Dartein, Arch. lomb., p
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Vous le voyez, Messieurs, la question n'est pas, autant qu'on le croit, préjugée dans un sens opposé au nôtre. La vérité, c'est qu'on n'a pas approfondi l'histoire de l'art moderne avant l'époque romane, et qu'on n'a sur les époques antérieures que des idées à priori. De plus, les travailleurs de seconde main, les mouches du coche, ont fait dire, par voie de conséquence, certaines choses aux maîtres, que les maîtres n'avaient jamais pensées; on exagère et on fausse certaines théories, quand on veut les codifier, les figer dans une formule et les insérer dans un manuel.
Les adversaires de la communication byzantine durant l'époque antérieure aux temps romans ont exagéré les opinions professées par les fondateurs de doctrine. Je classe parmi les fondateurs de doctrine M. Anlhyme Saint-Paul. Ce savant n'est certes pas favorable au byzantinisme. Je vous ai lu un passage de son appréciation du livre de M. Gonse. Eh bien ! je puis obtenir de M. Anthyme Saint-Paul lui-même une confirmation indirecte de mon sentiment, un aveu précieux dont il n'avait pas prévu les conséquences.
Dans VAnnusçire de V archéologue français de 1877, p. 96, M. Anthyme Saint-Paul s'exprime ainsi à propos de sa géographie des écoles romanes (ce petit travail fait justement autorité) :
« Région germano-italienne ou lomhardo-alleniande. — Sous ce titre, je réunis trois grandes écoles qui, malgré leur importance, ne sont pas entre elles tout à fait indépendantes et se rapportent à un type général commun. »
Ce type, M. Anthyme Saint-Paul le définit très bien ; je me servirai de sa définition; il ajoute :
«Les trois grandes écoles lombardo-allemandesqueje crois sœurs et émanées d'une même influence dont il faudrait chercher la source dans le Saint-Empire, sont celles-ci : 1° l'école rhénane, 2° l'école provençale, ."î" l'école bourguignonne. »
Le Saint-Empire romain, c'est l'Empire fondé par Charlemagne.
Ce type général commun, ce père commun des trois grandes écoles romanes, dont la généalogie est vaguement indiquée par M. Anthyme Saint-Paul, je vous montrerai d'une manière générale que c'est l'art lombard, et l'art lombard n'est lui-même quune conséquence plus ou moins pure, une résultante du byzantin. Enfin GouRAJOD. Leçons. 24
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le lombard est le principal trait d'union entre Fart roman et Tart byzantin. Jarriverai ainsi, pour lart de la pierre, à vous montrer la transmission ininterrompue du style néo-grec au style roman de rOccident.
On n'a pas encore osé formuler la doctrine de cette transmission comme je tenterai de le faire, parce qu'on se sentait entravé par tout l'enseignement antérieur ; mais la plupart des auteurs, sans apercevoir encore l'art byzantin derrière l'art lombard, ont reconnu l'influence de ce dernier dans de nombreux monuments de toutes les écoles romanes de la France. Témoin Ruprich-Robert, dans son livre sur V Architecture normande.
Quicherat lui-même a eu le pressentiment de la vérité.
Il a vu briller la lumière ; mais il ne s'est pas dirigé vers elle, parce qu'il ne voulait pas approfondir une question qui ne tendait à rien moins qu'à démolir complètement et de fond en comble toute sa théorie sur les premiers temps chrétiens de l'art français.
Quicherat a dit : « Je laisse à d'autres le soin de prouver l'origine lombarde. »
Donc cette origine lombarde, il en devinait, il en subodorait l'existence.
On peut faire la preuve de la transmission du style lombard et des communications qui existèrent entre lui et l'art de la Gaule et de l'Allemagne même, à propos du plan des édifices :
Comparer le plan de la petite église Saint-Etienne de Neuwiller en Alsace avec le plan de l'église et du baptistère d'Alliate datant de Tan 881 (Grav. dans Cattaneo, p. 219 de l'édition italienne).
L'église de Neuwiller en Alsace est gravée dans les Archives de la Commission des Monuments historiques.
Je vous ai parlé, mercredi dernier, après le cours, de ce Théodore de Tarse qui fut l'organisateur de l'église d'Angleterre.
Je vous ai montré où les papes étaient allés le chercher ; ils l'avaient pris aux couvents grecs, qui s'élevaient dans le quartier grec de Rome.
Cet organisateur de l'église latine et romaine d'Angleterre était un grec qui, pour tout ce qui ne relevait pas de la doctrine religieuse, était vraisemblablement imbu de la culture grecque.
Vous savez bien qu'au vi*^ siècle il y avait encore de l'art à Rome, mais que cet art était devenu tout grec.
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Un jour je m'amuserai à relever avec vous dans le livre de Cattaneo les monuments grecs qu'il a découverts à Rome.
Vous verrez qu'un grand nombre d'entre eux appartiennent à ces églises primitives du quartier grec de Rome, dont je vous ai parlé dans notre précédent entretien, à l'aide des documents d'histoire.
On peut être bien certain que tous les maçons romains qui furent appelés en Angleterre pour y élever les premières églises de pierre — et il y eut en Angleterre des églises de pierre du vi" et du VII*' siècle, — étaient des Grecs, ou des Goths, ou des Lombards, ce qui, au fond, est la même chose au point de vue des doctrines décoratives.
La pensée même que quelque chose ait pu passer de l'art lombard à l'art moderne, c'est-à-dire à l'art roman, précurseur de l'art gothique ; cette pensée n'est pas venue exclusivement à quelques savants bien inspirés ou habitués à l'analyse intelligente des œuvres d'art; elle s'est produite même au moyen âge, à une époque où l'on ne savait pas analyser, mais où, soit des traditions orales soit même des preuves écrites pouvaient encore exister.
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