa les loisirs de la paix à recueillir toutes les lois de ses prédécesseurs pour en former un Gode qu'il présenta à la sanction d'une assemblée générale convoquée à Pavie.
Grimoald et Liutprand développèrent et amendèrent l'cx'uvre de Rotharis.
Liutprand, le plus grand roi de la monarchie lombarde, commença à régner en 712. Il laissa d'importants travaux législatifs.
Astolphe, roi des Lombards, envahit en 751 la terre d'Empire et le duché de Rome, et, maître de Ravenne, mit fin à l'exarchat. A ce moment la plus grande partie de l'Italie était lombarde.
Si les Lombards, successeurs des Golhs, s'appliquèrent principalement, sous Agilulphe et Théodelinde et sous Liutprand, à suivre l'exemple des peuples qu'ils avaient vaincus, il n'est pas à supposer que ces barbares aient introduit quelques changements dans la pratique des arts qui leur était inconnue avant leur invasion en Italie. <t Les nombreux monuments de lagrandeur des Romains qui existaient encore, et ceux qu'avait édifiés Théodoric durent leur servir de guides ; et bien qu'ils soient restés fort au-dessous des modèles qu'ils avaient suivis, si Ton en juge par les fragments de sculpture qui subsistent encore à Pavie et à Monza, on ne peut néanmoins trouver dans ces sculptures aucune originalité. »
Labarle à qui j'emprunte celte phrase va trop loin en méconnaissant un certain apport barbare, mais d'une façon générale il a raison.
DES INFLUENCES BARBARES DANS l'aRT ITALIEN 367
Théodelinde, reine des Lombards f+ 6'23), avait élevé une basilique en l'honneur de saint Jean-Baptiste dans la ville de Monza. Elle avait enrichi cette église d'une grande quantité de pièces d'orfèvrerie. (Voir le chroniqueur Paul Diacre : Pauli Warnefredi Longobardi Diaconi, De Gestis Longohardoriim^ liv. IV, cap. XXII, apud Muratori Rerum italicarum scriptores, t. I, p. 459.) Théodelinde avait enrichi l'église de Monza, notamment de couronnes votives, dont la plus 'précieuse, qui existe encore, est la célèbre couronne de fer. Cette couronne, suivant l'avis de Labarte, doit provenir de Constantinople. Quant aux autres, qui ne subsistent plus, mais dont on possède des dessins, elles accusent de la lourdeur dans les détails, mais elles sont néanmoins dans la forme de celles que portaient les empereurs grecs.
La décadence de l'art datait d'une époque antérieure à Constantin. La translation dusiègede lEmpire à Constantinople n'avait fait que l'aggraver davantage en Italie, dit très bien Labarte confirmé par Cattaneo.
Après la mort de Théodelinde, les arts tombèrent dans le royaume des Lombards au dernier degré de l'avilissement. Mais cet avilissement ne comporte pas l'absence ni l'anéantissement du principe grec. Bien au contraire.
Je ne fais que citer quelques-uns des principaux monuments lombards pour vous montrer l'appréciation dont ils ont été l'objet dans les livres.
Monuments lombards :
Ciborium de Saint-Georges de \'alpolicelIa datant de l'année 712 (Cattaneo, figure 29). C'est le prototype des Ciboria lombards.
Cette pièce comprenant le nom de Liutprand n'est pas seulement datée par une inscription, gravée dans les Cihoria. de M. Rohault de Fleury, pi. 4, p. 14 et 15; elle est encore signée.
J'aurai l'occasion d'en reparler à propos des artistes qui la sculptèrent sous le roi Liutprand. Pour moi, c'est un travail lombard de l'année 712. C'est une opinion que je suis porté à soutenir contre Cattaneo qui serait disposé à le croire grec.
Je répète que je le crois lombard et barbare.
Mais je suis tout à fait de l'avis de Cattaneo. quand il dit :
368 DES INFLUENCES BARBARES DANS l'aRT ITALIEN
Toutes ces sculptures portent évidemment V empreinte du style grec.
De plus, je suis encore craccord avec Gattaneo quand il remarque l'emploi de lettres grecques dans l'inscription latine. Ce sont des A et des A ou des D et des L. Le même fait se reproduit en Gaule. \'oir dans les Inscriptions de M. Le Blant.
« Quelques sculptures qui subsistent encore à Gividale, petite ville de Frioul, en fournissent une nouvelle preuve. On trouve là, dans l'église Saint-Martin, dédiée autrefois à saint Jean-Baptiste, un autel dont toutes les faces sont couvertes de sculptures d'une barbarie si complète, qu'il n'est guère possible d'imaginer rien de plus grossier ni de plus laid. La date du monument est fixée par une inscription qui constate que l'autel fut exécuté par les soins du fils de Pemmone, duc de Frioul, qui s'appelait Ratchis et fut roi des Lombards de 744 à 749. »
(Voir Gattaneo figure 37.)
On voit encore des sculptures du même temps sur l'ancien baptistère ou font baptismal de Galixte, patriarche d'Aquilée, qui a été transporté dans l'église collégiale de Gividale. Ge petit édifice a dû être inspiré par les beaux monuments grecs de Ravenne, mais ses sculptures sont tout aussi grossières que celles de l'autel de Ratchis.
Ne pas oublier qu'il y eut dans l'art lombard le caractère barbare et une certaine dose de tempérament septentrional en même temps qu'oriental.
Je répète : c'est le côté monstrueux de la décoration que je suis porté à mettre plus particulièrement à l'acquit des Lombards en laissant le reste à l'acquit des Néo-grecs et des Byzantins.
« En résumé, dit M. de Dartein', l'influence exercée par le style byzantin sur l'architecture lombarde a été nulle quant à la disposition du plan des édifices; considérable, quoique partielle, quant au système de construction ; et enfin très fortement marquée dans la partie ornementale de la décoration. »
Je fais des réserves sur la première de ces affirmations : Tarchitecture byzantine a pu avoir quehjue influence sur la disposition du plan des édifices.